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Start-up

MoleSense réinvente la surveillance des grossesses à risque

MoleSense vise une commercialisation dès 2029 aux Etats-Unis de son capteur cutané. La medtech ambitionne d’étendre son approche à l’ensemble du cycle hormonal féminin.

Sophie Marenne

MoleSense

Porté sur le côté du ventre, le patch peut par exemple anticiper la rupture prématurée des membranes à cause d’un excès de liquide amniotique. Mais il pourrait en réalité être porté ailleurs sur le corps, comme un lecteur de glycémie.

MoleSense

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Plus de deux tiers des grossesses prises en charge à la maternité des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont aujourd’hui considérées comme à haut risque. Attention, cela n’implique pas forcément des complications, mais requiert un suivi médical plus important. MoleSense espère rendre plus légère cette vigilance accrue, contraignante pour les futures mamans. Le spin-off de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a mis au point un capteur cutané portable – un patch – qui suit en continu les biomarqueurs clés de la santé reproductive.

Officiellement fondée cet été et récemment installée au Biopôle d’Epalinges, la start-up réunit une petite dizaine d’employés. «J’ai fait une thèse en analyse de la sueur. Une fois mon doctorat en poche, je me suis demandé que faire de cette technologie», raconte Ata Golparvar, cofondateur et directeur technique (CTO). Au fil d’échanges avec nombre de médecins européens, son associé Gian Luca Barbruni et lui ont identifié un écueil gynécologique majeur: «Les équipements de monitoring utilisés en oncologie ou cardiologie ne sont pas adaptés au suivi de la grossesse. C’est le signal d’alarme qu’il nous fallait.»

Depuis deux ans, les chercheurs ont reconfiguré leur dispositif pour qu’il traque les fluctuations des hormones (dont la progestérone) et les biomarqueurs inflammatoires. Le patch stimule localement la transpiration et collecte les données directement sur la peau, sans prise de sang. «L’objectif est que les patientes puissent le porter au quotidien. Pour celles vivant une grossesse à risque, cela pourrait éviter des déplacements hebdomadaires à l’hôpital et le stress qui en découle», souligne le CEO, Gian Luca Barbruni. Ce dernier vient d’être sélectionné par Forbes, début décembre, pour son classement «30 Under 30» des entrepreneurs prometteurs de Suisse.

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116 milliards

En dollars, c’est la taille qu’atteindra le marché mondial des dispositifs de santé pour femmes en 2032, selon le cabinet Fortune Business Insights.

De la puberté à la ménopause

Si le premier marché visé est celui de la surveillance des grossesses, la jeune pousse compte étendre son approche à l’ensemble du marché de la santé reproductive, de la puberté à la ménopause. «D’autres essais cliniques suivront, notamment en prédiction des affections qui peuvent survenir au premier et au deuxième trimestre», explique Ata Golparvar. Comme le capteur cutané suit les hormones en continu, il pourrait aussi contribuer à mieux comprendre – et peut-être anticiper – la dépression post-partum.

MoleSense échange par ailleurs avec un grand groupe pharmaceutique, afin d’évaluer si le patch peut rendre certains médicaments accessibles aux femmes enceintes, ceux dont elles sont actuellement privées faute de tests adaptés liés à cette population.

Cap sur les États-Unis

A ce stade, la start-up a levé l’équivalent de 2 millions de francs, via des bourses, des prêts non dilutifs et des emprunts convertibles. «Nous sommes au cœur d’un tour de table d’amorçage de grande ampleur, que nous bouclerons fin 2026. De quoi nous permettre d’entrer sur un premier marché et de croître durant deux ans», précise Gian Luca Barbruni.

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La commercialisation débutera par les Etats-Unis, autour de 2029. Le patch de MoleSense est éligible au statut de Breakthrough Device de la FDA, qui accélère les procédures réglementaires. «Si nous l’obtenions, nous serions seulement la cinquième entreprise au monde à le recevoir en gynécologie obstétrique.» En Suisse, la mise sur le marché pourrait intervenir d’ici à 2030.

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Sophie Marenne
Sophie Marenne
Sophie Marenne

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