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Marc Comina, le cofondateur de la société lausannoise Kiiz, avec Sarah Luvisotto, CEO. © DR

Vendre sa maison à moindres frais, c’est enfin possible!

Des start-up romandes proposent un nouveau modèle d’affaires avec des frais de quelques milliers de francs et des nouveaux services.

L’idée a fait son chemin dans la plupart des pays, mais elle est restée étrangement à l’état de théorie en Suisse durant de nombreuses années. Heureusement, les choses bougent et les particuliers qui désirent vendre leurs biens immobiliers devraient rapidement en profiter.

Plusieurs start-up ont en effet été lancées récemment sur le marché immobilier romand avec un concept quasi révolutionnaire dans nos contrées. «L’idée est de remplacer les commissions immobilières exorbitantes [qui se montent de 3 à 5% en Suisse, ndlr] par un prix fixe beaucoup plus avantageux pour les propriétaires. Nous divisons par dix le coût d’une transaction, tout en offrant des prestations supérieures à celles des courtiers traditionnels, avec en prime l’estimation la plus précise du marché!» promet Marc Comina, cofondateur de la société lausannoise Kiiz avec Sarah Luvisotto, qui en est la CEO.

Comment Kiiz obtient-elle le prix le plus précis du marché? En tirant le meilleur de chaque institut d’estimation grâce à la collaboration du professeur Philippe Thalmann de l’EPFL, nous explique-t-on. Reste que les autres services sont similaires aux courtiers classiques, c’est-à-dire des photos, leur diffusion, des visites et la négociation du prix. «Mais il existe deux différences de taille. A chaque étape de la vente, Kiiz remplace le courtier généraliste par des spécialistes et nos services coûtent 3000 francs au lieu d’environ 30 000 francs pour un bien d’une valeur de 800 000 francs. Pour ceux qui sont propriétaires de leur bien, il faut savoir que le prix de l’estimation est compris dans le forfait», ajoute Marc Comina. Sa société, qui compte pour l’instant deux informaticiens, un collaborateur administratif et un photographe, est en plein développement. Car le potentiel d’affaires semble important.

Une douzaine d’initiatives en Suisse

En 2014, le nombre de transactions immobilières s’est élevé en Suisse à 66 798, réparties en parts égales entre les villas et les appartements. La part romande s’est élevée à 37%. Kiiz se donne six mois pour faire la preuve que son concept fonctionne, après quoi les activités seront étendues à la Suisse alémanique. Avec une vue à cinq ans, Kiiz vise une part de marché nationale de 5%, elle vient de lever 700 000 francs.

Face à cette nouveauté, Frédéric Dovat, secrétaire général de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier (USPI Suisse), a réagi à ce modèle d’affaires dans Le Matin Dimanche en défendant le métier des courtiers traditionnels: «Le propriétaire qui mandate une agence immobilière met tous les atouts de son côté afin que la vente de son bien aboutisse. En effet, le réseau du courtier et ses connaissances favorisent la conclusion rapide d’un contrat de vente. Par ailleurs, la commission du courtier n’est due que si la vente aboutit, alors qu’une partie des honoraires de ces start-up est perçue indépendamment de la conclusion d’un contrat de vente.»

Nous divisons par dix le prix d’une vente tout en offrant des prestations supérieures à celles des courtiers.

Marc Comina, cofondateur de Kiiz

En outre, il faut savoir que les visites individuelles ne sont généralement pas comprises dans les forfaits de ces nouveaux modèles et sont facturées en option. Il n’en demeure pas moins que le marché voit plusieurs acteurs romands faire leur place depuis peu. Une douzaine d’initiatives suisses isolées et peu médiatisées ont émergé depuis 2014, dont la moitié en Suisse romande. Leur succès est encore mitigé selon les sociétés, mais les prétendants sont là. On pense à Immotic, Innovimmo, Easybusy, Immoo, Venteduproprio ou Neho. Cette société a d’ailleurs joué la transparence dans les médias, notamment par le biais de son cofondateur Eric Corradin.

Chez Neho, un forfait fixe de 7500 francs est proposé et il ne dépend pas de la valeur du bien immobilier. Là aussi, les ambitions de la start-up sont importantes. Les investisseurs sont solides et leur réseau de professionnels a une longue expérience dans l’immobilier, il s’agit en l’occurrence des groupes Delarive et Investis.

En ce qui concerne Immotic, les fondateurs ont un langage similaire: «Ne payez plus 3 à 5% de commission pour la vente de votre maison, mais payez le prix juste pour des prestations claires. Nous sommes une start-up vaudoise qui va à l’encontre du courtage immobilier actuel. Nous sommes un groupe de jeunes venant de l’immobilier et du numérique et nous nous démenons chaque jour pour améliorer la vente de biens immobiliers.»

On l’a vu, ces initiatives romandes s’inspirent en grande partie de succès connus à l’étranger. Au Québec, DuProprio, fondée en 1997, détient par exemple à elle seule 20% du marché de la vente immobilière. Preuve de son succès, en 2015, elle a été rachetée pour 40 millions de francs par le géant Pages Jaunes. Au Royaume-Uni, PurpleBricks, créée en 2014, est entrée en bourse l’année suivante et son action a quadruplé depuis. Cette année, le groupe Axel Springer (éditeur de PME Magazine) a payé 125 millions de livres pour acquérir 11,5% de la société. En France, Proprioo a levé 5 million d’euros le mois dernier pour couvrir tout le pays après un démarrage sur Paris, alors qu’en Espagne Housfy a réussi le pari de devenir la plus grande agence du pays en moins d’une année.

Ces beaux exemples trouveront-ils des échos en Suisse auprès des sociétés lancées? Marc Comina, de chez Kiiz, donne le mot de la fin: «Alors que les prix de l’immobilier sont plus élevés en Suisse que partout ailleurs dans le monde, pourquoi diable la solution sans commission n’est-elle pas encore arrivée jusqu’ici? La réponse, c’est bien sûr la forte cartellisation du marché en Suisse. Les professionnels de l’immobilier savent que la digue est en train de s’écrouler, emportée par les nouvelles technologies et les nouvelles habitudes de consommation. Le marché du courtage va subir une transformation en profondeur et nous avons l’ambition de jouer un rôle central dans cette mutation.»