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Pour les associés de Digital Kingdom, la technologie est avant tout au service du message. © Stéphanie Liphardt

Digital Kingdom fait jouer les entreprises au «serious game»

Le studio veveysan s’est spécialisé dans la communication empruntant les codes du jeu vidéo. Parmi ses clients, Nestlé et l’Etat de Vaud.

Il aura fallu bien des années, voire des décennies, pour que le jeu vidéo soit reconnu comme une activité économique à part entière. Notamment en Suisse, où cette industrie vient de faire l’objet d’un rapport du Conseil fédéral. D’une dizaine de créateurs de jeux vidéo en 2010, ils sont aujourd’hui plus d’une centaine et la branche, qui emploie dans son ensemble quelque 500 employés, génère 50 millions de chiffre d’affaires. Et ce n’est qu’un début, selon Berne, qui y voit «un grand potentiel de développement pour la culture, l’économie et l’innovation». Une reconnaissance bienvenue, qui dénote d’un changement de mentalité, se réjouit Benjamin Vurlod, l’un des associés de Digital Kingdom.

Le jeu vidéo, un «bac à sable»

La Sàrl située derrière la gare de Vevey est née en 2014 autour d’une conviction: les entreprises ont besoin de développer de nouvelles formes de communication au travers d’expériences interactives et numériques. «Les agences de com n’ont pas toujours les ressources internes pour proposer ces services de réalité virtuelle ou augmentée ainsi que des serious games, issus des mécanismes du jeu vidéo, ajoute Olivier Reutenauer. Au sein de Digital Kingdom, codirigée par cinq associés, nous avons toutes les compétences nécessaires: ingénieurs, développeurs, spécialistes des images de synthèse, d’infographies 3D et même de musique de jeu vidéo!»

L’actualité de la jeune pousse en cette fin de mois de mai, c’est la sortie du jeu Invisiballs sur la console Nintendo Switch (lire encadré). Outre la visibilité amenée par ce lancement, cette activité «renforce nos compétences en R&D, une sorte de «bac à sable» qui nourrit les projets pour nos clients», poursuit Olivier Reutenauer. Parmi les premiers clients de Digital Kingdom, le Musée de l’alimentation (Alimentarium) de Vevey (Nestlé), pour qui elle a conçu un serious game lors d’une exposition temporaire en 2015. Sous la forme d’un puzzle, à jouer sur une table tactile, et visant à faire connaître aux enfants l’utilisation du lait dans les produits quotidiens.

Ces outils permettent d'apporter de l'immersion et de l'émotion.

Benjamin Vurlod, cofondateur de Digital Kingdom

Depuis ce gros mandat, d’autres projets d’interactions virtuelles ont été menés pour l’Alimentarium. Parmi ses autres clients: la Fête des vignerons 2019, qui a mandaté Digital Kingdom pour créer une application avec de la réalité augmentée, ou encore l’Etat de Vaud. «L’objectif était de sensibiliser et de faire découvrir aux élèves en fin de scolarité obligatoire la diversité des formations et des métiers, explique Leila Ait Kaci. Pour ce faire, nous avons créé une application interactive sur iPad où l’adolescent est le héros, avec des animations didactiques lui fournissant des réponses à ses questions. Ce jeu a été utilisé durant trois ans au Salon des métiers et de la formation de Lausanne.»

Si les serious games semblent un outil idéal en termes de communication pédagogique, quid des entreprises de produits ou de services? Une diversification sur laquelle travaille Digital Kingdom, notamment pour le compte de sociétés industrielles. «Notre cœur de métier, c’est le storytelling, appuie Benjamin Vurlod. Toutes les entreprises ont besoin de communiquer sur leur image de marque. Or ces outils permettent d’apporter de l’interaction, de l’immersion et de l’émotion. La panoplie des technologies que l’on peut proposer est large, mais notre objectif final reste que le client puisse raconter sa propre histoire.» 
 


Avec le jeu «Invisiballs» sur Nintendo,  ils concrétisent un rêve d’enfant

«Invisiballs, c’est une sorte de cache-cache du futur qui s’adresse à toutes les générations», lance Benjamin Vurlod. Le dernier-né des jeux développés par Digital Kingdom – après Yamgun, en 2015, un jeu de tir au canon futuriste, 800 000 téléchargements et quelque 30 000 joueurs réguliers – est disponible depuis le 17 mai sur Nintendo Switch (pour un prix de 13 francs). Une belle vitrine pour la petite société veveysanne puisqu’un an seulement après son lancement, la console de jeux vidéo s’est déjà vendue à 15 millions d’exemplaires dans le monde. Et selon les prévisions du géant nippon, plus de 20 millions de consoles supplémentaires devraient être écoulées d’ici à mars 2019!

Sorti le 17 mai sur Nintendo Switch, Invisiballs est une sorte de jeu de cache-cache du futur. © DR

Sortir un jeu sur Nintendo est «un rêve d’enfant qui se concrétise», avouent les dirigeants de Digital Kingdom. Tout s’est accéléré, il y a un an, par une rencontre avec des représentants de la marque lors d’un salon professionnel en Suède. «Le catalogue de cette console est encore très petit, un peu plus de 500 jeux, et la marque est du coup très ouverte aux développeurs indépendants», poursuit Benjamin Vurlod. Particularité d’Invisiballs: les joueurs, qui pilotent une bille dans un labyrinthe, sont invisibles à l’écran et se font repérer uniquement via le système de vibration «HD Rumble» de la manette.

La société a investi ses propres fonds, environ 140 000 francs, à sa conception, et les cinq associés, tous des gamers, y ont consacré leurs week-ends et leurs soirées durant deux ans. Soutenue par Pro Helvetia pour la commercialisation du jeu, Digital Kingdom compte notamment faire connaître sa nouvelle création par une présence à des salons grand public et professionnels, comme cet été au Gamescom de Cologne, le plus grand événement européen dédié aux jeux vidéo. Les cinq associés espèrent rentrer dans leurs frais et obtenir de quoi autofinancer leur prochain jeu, pour lequel les idées ne manquent pas, assurent-ils.