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PME Magazine vom 27.01.2010 Edouard Bolleter, 12995 signes |
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| «Syndic, c'est plus facile que patron de Paléo» |
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| Syndic de Nyon et entrepreneur à succès, Daniel Rossellat décrit comment il gère cette double casquette. Et plaide pour plus d’implication des entrepreneurs dans la vie publique. |
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Daniel Rossellat est certainement l’un des entrepreneurs les plus connus de Suisse romande. Et pour cause. Il a fait du Paléo Festival de Nyon une entreprise à succès, un événement annuel international, incontournable, rentable. Lancée il y a trente-cinq ans avec plusieurs amis, dont deux sont toujours aux commandes, l’aventure Paléo s’est rapidement transformée en un exemple de gestion et de management. Cette PME de 43 collaborateurs (et 4300 bénévoles) enregistre désormais un chiffre d’affaires de plus de 30 millions de francs par an grâce à une moyenne de 225 000 spectateurs.
Considéré comme un patron atypique et exemplaire, Daniel Rossellat a pourtant créé la surprise en 2008 en se lançant dans la politique. Une fois encore, le défi a payé puisque le patron de Paléo a été élu à la tête de la municipalité de Nyon en novembre 2008. Bombardé syndic pour son premier pas politique, Daniel Rossellat avait alors décidé d'utiliser toutes les recettes de l’entrepreneur pour réussir son nouveau pari. Près de quinze mois après son élection, le boss a-t-il tourné sa veste entrepreneuriale pour se fondre dans le costume politique? Ou le chef d’entreprise a-t-il au contraire gardé ses réflexes d’entrepreneur et imposé son pragmatisme. Sans prétendre servir d’exemple, Daniel Rossellat livre un plaidoyer en faveur de l’implication des cadres d’entreprise dans la vie publique. Le syndic de Nyon (et toujours président de Paléo) analyse les différences et les similitudes entre deux mondes très proches bien que radicalement différents. Il détaille les forces et faiblesses d’un entrepreneur promu à la tête d’une administration publique, dévoile sa manière de fonctionner et décrit sa double casquette de syndic et d’entrepreneur.
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1 Le choix
Trente-trois années de succès, un métier passionnant, des voyages par centaines, des rencontres rares, un réseau unique. Comment se fait-il que Daniel Rossellat ait pris le risque de se lancer dans la course à la syndicature de Nyon? «C’est un peu accidentel. Des amis m’ont fait comprendre que l’on pourrait avoir besoin de moi à ce poste. C’est ma ville, elle m’intéresse alors j’ai accepté le pari.» En fait, le syndic de Nyon avait déjà connu une expérience de gestion «politico-artistique» comme responsable des Events d’Expo.02 en 1999. Il avait alors chapeauté 500 collaborateurs et mis en oeuvre plus de 13 500 events en 160 jours. Lorsqu’on lui demande s’il n’était pas arrivé à une fin de cycle à la direction de Paléo, la réponse fuse: «A 55 ans, il est normal de réfléchir à la suite. Il est tout aussi logique de penser aux autres. Cela fait longtemps que je me prépare, que je délègue, même si ce n’est pas naturel chez moi. Je garde encore certains réflexes de dirigeant lors des préparations des festivals…»
2 La double casquette
L’agenda de Daniel Rossellat en est la preuve (voir page précédente), le boss s’impose une organisation sans faille pour assumer sa double casquette. Son role de syndic est un poste à 60%, la présidence de Paléo remplit les 40% restants de son temps. «Cela donne un 100% au total… un 100% d’entrepreneur», s’amuset- il. On découvre alors que les week-ends sont dévolus au courrier et aux tâches administratives, «à un rythme beaucoup plus cool, avec fond musical». Quant à un éventuel conflit d’intérêts, Daniel Rossellat ne s’en inquiète pas. «Je peux vous assurer que la commune de Nyon profite davantage de ma casquette Paléo que l’inverse. J’ai amené mon réseau avec moi. Je prends plutôt un risque, car si je me plante politiquement, les conséquences pourraient être fâcheuses pour Paléo.»
3 L’arrivée
bureau du syndic, le nouveau chef s’est donné 50 jours pour observer le fonctionnement de l’administration. «Le but était d’avoir des questions, pas des critiques. Il m’a fallu comprendre les règles, les critères, décortiquer les habitudes. Ensuite, j’ai eu 50 jours pour proposer, communiquer. Je ne suis pas arrivé avec la prétention de tout changer, l’administration fonctionnait déjà avant moi avec sa propre histoire, j’ai simplement changé quelques habitudes, appliqué des processus plus clairs.» Les mots clés ont été «équité» et «bon sens». Au rayon des priorités: offrir plus d’autonomie aux services, susciter les réflexions, et donner aussi davantage de responsabilités aux fonctionnaires. «Je respecte le serment qui engage le syndic, ses décisions ne sont pas un jeu de pouvoir, c’est une façon d’accorder de l’autonomie.»
4 Les changements
Les premières décisions ont été prises rapidement, à l’image du comportement d’un chef d’entreprise. Pour l’exemple, les procedures d’engagement du personnel ont été formalisées, un règlement de la Municipalité adopté, la communication renforcée. Sur ce dernier point, Daniel Rossellat appliquera à 100% les recettes gagnantes de Paléo: «Les administrés qui s’adressent à nous ne doivent pas attendre indéfiniment les réponses, j’ai fixé des délais pour le suivi de dossiers et j’ai appliqué un nouveau système. Le citoyen de Nyon est comme le spectateur de Paléo, il a un besoin de réponses rapide et de qualité, et de garanties de la part de l’administration.»
5 La méthode
«Je travaille beaucoup avec des gens autour de moi, j’ai besoin de cette proximité. Je ne me reconnais aucun talent particulier, si ce n’est celui de mettre les talents des autres en valeur. Cela est valable tant pour Paléo que pour Nyon.» Pour le reste, le dirigeant-politicien se considère comme un manager «cool et exigeant avec les autres comme avec moi-même» et «pas très formaliste». En revanche, ses priorités doivent être respectées à la lettre, elles ont pour noms délais à tenir, suivi des dossiers et qualité des services.
6 Les réactions
Ovni débarquant dans le monde politique, le nouveau syndic a été élu dès sa première tentative. Un «passage en force» qui l’a rendu forcément très observe dès ses premières semaines de «règne», notamment par les collaborateurs de l’administration communale. Sa casquette d’entrepreneur allait-elle correspondre à une function gouvernementale ou le clash était-il inévitable? «Ça marche bien, selon ce que je constate. Je suis déçu en bien comme on dit chez nous. J’ai été agréablement surpris par la qualité des gens, par leur motivation, leur compétence. L’administration fonctionnait, tout en manquant peut-être de rigueur, de méthode. J’ai donc pu apporter mon expérience, même si cela a suscité des reflexions à l’interne et donc des réactions. A l’instar de ce qui se passe dans les entreprises, les employés se méfient toujours des changements. Finalement, je pense que je sers de facilitateur à l’administration.» Avant d’ajouter: «C’est possible qu’il y ait des déçus, notamment au sujet du budget. Seulement, mes pouvoirs sont limités. Je n’ai pas de machine à billets.»
7 Les similitudes
Le syndic Remarque que les points communs entre la gestion de Paléo et la commune de Nyon sont très nombreux. «Dans les deux cas, les «clients» mettent la pression sur le travail des employés. En outre, les budgets et les délais sont aussi serrés dans les deux activités. Je n’arrivais donc pas en terre inconnue dans le domaine de la gestion d’une commune, mes années à Paléo m’ont donné une excellente formation.»
8 Les différences
Par définition, les rôles de syndic et des patrons de PME sont différents. Le patron de Paléo a notamment constaté que les marges de manoeuvre sont plus restreintes en politique. Les pressions diffèrent quelque peu également: «Les demandes sont les mêmes, bien que les demandeurs soient distincts. D’un côté, ce sont des citoyens, de l’autre, des actionnaires. En politique, la notion d’équité est beaucoup plus importante, chaque citoyen doit être traité d’une égale façon. De plus, les lois sont là pour encadrer notre action. Mais finalement, que les demandes proviennent d’actionnaires ou de citoyens, il faudra toujours composer avec des divergences!»
9 Le bilan
Elu au milieu d’une législature, à la suite d’une démission, Daniel Rossellat est à mimandat de ce… mi-mandat. En décembre dernier, il a tenu à communiquer ses impressions aux conseillers communaux sous la forme d’un rapide bilan. Il a alors souligné la qualité du travail de l’administration communale: «Vous pouvez en être fiers, elle mérite votre estime.» Il a ensuite annoncé l’arrivée de gros nuages à l’horizon avec l’adoption du «pire budget de l’histoire nyonnaise». «Les trois prochaines années vont être difficiles et la péréquation financière ne nous aide pas.»
10 La politique?
Qu’est-ce qu’un rôle de syndic peut donc amener à un entrepreneur à succès? Une visibilité? La gloire? Des contacts? La question se pose chez des dizaines de chefs d’entreprise enclins à faire le grand saut vers la politique. Daniel Rossellat en rit: «Je n’ai pas attendu d’être syndic pour être mediatise ou pour serrer la main de ministres! La grande majorité de mes contacts, je les ai noués lors de mon activité d’entrepreneur. En revanche, la politique m’offre une nouvelle vision de la vie communautaire, on doit voir plus loin qu’au sein d’une PME.» Mais de regrets, point. «A la réflexion, après plusieurs mois, je dois dire que le rôle de syndic est plus facile que celui de directeur de Paléo et surtout de responsible des events d’Expo.02!» Quoi qu’il en soit, Daniel Rossellat avoue avoir un égal plaisir à assumer ses deux activités actuelles. «Ces roles sont gratifiants, je n’ai pas l’impression de travailler. Il y a même une notion de loisir, de plaisir. Tout cela génère un stress positif.»
11 Le message
Pour le syndic, les acteurs économiques devraient participer plus activement à la vie politique. «Les patrons et les employés pourraient apporter énormément à la collectivité par leurs compétences.» Le syndic ajoute que la pression économique empêche ainsi de belles vocations et que les effets pervers se font sentir à plusieurs échelons. «Les responsabilités communales ou cantonales sont souvent assumées par des retraités ou des professionnels de la politique. Je constate que beaucoup de ces gens sont en quelque sorte déconnectés de la vie. Je souhaiterais donc que les entreprises exercent davantage leurs responsabilités sociales en permettant aux personnes de se libérer plus facilement. Je suis sûr que cela peut être aussi très positif pour le réseau et les contacts des entreprises. Les PME ont tout à y gagner», assure-t-il.
12 L’avenir
«Si tout se déroule comme jusqu’à ce jour, je serai certainement à nouveau candidat à la syndicature au printemps 2011. Je n’ai pas encore prouvé grand-chose», conclut-il. Double casquette aidant, l’entrepreneur vient de juger le travail effectué par le syndic.
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Paléo, une affaire qui tourne
Paléo (ici en 2007) est une association qui réinvestit ses bénéfices dans le développement de l’événement et dans l’amélioration du festival. Le bénéfice annuel est, en moyenne, de 300 000 francs. Paléo est actionnaire majoritaire (avec le festival de Montreux qui détient ¼ des parts) de la société de production Opus One. Organisme indépendant, Opus One organise notamment des concerts durant l’année et son activité est rentable.
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Biographie
Elu le 30 novembre 2008 à la syndicature de Nyon, daniel rossellat partage son temps entre la gestion de la ville et la présidence du Paléo Festival, une activité qu’il a cependant fortement allégée au profit de sa vie politique. En tant que syndic, Daniel Rossellat préside la Municipalité (organe executive composé de sept membres); il est responsable du Service de l’administration générale. Né le 22 août 1953 à Yverdon-les-Bains, il a quatre enfants. Daniel Rossellat a grandi dans la campagne nyonnaise, à Changins. Animateur culturel à l’âge de 19 ans, il organise ses premiers concerts et fonde, avec quelques amis, le Folk-Club de l’Escalier qui deviendra, en 1975, Paléo Arts & Spectacles, l’association organisatrice du Paléo Festival de Nyon. C’est dans ce cadre qu’il s’inventera le métier de patron de festival. Après avoir jonglé plusieurs années entre ses responsabilités à la tête de la manifestation, des etudes d’ingénieur et un stage de journaliste, il décide de se consacrer pleinement au développement du festival. Il a aussi fondé la société Opus One (dont il est président). En outre, il bénéficie d'expériences en tant que président des conseils d’administration e Belino, commerce de vin à Nyon et Disques Service, magasin de musique à Nyon. Il est actuellement viceprésident du Conseil de fondation de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles, vice-président du Conseil de fondation du Musée romand de la machine agricole, membre du Conseil de fondation du Festival d’opéra d’Avenches et membre du Conseil économique vaudois. Et chevalier français de l'Ordre des arts et des lettres.
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