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Finances

Martin Neff, chef économiste de Raiffeisen Suisse © DR
Finances - L'invité

Trébucher, c’est aussi se relever et recommencer

Tout change tout le temps. Les technologies ouvrent des possibilités vertigineuses, qui semblent illimitées. Les entreprises sont sous pression, surtout ne pas manquer le coche! Une pression qui se fait sentir tous les jours; se reposer, c’est s’enliser. Dans un contexte d’évolutions effrénées, où seul compte le succès, l’échec est inenvisageable. Pourtant, nombreux sont ceux qui semblent dépassés par cette frénésie. En 2017, 4709 entreprises en Suisse on fait faillite, un record. Ce chiffre fait pourtant pâle figure face aux 43 000 entreprises créées la même année!Les fluctuations s’accentuent en même temps que les cycles des produits se raccourcissent, les besoins changent plus rapidement et si l’on ne parvient pas à innover au même rythme, on a vite fait d’être éjecté de la course. Et la numérisation ne fait qu’accélérer la dynamique.Perdre fait partie du jeu. Les évolutions dans le paysage des entreprises ont toujours existé: preuve en est le rapport entre les créations et les faillites qui est relativement constant. L’économie s’est toujours nourrie du changement, la nôtre tout particulièrement. L’habillement, le textile? Des industries jadis très importantes en Suisse se cantonnent aujourd’hui à des niches, ou ont disparu depuis longtemps. Papier, cellulose, acier, des pans entiers de l’économie malmenés par la mondialisation ont dû se réinventer ou relocaliser leur production.Pour réussir, il est aussi bon de savoir ce qu’il ne faut pas faire.Sur le plan international, la taille des acteurs permet des économies d’échelle et nos producteurs nationaux peinent à rivaliser. Beaucoup doivent jeter l’éponge. Le secteur des services lui aussi vit d’intenses bouleversements. Comme la finance, qui ne ressemble plus guère à ce qu’elle était il y a trente ans. Or malgré ces changements incessants, ou grâce à eux, la Suisse peut s’enorgueillir d’une base industrielle forte et d’un certain équilibre entre les secteurs. En termes de compétitivité, la Suisse est souvent en tête des classements.L’échec est un élément constitutif de la concurrence, tout comme perdre fait partie du jeu. Trébucher, certes, mais aussi se relever pour recommencer, faire mieux. Alors, où est le problème? C’est que dans notre société, la notion d’échec a une connotation négative. Peu importe à quoi l’on échoue, ce sera toujours vu comme une défaite personnelle. La reconnaissance sociale, l’admiration sont réservées à ceux qui réussissent. Or ce que l’on oublie souvent, c’est que tout le monde ne peut pas réussir, car dans toute compétition il y a des gagnants et des perdants.Aussi, au lieu de suivre un énième séminaire sur le succès entrepreneurial, ou de collectionner les modes d’emploi pour devenir Steve Jobs ou Elon Musk, les entrepreneurs feraient bien de réfléchir sur la notion d’échec. Car pour réussir, il est aussi bon de savoir ce qu’il ne faut pas faire. Martin Neff, Chef économiste de Raiffeisen Suisse le Lire
Christoph Gloor, responsable adjoint de Vontobel Wealth Management et membre du Comité exécutif de Notenstein La Roche. © DR
Invité Finances

Gestion active et pluralité des médias: même combat!

Ne lire que l’information obtenue gratuitement sur les réseaux sociaux et individualisée à l’aide de filtres, à l’instar de ce que l’on appelle notamment «le Spotify des médias», pourrait bientôt être notre seule manière de nous informer. De même, investir uniquement au travers des produits de placement passifs, c’est-à-dire pondérés selon la capitalisation boursière, tend à devenir la norme dans de nombreux établissements financiers. Mais quel rapport, me direz-vous, entre ces deux tendances qu’a priori tout sépare? Ces deux phénomènes d’uniformisation transforment pourtant profondément leur secteur traditionnel respectif, que ce soient des maisons de presse et d’édition établies ou des gestionnaires de fortune actifs classiques. D’un côté, sur les réseaux sociaux, nous créons nous-mêmes notre actualité. Nous sommes à la fois consommateurs, sujets d’information et rédacteurs. Le rôle du journaliste devient peu à peu obsolète dans cette configuration. Les réseaux sociaux développent des capacités toujours plus subtiles pour nous observer et, grâce à des algorithmes sophistiqués, nous fournir des informations qui nous confortent dans notre opinion. Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du «Spotify des médias», une solution de filtrage de l’information déjà pratiquée à l’étranger et qui vient de voir le jour en Suisse sous l’appellation «Timoty». Contrairement aux médias traditionnels et grâce à – ou plutôt à cause de – ces filtres, nous nous protégeons de tout point de vue divergent et dérangeant. L’algorithme nous incite inconsciemment à agir conformément à notre groupe, le mainstream ou courant de pensée dominant. Il n’y a alors qu’un tout petit pas vers la manipulation. La réflexion  est un gage de succès et de réussite à long terme. De l’autre côté, la conviction que les produits de placement passifs remplaceront tous les produits gérés activement semble bénéficier d’un consensus encore plus vaste. En effet, marquées par une période haussière stimulée par la politique de taux d’intérêt, ces dernières années auraient démontré que les solutions indexées étaient tout aussi appropriées et, surtout, plus avantageuses que les solutions de placement actives. Des algorithmes nous invitent uniquement à investir de manière pro-cyclique, à l’instar de la bulle de filtre de l’information. Cette approche contre-intuitive est particulièrement néfaste pour l’investisseur et a révélé – à raison – l’absurdité des produits encore trop nombreux qui fournissent aux particuliers des placements indiciels à des prix excessifs. Pourtant, il est possible, voire simple, de ne pas se laisser prendre par ces deux phénomènes malsains. Nous devons prendre le temps de nous informer et continuer à payer nos abonnements aux médias traditionnels, contribuant ainsi à soutenir la presse, en grande difficulté ces derniers mois. Nous pourrons alors obtenir des informations diverses, nous faire notre propre opinion et sortir ainsi de notre zone de confort pour nous forger un avis éclairé. Quant aux investissements, seuls des placements qui s’appuient sur des analyses approfondies et complexes grâce à des solutions de gestion active offrent une réelle plus-value. La recherche d’informations et la réflexion, dans les secteurs des médias et financier, sont un gage de succès et permettront une réussite à long terme pour une économie libre et tournée vers l’avenir. * Fin mai 2018, Vontobel a annoncé la reprise de Notenstein La Roche, effective le 1er octobre 2018. Dans ce contexte, Christoph Gloor est également responsable Suisse romande et Moyen-Orient chez Vontobel Wealth Management.     Christoph Gloor, responsable adjoint de Vontobel Wealth Management et membre du Comité exécutif de Notenstein La Roche* le Lire
 Cyril Meury, directeur régional d'UBS Romandie © DR
Invité Finances

Mondial de foot: et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne…

Depuis plus d’une dizaine de jours, nous sommes nombreux à perdre un peu la boule pour suivre une vingtaine de messieurs courant après un ballon! Car la Coupe du monde de football passionne les foules. La recherche d’UBS a livré une analyse prédisant que l’Allemagne, le Brésil ou l’Espagne avaient une probabilité cumulée de 60% de remporter la victoire finale. Mais pourquoi les analystes d’une banque «s’amusent-ils» à de tels calculs? Et quels enseignements peut-on en tirer?Sur la méthode d’abord: les économistes du Chief Investment Office (CIO) de la banque se sont fondés sur le classement Elo. Cette méthode – aussi utilisée pour le ranking des joueurs d’échecs – leur paraît en effet plus pertinente que le classement de la FIFA.A leur avis, la mesure Elo est plus objective car l’évaluation du classement d’une équipe est davantage améliorée par les victoires face à des équipes plus fortes que par les succès contre des adversaires réputés plus faibles. De même, les matchs à enjeu comptent plus que les rencontres amicales.Deuxièmement, les analystes ont pris en compte les résultats pendant les qualifications. L’Allemagne a gagné tous ses matchs, l’Espagne n’en a perdu aucun et le Brésil ne s’est incliné que lors de son premier match face au Chili en octobre 2015.Pourquoi les analystes d’une banque «s’amusent-ils» à de tels calculs?Troisièmement, ces trois favoris ont déjà connu le succès lors des championnats précédents. Ils ont tous déjà remporté une Coupe du monde. Ils ont gagné dix des vingt éditions jouées depuis 1930. En outre, ils surpassent la plupart des autres nations quant au nombre de participations à la phase finale. Le Brésil est la seule équipe à avoir participé à toutes les Coupes du monde et, comme quintuple champion, détient le record de victoires.Le CIO de la banque a intégré tous ces facteurs, mais aussi l’avantage de la Russie en tant que pays hôte, pour calibrer un modèle statistique basé sur les résultats des cinq dernières Coupes du monde. Ce modèle lui a permis d’estimer les résultats les plus probables des matchs à venir.Poussant à l’extrême leur raisonnement, les économistes d’UBS ont même estimé les chances de l’Italie. Grossière bourde, diront certains: les Azzurri ne sont pas qualifiés. Pas forcément! L’histoire le démontre: vainqueur de l’Euro en 1992, le Danemark ne devait pas aller en Suède. L’équipe avait été repêchée peu avant le début du tournoi pour pallier l’exclusion de la Yougoslavie pour cause de guerre et d’embargo…Mais quel est l’intérêt pour une banque de travailler sur de telles données? C’est, notamment, de démontrer l’étendue de ses capacités d’analyse. C’est illustrer comment elle peut appréhender une réalité (très) complexe pour en tirer des conclusions utilisables. Car faire des propositions d’investissements dans l’économie réelle n’est, au final, pas si éloigné du fait de prédire le futur vainqueur de la Coupe du monde de football!En effet, de même que chacun connaît l’éternelle incertitude du sport, tout le monde sait aussi combien des événements imprévisibles peuvent bouleverser l’économie mondiale. Et on rappellera, en conclusion, l’avertissement bien connu qui s’applique aussi au football: la performance passée n’offre aucune garantie quant aux résultats futurs. Et nous pourrons mettre à l’épreuve le fameux adage qui veut que le foot soit un jeu à onze où, à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne…  Cyril Meury, directeur régional d'UBS Romandie le Lire