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DOSSIER

Entrepreneur à temps partiel

Créer sa société sans risquer la banqueroute, c’est possible: en consacrant une partie de son temps à son projet, tout en continuant de travailler comme salarié. Les questions à se poser avant de vous lancer.

Kevin a un rêve: lancer sa propre entreprise. Son idée? Gérer les ressources humaines de PME et start-up qui n’ont pas les moyens de le faire en interne. Voilà donc plusieurs mois que, sur son temps libre, ce Suisse de 24 ans étudie le marché et affine son idée. Car Kevin est en poste à 100% dans une multinationale située sur l’Arc lémanique. Ses collègues et supérieurs ne sont pas encore au courant de ses ambitions. Mais si son projet avance, il devra leur en faire part. «Je ne pense pas lancer mon entreprise à plein-temps, en tout cas au début, explique-t-il. C’est pourquoi je souhaiterais garder mon emploi à côté.»

Moitié, moitié. Comme Kevin, de plus en plus de Suisses partagent leur vie entre leur emploi principal et un projet d’entreprise en parallèle. Parce qu’ils s’ennuient à leur poste. Parce qu’ils ont envie de se réaliser d’une autre manière. Parce qu’ils ont l’esprit d’entreprise, ou parce qu’ils ont une idée qui pourrait bien changer leur existence. Les raisons sont toutes différentes, mais la tendance est bien là: porter la casquette d’employé, en même temps que celle de patron, est une situation qui concerne un nombre croissant de personnes en Suisse. L’Office fédéral de la statistique, qui a mesuré le phénomène, estimait qu’en 2009, 7,4% des actifs occupés, soit 315 000 personnes, exerçaient plus d’une activité professionnelle en Suisse, une proportion en forte progression au cours des vingt dernières années. Cette proportion est deux fois plus élevée en Suisse que dans les autres pays européens. Les Suisses seraient donc particulièrement enclins à multiplier les activités. Dans un tiers des cas, ils développent un projet en parallèle d’un travail à temps complet.

Plus de 41 000 nouvelles sociétés ont été créées dans notre pays l’année dernière. Une partie d’entre elles a été financée avec l’argent du 2e pilier. Cette possibilité pourrait bientôt disparaître, si le parlement adopte le projet du Conseil fédéral (voir encadré), qui souhaite empêcher que les citoyens ne retirent tout le capital de leur 2e pilier, pour qu’ils puissent en profiter une fois atteint l’âge de la retraite.

La solution, pour éviter de péjorer ses conditions de vie ou de brûler ses économies, est donc de rester en poste en baissant son temps de travail, et de développer son projet sur les 20% à 40% de temps restant. Un mode de fonctionnement facilité par les nouvelles technologies, qui permettent de démarrer son business sans engager trop de frais. Mais cumuler les statuts peut s’avérer être un véritable casse-tête. C’est pourquoi avant de se lancer, il convient de prendre quelques précautions. Tour d’horizon.

Faut-il en parler à son employeur?

Sans aucun doute! En Suisse, le Code des obligations interdit à un employé, qui travaille à 100%, d’avoir une activité rémunérée en parallèle. Bien sûr, cette interdiction est théorique et en réalité, c’est surtout le contrat de travail qui en définit les modalités. Dans la plupart des cas, des exceptions sont tolérées, à la condition qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts entre l’activité indépendante et celle salariée. Pour résumer, il est impossible de lancer son propre salon de coiffure tout en étant embauchée comme coiffeuse ailleurs. Dans les cas où la personne viole cet accord de non-concurrence, son patron peut tout à fait porter plainte. C’est pourquoi il vaut mieux en parler à son entreprise, afin d’éviter tout malentendu.

Sylvie Bubanec Fondatrice, Capital RH
Sylvie Bubanec Fondatrice, Capital RH

Ces projets parallèles ne posent pas de problème à l’employeur.

Sylvie Bubanec

«Un employé peut craindre de l’annoncer à son patron par peur de perdre prématurément son travail, estime Sylvie Bubanec, fondatrice de Capital RH, une entreprise spécialisée dans les ressources humaines. Je comprends cette crainte, cependant dans la plupart des cas que j’ai rencontrés, les projets parallèles concernaient principalement des prestations de services (par exemple la création de sites web) qui ne posent en géné- ral pas de problème par rapport à l’employeur vis-à-vis du devoir de fidélité du collaborateur.»

De son côté, l’entreprise est souvent prête à soutenir les ambitions de son employé en ménageant par exemple les horaires de travail quand cela est possible. «De cette manière, dit Sylvie Bubanec, on participe à la création d’une entreprise, on est un peu responsable de cette initiative et de ce succès.»

SNC, SàRL… Quel statut choisir?

Si le futur entrepreneur est convaincu de son idée, il se heurte très vite aux questions juridiques, fiscales et financières qui dépassent souvent son domaine de compétence. La première étant le choix de la raison sociale. Celui-ci dépendra évidemment du type d’activité envisagé, de la décision de se lancer seul ou à plusieurs, des besoins en capital, mais aussi de la responsabilité financière que le créateur d’entreprise est prêt à assumer. Raison individuelle, SA, SàRL, SNC, association, le choix de la forme juridique influencera également la taxation fiscale et la couverture sociale.

D’une manière générale, on distingue trois grands types de sociétés: les entreprises individuelles (l’entrepreneur travaille seul), les sociétés de personnes (les associés sont solidairement et indéfiniment responsables) et les sociétés de capitaux (personnes morales). Au démarrage, la grande majorité des néoentrepreneurs optent pour la raison individuelle ou pour une société en nom collectif (la réunion de plusieurs indépendants sous une seule raison sociale). Ces deux statuts ont l’avantage de ne pas exiger d’investissements de départ, contrairement à la SàRL (20000 francs) et à la SA (100000 francs). Dans tous les cas, il est indispensable d’expliciter son projet à une fiduciaire, qui conseillera les candidats en fonction de leur projet et de leur situation.

Massoud Zekeria Juriste et entrepreneur
Massoud Zekeria Juriste et entrepreneur

Je consacre entre 10 et 20 heures par semaine à ma société LegalKite.

Massoud Zekeria

Massoud Zekeria, lui, a choisi l’option la plus ambitieuse: la SA. Basé à Zurich, ce Lausannois d’origine est juriste à plein-temps dans une assurance où il s’occupe des cas de responsabilité civile. Mais à côté, ce jeune trentenaire a profité «de l’appel d’air du web» pour développer une base de données en ligne pour les professionnels du secteur. Cette SA baptisée LegalKite occupe entre 10 et 20 heures de son temps libre hebdomadaire, soit les soirs, les weekends et pendant les vacances. Si ce projet lui permet de s’épanouir davantage dans sa vie professionnelle, il représente aussi une rentrée financière bienvenue. «A la naissance de notre enfant, ma femme a baissé son temps de travail, indique Massoud. Quant à moi, je suis passé de 80% à un plein-temps. Nous vivons donc sur un salaire et demi. A Zurich, c’est limite.»

Massoud Zekeria n’a pas parlé tout de suite de son projet à son employeur. «J’attendais que cela devienne plus concret.» Finalement, la nouvelle passe bien, du moment que cette activité n’empiète pas sur son salariat et son rendement. Pour composer avec ses deux activités, Massoud Zekeria délègue une grande partie de son projet à d’autres indépendants à travers l’Europe. «C’est la magie du web qui me permet d’engager un développeur de sites internet en Italie ou en Croatie. Le défi, c’est de les coacher et de les motiver.» Une solution qui ne rogne pas trop ses marges et lui permet de maintenir son plein-temps.

Qui paie les assurances?

La plupart des patrons ne verront pas d’un mauvais œil qu’un de leurs employés crée, sur son temps libre, son propre site internet, vende des tee-shirts ou fabrique des lampes design. Un détail, cependant, peut donner lieu à des conflits: il s’agit des assurances. En effet, selon le droit, c’est l’employeur principal qui paie en cas d’accident ou de maladie. «Quand tout va bien, il n’y a pas de problème, souligne Yan Curty, directeur d’Actaes. Mais le jour où l’employé se foule la cheville en servant des bières la veille au soir, parce qu’il travaille dans un bar en parallèle, alors ça se complique. Parce que c’est son employeur principal qui paiera l’assurance perte de gain pendant son arrêt maladie, et qui verra donc probablement ses primes renchérir.»

Yan Curty a longtemps travaillé comme directeur des ressources humaines d’un grand groupe de luxe international. Pour s’assurer que ce genre de mésaventures ne se reproduise pas trop, il signait des conventions d’«activité accessoire» avec ses employés qui avaient une double vie professionnelle, afin de s’accorder sur les conditions en cas d’accident.

Comment gérer son agenda?

Les semaines de Cédric Reynaud s’enchaînent, mais ne se ressemblent pas. «Parfois, je travaille 70 heures. Parfois, j’ai quatre jours de week-end.»À 30 ans, Cédric Reynaud ne court pas à tout prix derrière les mandats d’indépendant, puisqu’il peut compter et vivre sur son 60% chez InnoPark. Cette pépinière basée à Yverdon-les-Bains accompagne les cadres en recherche d’emploi. Sur ses 40% restants, le trentenaire propose ses services dans l’accompagnement à la mise en indépendance, mais cette fois avec sa propre société, Creativ ID. Dans ce cas de figure, le risque de conflit d’intérêts peut exister. «La clé, c’est la transparence. Je ne parle pas de mon entreprise dans le cadre de mon emploi, qui plus est ne vise pas la même clientèle. Mon expérience en tant qu’indépendant est complémentaire à mon travail chez InnoPark, ce qui me permet de transférer mes compétences.»

Cédric Reynaud travaille à 60% chez Innopark et à 40% pour Creativ ID, sa propre société de coaching pour se lancer... en indépendant.
Cédric Reynaud travaille à 60% chez Innopark et à 40% pour Creativ ID, sa propre société de coaching pour se lancer... en indépendant. © S. Liphardt

Le secret: bien séparer les deux activités et y consacrer des journées entières.

Mais au quotidien, il n’est pas toujours facile de cumuler deux emplois. Julien (un prénom d’emprunt) a créé sa propre SàRL fin 2013, tout en gardant un travail à 100%. Il pensait au début ne réaliser que quelques mandats. Mais l’activité s’accélère plus vite que prévu. «Cela me prenait 40% de mon temps, les soirs, les week-ends et les vacances, se souvient-il. J’étais épuisé et dans ma vie d’employé, je n’arrivais plus à faire correctement mon travail. J’ai commis l’erreur de répondre à mes clients, sur mes heures normalement consacrées à mon emploi. J’ai tiré sur la corde.» Son patron est au courant de sa seconde activité, mais estime qu’elle empiète trop sur le quotidien de son employé. Au bout de cinq mois de semi-indépendance, Julien se fait licencier. Aujourd’hui, sa PME se porte bien et il ne regrette pas de s’être lancé. «Je n’aurais pas dû accepter autant de mandats tout en étant salarié. Il faut apprendre de ses erreurs. On ne peut pas développer son business sur les heures de travail consacrées à son emploi. La déontologie l’interdit.»

Dan Noël, chez Starterland, a accompagné près de 2000 créateurs d’entreprise, dont certains ont démarré en gardant un travail à temps partiel. Ce spécialiste n’est pas opposé à cette organisation, à condition de ne pas mélanger les deux activités. Consacrer un ou deux jours entiers par semaine à son indépendance est mieux que «la tactique du saucisson», comme il l’appelle, qui consiste à couper les journées en deux, ce qui empêche la personne d’être efficace dans chacune de ses missions. Le principe est le même sur les réseaux sociaux: il faut séparer les situations. «Le profil privé ne sera pas le même que celui du professionnel ou de l’entreprise, analyse ce spécialiste. Il faut créer des pages différentes à chaque fois pour ne pas mélanger les genres.»

Comment gérer ses employés-entrepreneurs?

Cela fait dix ans que Dan Noël accompagne des projets d’indépendance. Y compris au sein de sa propre entreprise, Starterland, située à Neuchâtel. D’ailleurs, en ce moment, l’un de ses apprentis gère en parallèle un centre de fitness. «Je ne peux pas lui dire non, affirme Dan Noël. L’important est qu’il gère bien son agenda, car la frontière est mince. Impossible de répondre à ses clients pendant qu’il fait ses heures chez nous. Cela commence par avoir deux téléphones différents, afin de ne pas mélanger les activités.»

Les employés évoluent, partent. Parfois pour mieux revenir.

Pour les patrons, il n’est pas toujours facile de gérer des employés qui ont la tête ailleurs. En même temps, refuser qu’ils s’épanouissent dans leur projet d’indépendance est une forme de déni, selon lui. «Certains patrons sont adeptes de la théorie du lac et pensent encore que leurs collaborateurs seront là à vie. Mais c’est fini, ça. Il vaut mieux croire en la théorie de la rivière: les employés changent, évoluent, partent. Et parfois, ils s’en vont pour mieux revenir. On ne peut pas interdire à quelqu’un de vivre sa vie.» Chez Actaes, Yan Curty va plus loin: pour lui, un patron devrait pouvoir anticiper les desiderata et le développement de ses employés. «Si un collaborateur me dit qu’il veut monter son entreprise, c’est que d’une certaine manière j’ai raté quelque chose, observe-t-il. S’il est suffisamment nourri, un employé ne va pas chercher l’eau à un autre puits.» La solution serait, comme chez Google, de laisser du temps aux personnes pour développer leurs idées, tout en restant au sein de l’entreprise.

Où trouver des financements?

C’est le nerf de la guerre. Lorsque l’on se lance dans l’entrepreneuriat, l’argent est la première préoccupation. Dois-je investir dans mon projet? Et combien? Vais-je pouvoir me verser un petit salaire? En fait, tout dépend du modèle d’affaires, du choix de la raison sociale et du secteur d’activité. La plupart des entrepreneurs en herbe font le choix de la raison individuelle – gratuit hormis les frais d’inscription au registre du commerce – ou de la société en nom collectif si la petite entreprise chapeaute plusieurs indépendants. Dans ces deux cas, les investissements de départ sont minimes.

Internet, et plus généralement les nouvelles technologies ont démocratisé le statut de salarié et d’indépendant. En effet, la grande majorité des candidats à l’entrepreneuriat partentà l’assaut de l’économie numérique (e-commerce, coaching en ligne, programmation de site internet, support informatique). Des activités où le besoin de matériel est réduit à un simple ordinateur, et que l’on peut mener de partout. L’apport financier personnel ou celui des proches suffiront dans ces cas-là pour démarrer l’activité. Dans le cas contraire, il faudra trouver d’autres sources de financement et s’armer de patience.

Il existe de nombreux organismes qui viennent en aide au démarrage, notamment des entreprises de cautionnement. Les structures accompagnatrices (Genilem, Fondetec, Fédération des entreprises romandes…) assistent, structurent et financent parfois des projets d’entreprise pour autant qu’ils soient sélectionnés. Quant aux banques, elles interviennent généralement après la phase de démarrage, à condition que le demandeur présente des garanties solides. Certaines sont aussi plus ouvertes que d’autres aux néoentrepreneurs. Une autre solution possible est de faire appel à des sociétés en capital-risque. Grâce à leurs investissements en capital, ces partenaires financiers ponctuels permettent le démarrage et le développement de l’entreprise. En revanche, ils prennent part aux bénéfices, comme aux pertes. Mais là encore, il faut convaincre et prouver la viabilité économique et financière de son projet. Dans un registre proche, les business angels investissent de la même manière que les sociétés en capital-risque, mais avec davantage d’émotionnel. Il s’agit généralement d’un homme d’affaires qui décide de soutenir un projet après un coup de cœur. Il souhaite la rentabilité, mais ce n’est pas sa priorité.

Plus rare, le crowdfunding. Ce modèle de financement participatif est en plein essor. En 2016, 128,2 millions de francs ont été récoltés en Suisse par l’intermédiaire du financement participatif, selon les derniers chiffres de l’Université de Lucerne. En 2017, ce volume de transaction devrait doubler pour avoisiner les 350 millions de francs suisses. En Suisse, l’association Swiss Crowdfunding regroupe la vingtaine de plateformes de crowdfunding et de crowdlending. Dans ce dernier cas, les prêteurs ne sont pas des donateurs. Ils financent un projet, mais s’attendent au remboursement du prêt. Ils se substituent donc aux banques, sans les intermédiaires. Précisons que le financement participatif, même facilité, ne doit pas être abordéà la légère. Pour convaincre et réunir les fonds, il existe de bonnes pratiques.

Tous semi-indépendants?

C’est lors d’un jogging dans le Jardin botanique de Genève que Nicolas Marsault trouve sa vocation. Nous sommes au début des années 2010. En sueur, le contrô- leur financier chez Merck Serono tombe sur l’apiculteur qui ouvre les ruches du parc. Le déclic est là. En rentrant, il en parle à sa femme qui lui offre quelques semaines plus tard une formation d’apiculteur d’un an au Rucher-Ecole de Lullier (GE). «Il s’agissait d’une dizaine de séances échelonnées sur la saison apicole», raconte-t-il. Tous les samedis, Nicolas Marsault se forme, par passion. «Il n’était pas question d’en faire une activité professionnelle.»

Un week-end à Paris va changer la donne. Une amie lui parle de l’installation de ruches sur le toit de son entreprise. «Je savais que ce concept de biodiversité urbaine faisait fureur à Paris et à Londres, mais n’existait pas à Genève.» De retour en Suisse, Nicolas Marsault, qui travaille à plein-temps, transforme sa passion en projet. «De par mon métier, je connaissais très bien le monde des entreprises à Genève. J’avais un bon réseau. Je me suis dit que j’avais les bonnes entrées et la crédibilité pour convaincre des sociétés d’installer des ruches sur leur toit.» Nicolas Marsault postule alors au prix IDDEA qui récompense et accompagne chaque année un projet d’entreprise durable et innovante.

Tous les soirs, après le travail, Nicolas Marsault est coaché pour développer son futur modèle d’affaires. Six mois plus tard, le verdict tombe. Le jeune apiculteur remporte le prix et bénéficie gratuitement de l’accompagnement de Genilem pour une durée de trois ans. Le quadragénaire décroche aussi son premier client: la Fédération des entreprises romandes. Baptisée Bees4You, la société naît en 2012. C’est à ce moment-là que Nicolas Marsault en parle à son employeur, par «loyauté, mais aussi parce que je voulais convaincre Merck Serono d’installer des ruches sur son toit.». Curieuse, la société pharmaceutique n’impose pas son veto, tant que le travail est fait. Nicolas Marsault démarre alors une double activité professionnelle.

Pendant un an, sans réduction de temps de travail, il jongle entre son emploi de contrôleur financier et celui d’apiculteur urbain. «Je regroupais des rendez-vous de prospect pour Bees4You tôt le matin ou en fin de journée.» Les midis, les soirs et les week-ends, Nicolas Marsault visite ses ruches. Six mois après le lancement de la start-up, Merck Serono annonce la fermeture de son site. «Sachant que j’allais perdre mon emploi, j’ai décidé de me consacrer pleinement à mon entreprise. J’ai pu me salarier pendant un an, mais je n’avais pas assez de rentrées.» A l’époque, sa femme entame elle aussi une transition professionnelle en reprenant des études. Le couple a trois enfants et des prêts bancaires à rembourser. «Au bout d’un an, je me suis décidé à reprendre une activité salariée à 50%.» Nicolas Marsault a donc remis son costume de contrôleur financier, mais cette fois chez Prexton Therapeutics. «Ma double activité ne pose pas de problème. J’en ai du reste parlé dès le premier entretien d’embauche.»

A 46 ans, Nicolas Marsault envisage toujours de vivre grâce à Bees4You. La société, qui emploie quatre personnes, fournit aujourd’hui des ruches à une dizaine de sociétés, à Genève. A l’instar d’UBS, du Kempinski, de l’EMS de Lancy. Pourtant, l’apiculteur ne compte pas tirer un trait sur le salariat. «Je garde ces deux activités parce qu’elles s’autoalimentent, confesse Nicolas Marsault. Pour installer des ruches sur le toit des entreprises, il faut connaître ces sociétés. En gardant un pied dans le circuit, je trouve aussi de nouveaux mandats pour Bees4You.»

Certains projets ne se prêtent pas à la pluriactivité car il faut y aller à fond.

Cette solution hybride est séduisante, mais David Narr ne la privilégie pas. Le coach en création d’entreprise chez Genilem constate que le cumul du salariat avec l’entrepreneuriat douche les espoirs de rentabilité. «Dans un projet, il faut au moins une personne à temps plein. Autrement, cela réduit considérablement les perspectives de développement. Cela étant dit, la pluriactivité n’est pas une mauvaise solution. Certains entrepreneurs ont très bien réussi en étant salariés à côté. Mais c’est moins facile et cela dépend beaucoup de son employeur et du projet entrepreneurial. Il y a des secteurs dans lesquels il faut y aller à fond.»

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