Gouvernance

Les CEO et présidents de conseil d’administration restent deux fois moins longtemps en poste

La durée des mandats des CEO et des présidents de conseil d’administration des grandes entreprises suisses a été divisée par deux en un siècle. Une évolution ancienne, liée surtout au recul du capitalisme familial, qui interroge la stabilité des stratégies d’entreprise sur le long terme.

Sergio P. Ermotti, Ralph Hamers, et Colm Kelleher
Sergio P. Ermotti, nouvellement nommé directeur général d’UBS, arrivant à une conférence de presse à Zurich le 23 mars 2023, avec le directeur général sortant, Ralph Hamers, et le président de la banque, Colm Kelleher. Michael Buholzer/keystone

Publicité

La durée moyenne des mandats des CEO et des présidents de conseil d’administration est passée de quinze à sept ans depuis le début du siècle passé. L’enquête, réalisée à partir de la base de données des élites suisses (Obelis), relève que ce raccourcissement n’est pas une conséquence de la pression accrue des marchés financiers sur les grandes entreprises. «Nous pensions pouvoir observer une rupture dans les années 1990 ou 2000, explique Felix Bühlmann, professeur associé en sociologie à l’Université de Lausanne et coauteur de l’étude. Mais nous avons constaté que le phénomène a commencé bien plus tôt, dès le début du XXe siècle, et s’est poursuivi de manière régulière.»
Ni l’internationalisation des élites économiques, ni l’évolution des secteurs d’activité n’expliquent cette tendance. «Aujourd’hui, plus de la moitié des dirigeants des grandes entreprises suisses sont nés à l’étranger, mais leurs mandats ne sont pas plus courts que ceux des Suisses.»
La cause principale du phénomène se trouve dans le recul progressif du capitalisme familial. «Au début du XXe siècle, les grandes entreprises suisses étaient encore souvent dirigées par leur famille fondatrice. Avec la dispersion de l’actionnariat, cette stabilité s’est progressivement érodée.»

Contenu Sponsorisé

Impact négatif

Ces changements rapides peuvent entraîner à chaque fois une nouvelle stratégie, ce qui peut nuire à l’entreprise sur le long terme.
Les banques privées genevoises comme Pictet ou Lombard Odier, qui demeurent marquées par une forte continuité familiale, affichent ainsi des mandats plus longs que des groupes comme UBS ou ABB. Cette rotation accélérée n’est pas sans conséquences. «Lorsque les dirigeants changent plus vite, leur capacité à imposer durablement une vision ou une culture d’entreprise diminue.»

Publicité