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PME Magazine vom 31.08.2009
Susanne Mühlemann, 24143 signes
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Soldat CEO, au rapport!
 
L'armée, jadis indispensable pour réussir sa carrière, est désormais considérée comme obsolète par l’élite des jeunes managers, qui a réussi sans payer ses galons. Cela pourrait changer, car l'armée n'a jamais aussi bien formé ses cadres à la vie professionnelle.
 
Pascal Gentinetta, jeune et dynamique chef d’economiesuisse, la plus puissante association du pays, se targue d’un estimable passé de tennisman. A l’armée, explique-t-il, il n’est «pas actif et n’a obtenu aucun grade». Même réponse pour le patron d’Axpo, Heinz Karrer: «Pas de temps pour une carrière militaire en plus de la formation et du sport.» Quant au président et CEO de Novartis, Daniel Vasella, il n’a pas fait de service militaire. Le patron des CFF, Andreas Meyer, s’est arrêté au grade de premier-lieutenant.

A en croire son service de presse, Bruno Pfister, CEO de Swiss Life, n’aurait accédé à «aucun grade» sous les drapeaux. Son prédécesseur Rolf Dörig était encore colonel à l’état-major général. On trouve quelques autres gradés dans les directions d’entreprise. Par exemple chez les grands distributeurs Migros et Coop où Herbert Bolliger et Hansueli Loosli ont tous deux atteint le grade de capitaine.

Les jeunes militaires ambitieux sont de plus en plus rares. Il est loin le temps où un employé suisse devait forcément payer ses galons s’il ambitionnait de devenir fondé de pouvoir. De nos jours, le grade militaire ne joue plus de rôle dans la recherche d’un emploi ni pour monter dans la hiérarchie. Même si, à en croire une étude de l’Université de Berne, plus de 60% des responsables RH voient une formation de cadre dans l’armée comme un avantage.

Une enquête de Bilanz brosse un tableau différent: dans la plupart des entreprises, une carrière militaire est plus tolérée qu’encouragée. A la Banque Vontobel, jadis terrain de jeu pour gradés d’état-major, on est pragmatique: «Dans le fond, le groupe voit positivement de telles ambitions aussi longtemps qu’elles se combinent avec la fonction professionnelle de manière acceptable.»

La communication du plus grand groupe horloger de Suisse est très claire: «Dans le quotidien du Swatch Group, le grade militaire joue un rôle très congru, si tant est qu’il en joue un.»

Chez ABB Suisse, la direction est assurée par une femme, Jasmin Staiblin; le nouveau CEO du groupe, Joe Hogan, est Américain et le président Hubertus von Grünberg est Allemand. Seuls 17 cadres intermédiaires et supérieurs sur 958 accomplissaient l'an dernier une carrière militaire.
Longtemps dirigé par le commandant de régiment Peter Spälti, l’assureur Winterthur est désormais en mains du français AXA. Son CEO, Philippe Egger, n’a pas porté l’uniforme. Chez le constructeur de machines Sulzer, on fait savoir: «Notre CEO est Néerlandais et notre président n’a pris que récemment la nationalité suisse.»L'ex-CEO de Rieter, Hartmut Reuter (il a été remplacé par Erwin Stoller le 4 août), est Allemand; le porte-parole du groupe commente: «De nos jours, plus de 90% des candidats à un emploi n’évoquent même plus leurs états de service sur leur CV.» Les douze membres de la direction générale de Nestlé sont de neuf nationalités différentes: «Vu ce caractère international, l’appartenance à l’armée suisse joue un rôle accessoire.»

Multiculturelle. En parallèle à l’internationalisation du monde du travail, les exigences se sont accrues pour les cadres. Les compétences de direction sont plus diversifiées: «Un aspect devenu important est la sensibilité multiculturelle», explique Philippe Hertig, associé dirigeant du conseiller en recrutement de personnel Egon Zehnder International et pilote sur l’avion de combat «Tiger». Quand on traite avec des clients et des partenaires asiatiques, la formation militaire n’est guère un avantage.»L’environnement a changé: «Les exigences ont fortement augmenté, en particulier l’investissement en temps et les voyages», souligne encore Philippe Hertig. Effectivement, les absences pour cause de service militaire sont jugées dérangeantes. C'est ce qui ressort encore de l’enquête de Bilanz . «On ne saurait éluder la question de l’investissement en temps», admet Heinz Müller, chef des relations publiques «défense» au DDPS.

Atout. La réforme Armée XXI a introduit de nouveaux modules de formation et raccourci les cours: des absences de plusieurs mois ne sont plus de rigueur, les officiers ont la possibilité de liquider leur correspondance professionnelle ou d’obtenir un congé pour une réunion d’entreprise.
De nos jours, faire son service militaire ne revient plus à «être impossible à trouver et à contacter pendant deux à quatre semaines», rappelle Hans-Georg Borchhardt, colonel à l’état-major général et instructeur à la Formation supérieure des cadres de l’armée (FSCA). Si, avec Armée XXI, la carrière militaire est devenue moins gourmande en temps, un capitaine commandant de compagnie doit toujours y consacrer dix-huit mois. Par comparaison, un MBA à l’Université de Saint-Gall prend douze à vingt mois.
L’atout incontesté d’une formation militaire est l’expérience du commandement. «Elle compte de plus en plus, précisément du fait qu’entre les études, les stages et les spécialisations, les jeunes gens sont toujours plus âgés au moment d’entrer vraiment dans la vie professionnelle», plaide André Blattmann, le nouveau chef de l’armée.

Motiver. A 20 ans, un lieutenant ou premier-lieutenant commande déjà une trentaine d’hommes. Il doit motiver des gens qui ne sont pas là par choix, dans des conditions parfois adverses telles que soif, faim, fatigue. Pour le divisionnaire Blattmann, «les capacités opérationnelles, la conscience professionnelle, la résistance au stress physique et psychologique» font partie des compétences clés que donne une formation de cadre militaire.
Le conseiller en personnel Philippe Hertig estime que c’est un facteur important: «Quand il nous faut un manager de crise ou un bon chef de projet, l’expérience militaire continue à jouer un rôle.» Diriger des gens en situation de stress, structurer les problèmes, imaginer des variantes de solutions multiples, exposer, communiquer, transmettre des informations sécurisées, le tout en termes concis et précis. «A ce niveau, nous nous différencions très nettement de la vie civile où il est souvent d’usage de discutailler longtemps d’un problème», affirme le colonel Hans-Georg Borchhardt.

Offensive. Les militaires ont vécu le creux de la vague au tournant du millénaire. A l’époque, l’armée devait se battre pour garder ses cadres. De nos jours, on enregistre à nouveau suffisamment d’intérêt. Parce que l’effectif de l’armée a été fortement réduit d'une part, et parce que son image s’est améliorée, d'autre part. L’étude «Sécurité 2008» de l’EPFZ montre qu’après des années de désaffection une partie croissante de l’opinion publique juge à nouveau l’armée nécessaire. Les militaires sont passés à l’offensive. «Nous avons certainement négligé le dialogue par le passé. Maintenant, nous avons rétabli et systématisé le contact», explique le chef de l’armée, André Blattmann.
Les efforts pour gagner du goodwill aux yeux de l’économie ont été renforcés. Il s’agit en particulier de montrer aux dirigeants de nationalité étrangère ce que l’armée propose en termes de formation au commandement.

Stimulation. Le dialogue a été renoué avec les organisations économiques et les associations faîtières et quatre fois l’an, les instructeurs de l’armée organisent des journées de l’emploi. Des cadres d’entreprise sont invités à retourner à l’école, celle de Lucerne où sont formés les cadres militaires, pour observer les futurs officiers.Il s’agit notamment de stimuler la prise de conscience que «l’armée est un des composants d’un produit appelé sécurité, insiste le communicateur de l’armée Heinz Müller.
Pour la place économique suisse, c’est un facteur important: les CEO d’origine étrangère le savent et l’apprécient plus que tout.» Commandant d’école, Marco Cantieni perçoit déjà une inversion de tendance: «La propension des entreprises à mettre leurs cadres à disposition pour une formation complémentaire militaire a de nouveau augmenté ces derniers temps. C’est réjouissant.»

Reconnaissance. Il y a deux ans, les instructeurs de l’armée ont eu les honneurs du Wall Street Journal . Un reporter visitait une des formations militaires pour entreprises privées. Dans ce que l’on nomme les cours de transfert, les sociétés privées peuvent placer leurs cadres en formation de management de crise, de communication ou de leadership.
La Formation supérieure des cadres de l’armée (FSCA) a été créée avec la réforme Armée XXI. De l’aspirant officier au futur général, l’élite militaire est formée à Lucerne au gré de cours d’une durée de deux à quatre semaines.
La FSCA est dirigée par le divisionnaire Marco Cantieni. Son prédécesseur était Ulrich Zwygart, devenu responsable de la formation à la Deutsche Bank. Aujourd’hui, dans les classes de la FSCA, les flip-charts et les beamers sont de rigueur. «Ceux qui ont fait du service militaire il y a quelques années et croient savoir comment ça marche, se trompent, assure le commandant d’école Marco Cantieni. Bien des visiteurs sont étonnés de découvrir ce que nous proposons.» L’école est devenue compétitive, efficiente, ses cours sont exigeants. Les modules de la FSCA sont reconnus par la Haute Ecole de Lucerne qui propose un MBA en collaboration avec la Haute Ecole HTW de Coire.
«Nous faisons tout pour que notre formation soit prise en compte dans une carrière civile», insiste encore Marco Cantieni. Compétence de management, leadership, éthique, empathie, communication: quand le colonel Hans-Georg Borchhardt, directeur de cours, énumère toutes les matières dispensées à ses officiers, l’ambiance est tout d'un coup moins militaire. Ce que l’on apprend est transférable dans le domaine civil: les officiers doivent par exemple se mettre dans la peau d’un directeur d’hôtel aux prises avec une crise.
Ordres d’un côté, obéissance de l’autre: dans l’entreprise moderne cela ne mène pas très loin. Les militaires le savent. De nos jours, les principes militaires doivent être traduits dans la vie professionnelle de manière «habile et intelligente», explique le divisionnaire Marco Cantieni. «Le ton de la caserne n'est plus d'actualité, il faut convaincre, être un modèle», conclut le colonel Hans-Georg Borchhardt.

Diplôme. «Grâce à notre initiative civile, nous mettons en place ce que l’armée n’est pas parvenue à faire depuis des années: valoriser le savoir-faire des officiers vis-à-vis du monde du travail.» Bernard Briguet, directeur romand de l’Association suisse des cadres (ASC, 13 000 membres au plan national), se félicite de l’accueil réservé au nouveau diplôme de leadership et management pour les officiers de l’armée. Attestation que l’ASC délivre depuis le mois de juin, en collaboration avec la Société neuchâteloise des officiers (SNO).

«Ce papier valide les connaissances acquises dans les écoles d’officiers, ainsi que dans les services d’avancement auprès de la troupe, explique Bernard Briguet. C’est une petite révolution, amorcée avec l’appui de la hiérarchie militaire, et qui n’a reçu pour l’instant que des échos favorables. Nous avons démarré ce projet côté romand, en partenariat avec la SNO, car les démarches au niveau fédéral s’enlisaient. Il fallait gagner du temps, je sentais une grande frustration chez les officiers, dont les compétences étaient méconnues. Avec l’internationalisation, beaucoup de chefs d’entreprise et de responsables des RH n’ont plus aucune connaissance du savoir-faire d’un officier.»

La nouvelle attestation de l’ASC permet ainsi de valoriser les compétences typiquement exercées à l’armée, telles que la planification et l’organisation, la motivation des collaborateurs, la dynamique de groupe ou encore la culture du feedback.
«De mon point de vue, 50% des compétences acquises à l’armée sont transférables dans le civil, affirme Bernard Briguet. Prenez par exemple le brevet fédéral de formateur d’adultes, ce cours ressemble sur de nombreux points à la formation de lieutenant.»

Démarche. L’initiative de l’ASC rencontre un certain succès puisqu’une quinzaine d’officiers actifs professionnellement, en majorité des hauts gradés âgés de 30 à 50 ans, ont déjà adressé une demande pour obtenir le diplôme.
«La plupart des officiers font cette démarche pour des raisons professionnelles, liées à un changement de poste ou une éventuelle embauche, constate Christophe Chollet, président de la SNO. Une commission évalue ensuite les dossiers et dresse un bilan des compétences. Les candidats doivent impérativement avoir déjà effectué leur paiement de galons et accompli au minimum deux cours obligatoires.»En fonction de l’avancement des candidats, des attestations de différents niveaux sont décernées, correspondant respectivement aux fonctions de chef de section, commandant de compagnie, commandant de bataillon ou officier d’Etat-major, soit quatre possibilités de reconnaissance. «L’armée était en perte de vitesse, les gens ne savaient plus ce que l’on faisait, analyse Christophe Chollet. Avec ce diplôme, nous avons de nouveau la possibilité de nous mettre en vitrine.»

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Alexandre Vautravers

«Ces dix dernières années, l'armée a introduit
des techniques de management très pointues»

- Profil: 35 ans,
Directeur du département
de relations internationales
de l'université Webster,
à Genève

- Grade dans l’armée:Lieutenant-colonel EMG, commandant du bataillon
de chars 17

Depuis le passage à Armée XXI, en 2003, le nombre de candidats à l’avancement a fortement augmenté. Les perspectives de carrière et la sécurité de l’emploi constituent les principales raisons de ce revirement. L’un des grands changements de ces cinq dernières années, c’est qu’il y a beaucoup plus de «turnover», de brassage et de passerelles vers la vie civile. Auparavant, lorsqu’on devenait un officier de carrière, c’était pour la vie.

Avec une activité militaire, vous gagnez une certaine somme, vous remplissez votre Curriculum Vitae et votre carnet d’adresses, vous gagnez en maturité et en compétence. Ce sont autant d'atouts pour entrer dans la vie active. Les entreprises profitent aussi de la réforme de l’armée, car l’âge limite de l’obligation de servir a été avancé. Les gens peuvent achever leur formation et leur paiement de galons avant d’entrer sur le marché du travail.
De plus, il n’y a pas d’autre école qui vous certifie en tant que leader, donc l’équivalence dans le civil n’existe pas vraiment de ce point de vue.
Evidemment, on peut parfaitement développer les compétences acquises à l’armée dans un autre cadre, mais cela prend plus de temps.
La formation militaire se fait sous pression, avec des gens souvent démotivés à encadrer. C’est une expérience qui compte. J’ai constaté à maintes reprises que, dans une entreprise, lorsqu’il faut prendre une décision difficile et éviter un crash, on se tourne vers des gens qui sont passés par des formations militaires.
J’ajoute qu’en termes de qualité, de buts d’instruction et de controlling, l’armée d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce qui existait il y a dix ans. Il n’y a aucune comparaison possible! Auparavant, les ordres étaient généralement de simple «couper-coller» des cours précédents.
L’armée a introduit des techniques de management très pointues.
Désormais, un ordre d’opération est préparé durant une semaine par une équipe avec un haut degré de professionnalisme. Certains stéréotypes n’ont plus lieu d’être.

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Yves Marguerat

«C'est une occasion assez unique de développer des compétences»

- Profil: 48 ans, Directeur
de la Fiduciaire Fidexaudit

- Grade dans l’armée:Officier de renseignement
au Swiss Raid Commando

Je dirige une société qui compte aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs. Je vois beaucoup de similitudes entre les méthodes de commandement apprises à l’armée et les techniques de management enseignées dans le privé. Le processus décisionnel est très semblable. Je ne sais pas qui a copié qui, mais j’ai souvent constaté le parallèle en suivant des séminaires destinés à des cadres dirigeants. L’armée s’est beaucoup modernisée ces dernières années. La planification et les débriefings s’effectuent de façon nettement plus professionnelle aujourd’hui.

Dès lors, il me paraît enrichissant pour une personne jeune, âgée d’une vingtaine d’années, de pouvoir s’exercer et diriger un groupe de personnes par le biais d’une formation d’officier. C’est une occasion assez unique de tester et développer des compétences, avant d’en faire profiter la société.
Aujourd’hui, le fait que cette formation puisse s’achever plus tôt est évidemment une chance pour les entreprises. La reconnaissance des acquis par un diplôme est aussi une nouvelle très positive. En ce qui me concerne, je recrute les gens en fonction de leurs compétences et non de leur parcours dans l’armée. Bien entendu, je ne considère pas comme un handicap le fait d’être officier.

L’absence lors des cours de répétition n’est pas aussi dramatique que par le passé. Dans les états-majors, en tout cas, nous disposons d’une grande souplesse dans l’organisation. Il y a une mission à remplir et il faut tenir les délais. Pour cela, chaque officier gère son temps assez librement. Les gens gardent le contact avec le civil. Personnellement, je n’ai jamais été ennuyé sur le plan professionnel pendant un cours de répétition.


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Philippe Bauer

«La formation militaire entraîne
à mieux cerner les problèmes»

- Profil: 47 ans, Avocat et chef d’entreprise, Etude Philippe Bauer, Neuchâtel

- Grade dans l’armée:Capitaine

Dans mon étude d’avocats, j’engage volontiers des gens gradés à l’armée. Je constate qu’en matière d’organisation, ce parcours représente un réel plus. Je précise que je ne suis absolument pas un militant pro-armée. Le temps des «colonels UBS» est révolu et la formation militaire n’est pas la panacée, mais elle entraîne à mieux cerner les problèmes. De mon point de vue, cette expérience est profitable pour mieux gérer les dossiers. De plus, c’est une formation qui intervient relativement tôt, de façon complète, et qui peut s’effectuer à moindre coût.

Au moment d’embaucher un jeune collaborateur, je m’attache d’abord à ses compétences en matière juridique, mais il est précieux de savoir que cette personne a déjà exercé en pratique d’autres compétences. L’armée permet de tester certaines capacités lors d’exercices concrets. Et puis, une formation militaire garantit en principe une certaine honnêteté et moralité.
Certes, pour une petite entreprise comme la mienne, qui emploie environ dix personnes, stagiaires compris, les absences pour des cours de répétition requièrent une certaine souplesse. Ce n’est pas forcément évident pour une PME. Du reste, l’un de mes jeunes collaborateurs, capitaine à l’armée, avait hésité à me signaler son grade lors de son entretien d’embauche. Il redoutait que cet aspect de son CV ne représente un inconvénient à mes yeux.
Il faut dire à ce sujet que l’armée a beaucoup évolué ces dernières années: les cours de répétition sont aménagés avec davantage de souplesse, surtout pour les hauts gradés. Le dévouement exclusif pendant quatre semaines, c’est fini. Quand l’employé d’une entreprise effectue ses cours de répétition, il a la possibilité d’assurer les affaires courantes à distance tout en accomplissant ses obligations militaires. C’était déjà le cas lors de mes derniers cours de répétition à Payerne, où j’officiais en tant que capitaine. Je trouvais même le temps, ici et là, de me rendre à mon étude de Neuchâtel.

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Philippe Jaquinet

«Un officier a la capacité de mener
plusieurs projets de front»

- Profil: 45 ans, Cadre à la Banque Cantonale Vaudoise

- Grade dans l’armée: colonel EMG

Aujourd’hui, l’emprise de l’armée se termine moins
tard, ce qui est un bien
pour les entreprises.
Les officiers concernés accumulent très tôt de l’expérience et sont libérés plus vite de leurs obligations. En l’espace de douze mois, un jeune peut ainsi accéder au grade de lieutenant, au lieu de 17 mois au minimum auparavant.

Pour les petites entreprises, la situation reste néanmoins délicate, car l’absence d’un cadre aura des répercussions plus importantes au
sein d’une petite structure. Tout est alors question de pesée d’intérêts, entre la valeur objective d’un collaborateur et le fait de devoir s’en priver durant quatre semaines pour
cause de cours de répétition. Cela dit, la situation a nettement évolué: avec
le télétravail, il est désormais possible de répondre à
des demandes de son entreprise tout en étant à l’armée. Il n’y a pas si longtemps, le cordon avec la société civile était coupé lorsque vous quittiez le bureau!
Il faut reconnaître
que, dans les années 1990, pour un poste à responsabilité, une entreprise telle qu’UBS préférait engager un collaborateur étranger.
La validation des compétences militaires par un diplôme
est donc une très bonne nouvelle, elle apporte un vrai plus dans l’optique d’une embauche. Un officier a l’habitude de travailler en équipe et la formation militaire garantit certaines compétences organisationnelles, une capacité à mener à bien des projets, même si, bien entendu, de telles compétences peuvent être développées dans un autre contexte. Autre atout important à mettre au compte des officiers: la capacité de mener plusieurs projets de front.»


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Les grades
Les commandants de compagnie ou de bataillon sont habitués à diriger entre 30 et 1200 hommes.

- Chef de groupe: caporal, sergent (sous-officier): 8 hommes sous ses ordres.
- Chef de section: lieutenant, premier-lieutenant: jusqu’à 30 hommes selon les unités.
- Commandant de compagnie: capitaine: 150 hommes ou, selon les unités, de 80 à 200.
- Commandant de bataillon: lieutenant-colonel: de 100 à 1200 hommes.
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Ce qu’en disent les entreprises


AXA Winterthur.«Le grade militaire ne joue un rôle ni au recrutement ni dans la suite de la carrière. Ce qui compte, outre une compétence sociale marquée, de la motivation et l’identification à l’entreprise, c’est la formation, l’expérience, les capacités professionnelles.»

Swatch Group. «Dans la vie quotidienne du Swatch Group, le grade militaire ne joue un rôle que très congru, si tant est qu’il en joue un.»

Nestlé. «L’appartenance à l’armée suisse joue un rôle accessoire. Les principaux critères qui déterminent une promotion au sein du groupe sont les capacités personnelles, l’expérience professionnelle ainsi que la disponibilité et la capacité d’adhérer aux principes de management de Nestlé.»

Vontobel. «Fondamentalement, le groupe Vontobel a une position positive à l’égard de ces ambitions, dans la mesure où elles se concilient dans une limite acceptable avec la fonction professionnelle. Le fait est que, de nos jours, on accorde moins de poids qu’autrefois à la formation militaire au commandement.»

Sulzer. «Notre position est neutre. A condition que la carrière militaire ne constitue pas une atteinte à la productivité et que les absences puissent être raisonnablement maîtrisées, notre attitude envers de semblables ambitions est positive.»

Raiffeisen. «Raiffeisen n’empêche pas ses collaborateurs de faire une carrière militaire. La décision d’en faire une doit venir du collaborateur lui-même. Raiffeisen n’a pas de politique proactive d’encouragement à la carrière militaire, mais son attitude à ce propos est positive.»

CS. Credit Suisse soutient les engagements sociaux, militaires et politiques de ses collaborateurs. Une carrière militaire n’est toutefois pas spécialement encouragée, étant entendu par ailleurs qu’elle doit être compatible avec les conditions-cadres de l’entreprise et discutée avec les supérieurs directs.»

UBS. «Fondamentalement, UBS considère toute formation, y compris militaire, comme un élément important. De nos jours, une carrière militaire n'est plus indispensable à une trajectoire professionnelle.


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