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PME Magazine vom 24.02.2010 Serge Guertchakoff, 10046 signes |
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| «Bon signe: on revoit des offres d'emploi dans la Feuille d'avis» |
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| Le patron de Jaeger-LeCoultre, Jérôme Lambert, préside aussi la Société industrielle et commerciale de la vallée de Joux. Une vallée qui a finalement assez bien résisté à la crise. Grâce à des entreprises responsables et au soutien des autorités. |
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Jérôme Lambert vient d’achever son premier mandat de trois ans à la présidence de la Société Industrielle et Commerciale (SIC) de la vallée de Joux, laquelle a été fondée en 1878. Dans cette fonction, il avait succédé à Georges-Henri Meylan (2001-2006) et à Henry-John Belmont (son prédécesseur chez Jaeger-LeCoultre qui présida la SIC de 1995 à 2000). Par souci d’efficacité, la tradition veut que le président de la SIC soit adossé à l’un des trois grands ensembles horlogers fortement présents à la vallée de Joux: Richemont, Swatch Group et Audemars Piguet, lesquels représentent plus de 40% des emplois.
Dans le salon Reverso dans lequel il nous reçoit au Sentier, Jérôme Lambert commence par décrire une région périphérique atypique: «La vallée de Joux abrite davantage de postes de travail (6618, soit une augmentation de 50% en dix ans) que d’habitants (6400).» De plus, 75% des emplois y sont industriels. Outre les marques horlogères importantes que sont Jaeger-LeCoultre, Audemars Piguet, Breguet, Blancpain, Patek Philippe ou Vacheron Constantin, on trouve aussi dans la Vallée beaucoup de sous-traitants de ces marques, qui forment un important pôle microtechnique et horloger. Toutes ces entreprises représentent entre 8 et 11% des exportations vaudoises alors que la population combière ne représente qu’environ 1% de celle du canton de Vaud. C’est aussi une région où la création de valeur par employé est l’une des plus élevées de Suisse: entre 134 et 148 000 francs, du fait de sa spécialisation dans l’horlogerie haut de gamme. «Quand nous discutons avec les autorités cantonales, nous leur rappelons toujours ces statistiques. Notamment lorsque nous leur expliquons qu’il faut déneiger prioritairement le col du Marchairuz, du fait que la Vallée est un des poumons économiques du canton», s’amuse le président de la SIC. Autre indication intéressante: la vallée de Joux est bien au-dessus de la moyenne suisse en termes de produit intérieur brut par habitant (92 000 francs par rapport à 60 000 francs). Enfin, et Jérôme Lambert insiste à ce propos, dans les dix dernières années, «il y a eu plus de 100 millions de francs investis par les entreprises combières (avec les extensions effectuées par Audemars Piguet, Jaeger-LeCoultre, Breguet, la Pierrette et Dubois Dépraz pour l’essentiel).»
Qu’en est-il du taux de chômage dans la vallée de Joux?
Le taux de chômage est de 5,9% (janvier 2010), alors qu’il s’élève à 6,7% au niveau du district et à 6,1% en moyenne vaudoise. On parle de 196 chômeuses et chômeurs. Par rapport à janvier 2007, c’est 73 personnes de plus. Il faut dire que, globalement, l’activité reste très stable. Il n’y a pas de rupture de technologie, juste des fluctuations d’emplois liées à notre activité de branche. Quant au nombre de frontaliers, il a baissé de 290 personnes (sur un total de 3300). Ce sont essentiellement des contrats temporaires non renouvelés.
Est-ce que le choc est vraiment passé pour les horlogers?
Nous assistons à des signes d’amélioration continus depuis trois mois sur l’activité des entreprises qui s’expriment à travers des marques. Une amélioration qui suit une courbe légèrement meilleure que celle des exportations horlogères. Nous voyons des offres d’emploi revenir dans la Feuille d’avis de la vallée de Joux , ce qui est un excellent indicateur. Cela s’explique par la spécialisation dans le haut de gamme. Et l’on assiste à un début d’amélioration dans la partie sous-traitance. Lorsque nous avons eu notre dernière séance du SIC, à fin novembre dernier, nous assistions à un frémissement des carnets de commandes. Ici, l’activité de sous-traitance est très liée aux mouvements horlogers. Dans le cycle, les sous-traitants d’habillage sont les premiers touchés (car c’est le stock le plus exposé en termes de valeur). A l’inverse, l’activité de mouvements est la plus stable. C’est la dernière touchée. Mais c’est aussi la dernière à reprendre un rythme plus fort.
Comment cette crise a-t-elle été gérée?
Il y a eu autant de mesures que d’entreprises: des RHT, des licenciements. En revanche, il n’y a pas eu de cessation d’activités à part entière. Certains sous-traitants ont ajusté leurs effectifs, essentiellement entre janvier et septembre 2009.
Cette crise a provoqué combien de licenciements dans la Vallée?
Difficile à dire. On pourrait dire qu’il y a une centaine de personnes qui cherchent du travail ici, mais une partie d’entre eux travaillaient peut-être ailleurs. Et il y a les contrats des 290 frontaliers temporaires qui ont été résiliés.
Chez Jaeger-LeCoultre avez-vous procédé à des licenciements économiques?
Non, mais nous ne sommes pas une exception. Les entreprises de la SIC cultivent un vrai sens de la responsabilité sociale. Nos membres ont pris sur eux, sur leurs résultats, sur leurs stocks pour pouvoir assumer cette responsabilité. C’est d’autant plus remarquable qu’il y a très peu d’emplois temporaires. Chez Jaeger-LeCoultre par exemple, nous avons 98% de contrats fixes ( ndlr, sur un nombre de collaborateurs supérieur à un millier ). Idem chez nos confrères. L’explication de cette maîtrise du taux de chômage s’explique par la spécialisation dans le haut de gamme, par l’importance des marques et par un fort ancrage de cette tradition de la responsabilité sociale.
Le secteur est retombé au niveau de 2006?
Pas tout à fait. Au niveau des emplois, nous sommes plus près de 2007.
Et qu’en est-il des sous-traitants et des fournisseurs horlogers?
C’est chez eux que surviennent les chocs les plus drastiques, dans un sens comme dans l’autre. Car quand la reprise surviendra, elle sera forcément progressive du fait de leur taille. Ils ne peuvent doubler de taille du jour au lendemain.
Sont-ils sortis de la crise?
Pas complètement. Nous sommes encore en phase de frémissement. Cela devrait prendre encore au moins six mois avant que cette crise ne soit digérée. Cela étant, les sous-traitants combiers sont très bien placés. Comme les marques, ce sont souvent des maisons centenaires, avec un vrai réseau et une réelle profondeur de produits. Certains ont aussi développé la microtechnique et l’activité médicale, qui prend une importance croissante. Or le médical était déjà reparti plus tôt, dès octobre dernier. Les effets de stocks sont beaucoup plus drastiques.
Pourront-ils encore tenir six à neuf mois?
Ils ont déjà évité la faillite. Je le répète dans la vallée de Joux, il n’y a guère de start-up de l’horlogerie. De plus, ils ont tous au moins quatre ou cinq grands clients, sans oublier pour certains une diversification dans d’autres secteurs d’activités (médical, décolletage, téléphonie, etc.).
Que faire à part attendre la fin de la crise? Allonger la durée du chômage technique à vingt-quatre mois, par exemple?
Je pense qu’une telle mesure serait positive. En Suisse, les entreprises ont vraiment joué leur rôle et n’ont pas sacrifié leurs effectifs. Il faut dire que les cycles sont aussi de plus en plus courts. Le fait de passer à vingt-quatre mois permettra aux sous-traitants, et à certaines marques sans doute, de pouvoir bénéficier d’une accélération lors du prochain retour de la croissance. Cette organisation des RHT a permis d’avoir un modèle intermédiaire idéal. Dans cette crise-là, j’ai constaté une grande maturité de tous les acteurs (entrepreneurs, partenaires sociaux et pouvoirs publics).
Est-ce que la reprise dans l’horlogerie va être une reprise sans emplois?
Non. La grande caractéristique de notre industrie est qu’elle n’a pas changé son mode de fonctionnement ou son cycle de valeur ajoutée dans la dernière crise. Nous avons des crises conjoncturelles et non pas structurelles. A partir du moment où l’intérêt pour la haute horlogerie reste toujours aussi importante, les emplois seront préservés. De la même façon, nos entreprises ont maintenu leurs efforts de formation. La SIC et plusieurs de ses entreprises appuient financièrement l’Ecole technique de la vallée de Joux. Dans le cadre de son extension (création de 27 places de formation supplémentaires), la SIC participe financièrement à l’équipement utile à la formation. Elle a également encouragé ses membres à le faire. Ce sont ainsi 200 000 francs (sur un total de 900 000 francs) qui seront injectés par des privés. Sans de tels efforts, il n’y aurait pas de relève et la branche finirait par disparaître. Sans formation, sans expertise, sans marques, sans valeur ajoutée, ce serait la fin de la région.
Etes-vous satisfait du soutien des autorités?
Oui, elles ont pleinement joué leur rôle.Prenons l’exemple du problème de la sécurité, lié à une récente recrudescence des vols et qui a occupé un groupe de travail de la SIC pendant dix-huit mois. Il y a eu une très bonne écoute au niveau du canton et des autorités locales. Des efforts supplémentaires ont été fournis pour augmenter les effectifs des policiers. En plus, des entreprises horlogères se sont fédérées pour créer un service de sécurité supplémentaire dans le but d’assurer des interventions rapides en cas de problème majeur.
Les autorités auraient-elles pu faire davantage?
On peut toujours faire davantage. Mais nous aussi au sein de la SIC, nous pourrions encore davantage communiquer, échanger. Cela étant, fondamentalement chacun doit faire son job. Ce n’est pas aux communes de gérer nos entreprises.
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Une carrière fulgurante
En 1997, le Français Jérôme Lambert entre chez Jaeger-LeCoultre. Il a 28 ans. Il s’occupe de finances et devient vite directeur opérationnel. En 2001, Henry-John Belmont, patron de Jaeger-LeCoultre et artisan du renouveau de la marque, est promu au quartier général de Richemont. Assez vite, Jérôme Lambert, devenu son bras droit, le remplace. Sous son règne, la manufacture va connaître une croissance importante, dépassant les 1100 collaborateurs en 2008 (un millier aujourd’hui).
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