Une nouvelle crise fait trembler les murs du siège du Forum économique mondial (WEF) à Cologny (GE). L'onde de choc de l'affaire Epstein a eu raison de son directeur général, Børge Brende. Jeudi, les coprésidents du forum, André Hoffmann (vice-président de Roche) et Larry Fink (cofondateur de BlackRock), ont annoncé la démission de l'ancien diplomate, qui sera remplacé à titre provisoire par le Suisse Alois Zwinggi. Cet ancien cadre du cimentier Holcim a rejoint la direction du WEF il y a plus de 15 ans.
La démission du Norvégien intervient quelques semaines seulement après l'ouverture d'une «évaluation indépendante» mandatée auprès d’un cabinet externe, pour clarifier les liens entre le CEO de l'insitution et l’homme d’affaires Jeffrey Epstein, pédocriminel américain décédé en 2019.
Si les conclusions n’évoquent aucune nouvelles préoccupations pénales, elles ont rendu la position du dirigeant intenable, selon les informations des journaux du groupe Tamedia. Les documents déclassifiés par la justice américaine, début février, ont révélé que Børge Brende avait rencontré le délinquant sexuel à trois reprises entre 2018 et 2019, et échangé avec lui plus d'une centaine d'emails et SMS au ton particulièrement amical, allant jusqu'à le qualifier de «brillant hôte» lors d'un anniversaire célébré dans l'appartement new-yorkais du milliardaire.
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Børge Brende a donc décidé de se retirer, après huit ans à la tête de l’organisation sise à Genève mais qui tient son sommet annuel à Davos. Si ce dernier se défend, affirmant qu'il ignorait tout des activités criminelles d'Epstein à l'époque, il a concédé dans un communiqué qu'il était temps pour le WEF «de poursuivre son important travail sans distraction».
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Les casseroles s'accumulent
Pour le WEF, ce départ s'inscrit dans un contexte déjà troublé. Il y a un an à peine, le fondateur historique, Klaus Schwab, a été poussé vers la sortie. Il a démissionné en avril 2025, à la suite d'accusations d'abus de pouvoir et d'irrégularités financières, relayées par le Wall Street Journal, notamment au sujet de l'utilisation à des fins privées de la Villa Mundi, une vaste propriété acquise par le WEF en 2018 pour 29,5 millions de francs.
Klaus Schwab a ensuite été blanchi par l’organisme en août 2025, au terme d’une enquête interne jugeant qu’il n’existait aucune preuve «que son fondateur ait commis des actes répréhensibles» et évoquant plutôt des «irrégularités mineures.» Dans la foulée, le président ad interim, l’ancien patron de Nestlé Peter Brabeck, a quitté ses fonctions, mal à l'aise vis-à-vis des conclusions de ladite enquête.
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Après les départs successifs de Klaus Schwab puis Børge Brende, l'institution de Cologny se retrouve à nouveau sans figure tutélaire. Cette double crise de gouvernance fragilise l’avenir de la réunion annuelle grisonne. Se pose surtout la question de la confiance des nombreux partenaires de l’institution: ABB, Google, IBM, Nestlé, Novartis, SAP, Visa,... Le WEF affiche un chiffre d'affaires annuel de près de 470 millions de francs. Plus largement, il a généré plus d'un milliard de francs de retombées économiques pour la Suisse sur les 20 dernières années. (avec Blick)
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.