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Gouvernance

Le départ de Brabeck n’a pas été totalement volontaire

Pression sur les coûts et climat interne qui se détériore ont coûté, au président émérite de Nestlé, son bureau et son assistante.

Dirk Schütz

Dirk Schütz

<p>Peter Brabeck quitte Nestlé après 57 ans.</p>

Peter Brabeck a quitté Nestlé après 57 ans. Mais ce départ n’a pas été entièrement volontaire.

AFP

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Le départ devait se faire par la grande porte. «Peter Brabeck-Letmathe quitte ses fonctions de président émérite», titrait la NZZ début décembre, l’homme de 81 ans ayant «confirmé sa démission» à la sollicitation du journal. Nestlé elle-même avait annoncé dans un communiqué que l’ancien CEO et président du conseil d’administration avait informé ce dernier de sa décision de renoncer à son titre de président émérite. Dans ce document, l'actuel président du conseil d'administration, Pablo Isla, avait salué son prédécesseur comme un homme dont «la vision et l’engagement ont laissé une empreinte inoubliable au sein de notre entreprise».

Mais ce retrait n’a pas été entièrement volontaire. C’est le conseil d’administration qui a décidé de supprimer le bureau de Brabeck chez Nestlé Suisse, à La Tour-de-Peilz, à quelques kilomètres du siège de Vevey (VD), y compris le poste de son assistante. Brabeck avait occupé ces locaux depuis son départ de la présidence du conseil en 2017.

<p>Président du conseil d'administration Pablo Isla.</p>

Président du conseil d'administration, Pablo Isla, en poste depuis avril 2026.

Getty Images
<p>Président du conseil d'administration Pablo Isla.</p>

Président du conseil d'administration, Pablo Isla, en poste depuis avril 2026.

Getty Images

Cette mesure d’économie est aussi un signal d'un nouveau départ sous la houlette du duo de direction récemment installé, composé du président Isla et du CEO, Philipp Navratil. Ce dernier a annoncé la suppression de 16.000 postes, ainsi que la disparition de la fonction de directeur de la stratégie au sein de la direction du groupe, et il a imposé un gel des salaires pour l’ensemble des collaborateurs en Suisse. Dans ce contexte, le bureau luxueux de l’ex-président n’apparaissait plus au goût du jour. 

Des raisons d’ordre relationnel ont également joué un rôle. Ces deux dernières années, Brabeck s’était éloigné de la direction de Nestlé et n’avait guère dissimulé ses attaques contre son successeur, Paul Bulcke. Pour marquer son aversion, il avait rendu public la vente de ses actions Nestlé — alors qu’il avait toujours affirmé, en tant que CEO et président, qu'il ne les céderait jamais. Après son départ en septembre, Bulcke s’est vu attribuer le titre de président d’honneur, mais a renoncé de manière ostensible à un bureau et à un assistant. Le Belge entretient par ailleurs des relations plus étroites avec Isla: c’est lui qui avait fait entrer l’ancien patron d’Inditex au conseil d’administration en 2018 et l'avait préparé comme successeur. 

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<p>Le président d'honneur Paul Bulcke.</p>

Le président d'honneur Paul Bulcke. Il avait annoncé ne pas se re-présenter à la présidence en avril 2026, mais a finalement démissionné plus tôt, dès septembre 2025. 

Samuel Schalch für RMS
<p>Le président d'honneur Paul Bulcke.</p>

Le président d'honneur Paul Bulcke. Il avait annoncé ne pas se re-présenter à la présidence en avril 2026, mais a finalement démissionné plus tôt, dès septembre 2025. 

Samuel Schalch für RMS

Le départ de Brabeck constitue ainsi aussi une victoire pour Paul Bulcke sur son supérieur de longue date. Tous deux sont des protégés de l’ancien patriarche de Nestlé, Helmut Maucher, qui porta le titre de président d’honneur jusqu’à son décès en 2018, ce qui avait contraint Paul Brabeck à se contenter de l’appellation symbolique de "président émérite" lors de son départ. C'est désormais Bulcke qui détient ce titre.

L'attitude sévère qu'il a entretenue vis-à-vis du fondateur du Forum économique mondial (WEF) Klaus Schwab a également terni la réputation de Brabeck à la tête de Nestlé. Helmut Maucher avait toujours été un fervent soutien du rassemblement de Davos et, en tant que président du conseil de fondation, et il a même un jour promis à Schwab le versement de cinq millions de francs en reconnaissance de son rôle dans la création de l'organisation. Schwab n'a jamais touché cette somme. Brabeck a assuré l’intérim à la tête du WEF pendant quatre mois, avant de se retirer en août une fois que l’enquête eut totalement blanchi son fondateur. En résumé, en l’espace de cinq mois seulement, Peter Brabeck a perdu ses deux postes les plus prestigieux.

>> Lire aussi: Quand l'action Nestlé vaudra-t-elle à nouveau la peine d'être achetée?

Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Handelszeitung.

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