La crise actuelle va-t-elle servir à certaines entreprises romandes de prétexte à des licenciements désirés depuis longtemps? Un des plus fins observateurs du marché de l’emploi romand, Maxime Morand, donne un avis tranché sur la question. Après avoir dirigé les ressources humaines du Credit Suisse Genève et de l’UBP, puis avoir été membre de la coordination de Lombard Odier chargé des ressources humaines, il est aujourd’hui directeur de la société de conseil Provoc-Actions. Selon lui, le droit du travail en Suisse est l’un des moins protecteurs en Europe.

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«N’importe quel motif peut être avancé par les entreprises pour congédier des collaborateurs. On peut en effet craindre dès à présent et après la crise que des licenciements sans motif ne soient prononcés pour se débarrasser de personnes jugées inefficaces. Je l’ai déjà constaté durant la crise de 2008. L’occasion de «liquider» ces cas est bien présente aujourd’hui.»

Reste que Maxime Morand considère néanmoins que ces séparations sont souvent un mal pour un bien. «Le contrat de travail prévoit un avenir ensemble. Lorsqu’il n’y a pas d’avenir commun, il n’y a en quelque sorte plus de contrat, alors pourquoi continuer?» L’expert considère que les sociétés doivent en revanche respecter les délais et créer les meilleures conditions pour le «partant».

Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia Genève, craint également ce phénomène: «Nous avions constaté des licenciements «exagérés» lors de l’avènement du franc fort. Mais les sociétés ont le droit de le faire. Ensuite, pour elles, c’est une question morale. Nous sommes très attentifs en ce moment aux entreprises qui bénéficient d’aides de l’Etat, comme les RHT ou les arrangements financiers par exemple. Les politiques devraient conditionner ces aides à une interdiction de licencier ces prochains mois.»