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Pibor a entamé sa mutation et vise à atteindre une part d’activités non horlogères de 25%, explique Cédric Bourquard, son CEO. © Stéphanie Liphardt

Les PME prometteuses du Jura

Qu’elles aient cinq ans ou près d’un demi-siècle au compteur, ces entreprises jurassiennes cultivent l’esprit d’innovation. Notre série.

Technologie et créativité sont les maîtres mots des petites et moyennes entreprises du canton du Jura et du Jura bernois. Des atouts qui permettent à ces sociétés de se démarquer de la concurrence étrangère et de se diversifier.

Longtemps concentrées sur le secteur horloger, plusieurs d’entre elles ont ainsi pu étendre leurs activités au médical, à l’aéronautique, à la construction ou encore à la défense.

L’informatique et le digital constituent un autre domaine d’avenir pour la région. En l’espace de quelques années, des start-up prometteuses se sont constitué une solide clientèle dans ce secteur. Le tissu des PME jurassiennes reste, en outre, fortement marqué par la sous-traitance.

 


Pibor

  • Pièces horlogères
  • Aspect prometteur: diversification dans l’industrie de précision et certification durable
  • Fondation: 1952
  • Direction: Cédric Bourquard
  • Lieu: Glovelier
  • Nombre d’employés: 135

Historiquement, Pibor se positionne sur un marché de niche. La PME fondée par la famille Bourquard en 1952 fabrique essentiellement des couronnes et poussoirs – les boutons qui permettent d’actionner le mouvement des montres – pour l’industrie horlogère suisse. Elle exporte seulement 1,3% de ses pièces à l’étranger.

Deux événements récents ont pourtant accéléré la mutation de l’entreprise. La crise horlogère, qui s’est soldée par une année 2017 particulièrement difficile pour la société, ainsi que l’arrivée de Cédric Bourquard et de son frère Jérôme à la tête de la PME, en 2015. «Nous valorisons actuellement notre savoir-faire afin de proposer nos compétences d’usinage, de finition et d’assemblage à d’autres marchés ayant besoin de pièces de précision», explique Cédric Bourquard. Dans un avenir proche, ce dernier souhaite voir passer les productions non horlogères de Pibor de 10% à 25% de l’activité environ.

La valorisation du savoir-faire passe concrètement par des investissements annuels représentant 5 à 10% du chiffre d’affaires. «Nous avons investi des montants importants dans l’achat de machines, et cela même au plus fort de la crise.» La société a également redoublé d’efforts pour obtenir de nouvelles certifications. «Pour se distinguer de nos concurrents et offrir à nos clients des garanties, nous respectons depuis trois ans les standards du Responsible Jewellery Council (conseil de la joaillerie responsable).»

Pibor mise enfin sur la formation du personnel avec un fonds dédié. «Cela va de la formation aux machines, en passant par le management ou le contrôle qualité. Nous sommes fiers d’avoir une moyenne de douze ans d’ancienneté dans l’entreprise.» Cédric Bourquard estime qu’il a, en tant que directeur d’entreprise, un rôle social à jouer: «L’important, ce n’est pas ma petite personne, mais que, dans trente ou cinquante ans, il y ait encore des gens qui travaillent et aiment travailler chez Pibor.»

 


INNOmaterials

  • Mise au point de matériaux pour l’industrie
  • Aspect prometteur: élastomères spéciaux pour l’horlogerie
  • Fondation: 2014
  • Direction: Filomeno Corvasce
  • Lieu: Courroux
  • Nombre d’employés: 5
Pour Filomeno Corvasce, 2018 sera l’année où INNOmaterials récoltera les fruits de son travail. Son chiffre d’affaires devrait augmenter de 50%. © Stéphanie Liphardt

Le succès d’INNOmaterials est intimement lié à celui de son fondateur, Filomeno Corvasce. Ce Français, titulaire d’un doctorat à l’Université de Metz en physique des matériaux, a une carrière déjà bien riche derrière lui. Il a travaillé vingt ans au sein de la multinationale Goodyear au Luxembourg. De cette expérience, il tire un épais carnet d’adresses ainsi qu’une large maîtrise des formulations chimiques de caoutchoucs spéciaux – il a participé au dépôt de 80 brevets.

Repéré par l’entreprise jurassienne Biwi, Filomeno Corvasce s’est installé dans le canton en 2008, avant de fonder sa propre société en 2014. «J’ai réalisé qu’il y avait un manque dans la région, analyse-t-il. La micromécanique est reine ici, mais l’innovation en matière d’élastomères et de silicones reste relativement limitée.» Avec sa start-up de cinq personnes, il produit ses propres mélanges d’élastomères et travaille sur mandats. «Nos clients viennent chez nous pour que nous imaginions la recette de cuisine du matériau désiré. Nous mettons au point cette formule et faisons tous les tests nécessaires sur les prototypes. Nos machines peuvent produire jusqu’à 100 tonnes de matière.» L’insertion de parfums dans les plastiques et les caoutchoucs figure parmi les innovations remarquées d’INNOmaterials.

Avec un bureau en Suisse et un autre au Luxembourg, la société touche une large clientèle. «Nous travaillons à 50% pour l’horlogerie, mais aussi dans d’autres domaines tels que les pneumatiques, les implants oculaires, les revêtements routiers, etc.» Filomeno Corvasce est propriétaire majoritaire d’INNOmaterials, à hauteur de 66%, aux côtés de la fondation Fitec, actionnaire à 34%. La PME bénéficie aussi du soutien de Creapole et de la Promotion économique du Jura. « Cette année, plusieurs projets de R&D passeront en mode industriel. Nous anticipons en 2018 une augmentation du chiffre d’affaires de l’ordre de 50%.»

 


Productec

Cyrille Monnin, directeur © DR
  • Informatique pour les machines-outils
  • Aspect prometteur: expertise dans l’industrie 4.0
  • Fondation: 1988
  • Direction: Cyrille Monnin
  • Lieu: Rossemaison
  • Nombre d’employés: 22

C’est le potentiel de Productec qui a convaincu le Jurassien Cyrille Monnin de reprendre l’entreprise en 2016, après une carrière internationale. «Deux éléments ont été déterminants dans ma décision, explique-t-il. La renommée de la société dans des secteurs que j’apprécie, l’horlogerie et le médical, ainsi que la situation géographique de la PME, au cœur d’un tissu industriel dynamique.»

Productec développe deux types de services pour ses clients. D’une part, elle implémente et personnalise, depuis 1988, des logiciels de commande de machines-outils. D’autre part, elle connecte les machines d’un atelier afin de récolter de l’information. «Nous nous reposons sur des années d’expérience dans l’informatique des machines-outils pour proposer aujourd’hui un véritable tableau de bord digital pour les ateliers de fabrication de pièces.» La société, dont l’augmentation du chiffre d’affaires annuel est comprise entre 5 et 10%, table aussi sur une présence accrue en Suisse alémanique ces prochaines années.

 


CLA Clinical Laboratory Automation

Patrick Fleury, directeur © DR
  • Robotique
  • Aspect prometteur: cellule de chronométrie autonome pour Vaucher Manufacture
  • Fondation: 1997
  • Direction: Patrick Fleury
  • Lieu: Delémont
  • Nombre d’employés: 30

L’année 2017 fut importante pour CLA. La PME a fêté ses 20 ans et a fait parler d’elle en livrant à la fabrique horlogère Vaucher Manufacture Fleurier une cellule de chronométrie dernier cri. Celle-ci certifie la fiabilité des montres et mouvements en toute autonomie et de manière continue.

«Nous misons sur des mandats à forte valeur ajoutée et avec une complexité élevée», souligne le directeur, Patrick Fleury. Concrètement, les ingénieurs en microtechnique et en informatique de l’entreprise réalisent des appareils de mesure, des systèmes de transport, des capteurs, des cellules robotisées, etc. Ils conçoivent également des solutions software variées pour leurs clients. Ces derniers sont principalement suisses et actifs dans les secteurs de l’horlogerie, du médical et de la microtechnique. Les technologies médicales sont un secteur d’avenir pour CLA. «Le domaine médical, basé sur la qualité ’Swiss made’, requiert une grande sécurité des produits. L’historique de fabrication doit être consultable à tout moment. Nos produits rendent possible cette traçabilité.»

 


JuraTronic

Yannick Farrer, directeur © DR
  • Informatique
  • Aspect prometteur: logiciels professionnels personnalisables
  • Fondation: 2013
  • Direction: Yannick Farrer
  • Lieu: Porrentruy
  • Nombre d’employés: 6

Jeune entreprise informatique créative, JuraTronic développe des produits pour des clients très différents. A destination du grand public, elle a mis au point un sac connecté dont le contenu est consultable sur une application. Elle a également imaginé la plateforme Dansmonquartier.ch, un site d’e-commerce commun à plusieurs enseignes en Ajoie.

La majeure partie de son activité se concentre néanmoins sur la vente de produits IT aux entreprises. «Nous vendons des logiciels de gestion web à des marques ou à des sous-traitants actifs principalement dans l’horlogerie et le médical», explique le propriétaire et fondateur de la société, Yannick Farrer. Ces outils informatiques appelés ERP permettent de gérer les stocks, la facturation, le suivi du temps de travail, etc. «L’idée est de saisir l’information une fois, puis de l’utiliser partout. Nous attachons aussi une grande importance à la personnalisation de la plateforme pour le client et à son ergonomie.» Confiante, la petite société a engagé deux nouveaux collaborateurs en mai 2018.

 


Fagus Suisse

Stefan Vögtli, responsable de projet © DR
  • Bois pour la construction
  • Aspect prometteur: lamellé-collé à base de hêtre
  • Fondation: 2014
  • Responsable de projet: Stefan Vögtli
  • Lieu: Les Breuleux
  • Nombre d’employés: 4

Née de la collaboration de plusieurs entreprises et faîtières du bois en Suisse, dont Forêt Jura et le Groupe Corbat, Fagus Suisse mise sur le hêtre pour redynamiser la filière. Une halle de production entrera en activité en 2019 aux Breuleux pour produire des produits de lamellé-collé innovants utilisables dans la construction.

L’activité devrait créer d’ici cinq ans une vingtaine d’emplois directs ainsi que des débouchés pour les acteurs de la branche.En quoi ce projet est-il prometteur? «Des réalisations importantes, comme le siège de Swatch à Bienne ou l’atelier de Pilatus à Stans, ont popularisé le bois comme matériau de construction, relève Stefan Vögtli, responsable de projet. Solide, le hêtre peut, dans de nombreux cas, remplacer l’acier ou le béton. Il séduit en outre par son caractère écologique, régional et bon marché.» La décision de s’installer dans le Jura s’est faite naturellement. «Les machines seront placées dans un bâtiment appartenant au Groupe Corbat, un actionnaire important.

 


Stemys

Frédéric Baetscher, directeur © DR
  • Internet des objets
  • Aspect prometteur: plateforme pour la gestion d’équipements connectés
  • Fondation: 2011
  • Direction: Frédéric Baetscher
  • Lieu: Porrentruy
  • Nombre d’employés: 11

L’année 2016 a constitué un tournant pour Stemys. «Avant cela, nous proposions notre plateforme logicielle directement aux entreprises industrielles, explique Frédéric Baetscher, CEO et actionnaire principal. Puis, nous avons décidé de nous appuyer sur un réseau de partenaires pour commercialiser notre solution.» La PME a même fait entrer dans son capital la société Brütsch/Rüegger Werkzeuge, fournisseur de composants pour l’industrie. Un virage réussi, car, depuis trois ans, la société double annuellement son chiffre d’affaires et est passée de trois à onze employés.

Les solutions de la PME regroupées sous le nom Jellix permettent de créer une interface en temps réel avec tout type d’équipements ou de logiciels. «Nous jouons la carte du ’Swiss made’ auprès de nos partenaires et clients, actifs principalement en Suisse, mais aussi en France, en Allemagne, en Hongrie ou en Chine. Nous traitons des informations sensibles et la réputation de fiabilité de la Suisse les rassure.»

 


Coyote Concept

François Cretenet, codirecteur © DR
  • Tourisme et restauration
  • Aspect prometteur: ouverture d’une offre de réservation de loisirs en ligne
  • Fondation: 2014
  • Direction: Nadia Vaucher et François Cretenet
  • Lieu: Muriaux
  • Nombre d’employés: 4

Avec 5000 abonnés en Suisse romande, le guide en ligne Ebook-card.ch imaginé par Coyote Concept a trouvé son public. A sa création en 2014, la société se concentrait sur la gastronomie: elle proposait une carte permettant la réservation de tables dans des restaurants partenaires, assortie d’une série de rabais. Puis, en octobre dernier, l’entreprise a étendu son offre à la réservation de loisirs. Les détenteurs d’une ebook-card ont notamment droit à une entrée gratuite pour une entrée payante. Le prix de ces passes oscille entre 59 et 159 francs.

Le concept, né dans les Franches-Montagnes, repose sur la digitalisation. «Nous souhaitions proposer une alternative au guide papier, expliquent les directeurs Nadia Vaucher et François Cretenet. Avec l’ebook-card, les clients peuvent réserver leur table ou leur activité depuis leur téléphone et sont immédiatement tenus au courant des disponibilités grâce à notre agenda dynamique. C’est également un gain de temps pour nos 200 entreprises partenaires, qui n’ont pas à répondre elles-mêmes aux demandes de réservation.»

 


Willemin-Macodel

Olivier Haegeli, codirecteur © DR
  • Machines-outils
  • Aspect prometteur: récole et traitement des données
  • Fondation: 1974
  • Direction: Olivier et Patrick Haegeli
  • Lieu: Delémont
  • Nombre d’employés: 250 en Suisse

La complexité des machines de Willemin-Macodel n’a fait que s’accroître ces quinze dernières années, selon Olivier Haegeli, directeur adjoint. «Nos solutions d’usinage reflètent les évolutions de ces dernières années. Elles comprennent une part d’automation et de robotisation ainsi que des systèmes de récolte et de traitement des données. Nous servons aussi toujours plus de ’one-stop-shop’. Autrement dit, nous gérons, pour le compte de nos clients, les contacts avec les sous-traitants impliqués dans la fabrication des pièces.»

Ces clients, qui sont-ils? Les trois quarts ont leur siège à l’étranger et sont actifs dans le médical, l’aérospatiale, la défense ou encore l’horlogerie. «Dans 85% des cas, ils viennent avec un cahier des charges. Ils travaillent sur des petites et moyennes séries. La programmation de la machine, avec ses algorithmes précis, est cruciale.» Olivier Haegeli cite l’exemple d’une machine capable de fabriquer avec exactitude des éléments de prothèse de hanche, en s’adaptant à chaque fois à la morphologie des patients.

 


Joulia

Reto Schmid, directeur © DR
  • Matériaux de salles de bain
  • Aspect prometteur: système de douche reconnu par divers labels de durabilité
  • Fondation: 2010
  • Direction: Reto Schmid
  • Lieu: Bienne
  • Nombre d'employés: 7

Jusqu’à 42% d’économie d’eau chaude par rapport à une douche classique: les gains promis par la start-up Joulia sont importants. Son système comprend le placement de conduites d’eau froide dans une rigole de douche. Ainsi, au lieu de partir dans les canalisations, l’eau chaude usée s’écoule dans ces conduites, préchauffant l’eau froide avant que celle-ci ne monte dans le pommeau de douche. «La chaleur est récupérée après dix secondes d’utilisation», indique le directeur, Reto Schmid. Plus de 1000 salles de bain en sont déjà équipées en Suisse.

Emanation du cabinet de R&D Creaholic à Bienne, Joulia a installé dans cette même ville son siège, sa ligne d’assemblage et ses activités de contrôle-qualité. La start-up s’adresse aux particuliers construisant leurs logements, maîtres d’œuvre et vendeurs d’équipements. La reconnaissance en août 2017 du caniveau de douche à récupération de chaleur par le label Minergie a constitué une étape importante vers la rentabilité. Tout comme les partenariats conclus avec le fabricant suisse de cuisines Franke ou le constructeur de panneaux de douche Duscholux.