Le président de la BNS, Schlegel, à propos de l'appréciation du franc: «Une situation très difficile pour les exportateurs suisses»
Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse, s'est exprimé au Forum économique mondial de Davos au sujet de la réévaluation du franc suisse.
Daniel Hügli
Martin Schlegel, président de la BNS, dans une interview vidéo en juin 2025. AWP Video
Le franc suisse s'apprécie à nouveau dans un contexte géopolitique incertain. La monnaie helvétique a atteint mardi 0,9255 face à l'euro, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis la mi-novembre. Face au dollar, le franc suisse s'échange à 0,7903, son plus haut niveau depuis la mi-septembre.
«C’est une situation très difficile pour les exportateurs suisses», a déclaré Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse (BNS), mardi soir lors d’une table ronde organisée dans le cadre du Forum économique mondial (WEF) à Davos. Il faisait référence à la récente appréciation quotidienne du franc.
Un franc fort complique les exportations, qui sont importantes pour l'économie suisse. Les représentants de la BNS ont souvent déclaré par le passé que le franc devait conserver son statut de valeur refuge en période d’incertitudes politiques et économiques.
Schlegel n'a pas répondu à la question posée à plusieurs reprises par le modérateur du podium du WEF, à savoir si la BNS était intervenue ou allait intervenir sur les marchés afin d'affaiblir le franc. Il s'est contenté de mentionner les instruments de politique monétaire dont dispose la BNS: les taux d'intérêt directeurs et les interventions sur les marchés. Il n’a en revanche ni évoqué la possibilité de taux d’intérêt négatifs ni laissé entendre une volonté d’intervenir, des formules pourtant souvent utilisées par la direction de la BNS lors des phases de forte appréciation du franc.
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Cette prudence, dans un WEF largement dominé par les Américains, s’explique sans doute par le fait que la BNS figure sur une liste de pays qui, selon le ministère américain des Finances, ne laissent pas leur monnaie évoluer librement sur le marché, mais la contrôlent par exemple par des interventions sur le marché des changes au profit de leur économie.
En septembre dernier, le Département fédéral des finances, la BNS et le ministère américain des Finances ont signé une déclaration commune sur les questions macroéconomiques et liées aux taux de change. Selon cette déclaration, les deux pays s'engagent à ne pas utiliser les taux de change pour empêcher des ajustements de la balance des paiements ou pour obtenir des avantages concurrentiels déloyaux.
La déclaration précise toutefois que les interventions sur le marché des changes constituent pour la BNS un instrument de politique monétaire important pour garantir des conditions monétaires appropriées et remplir sa mission légale de stabilité des prix.
À Davos, Schlegel a tenu à souligner qu’il ne s’agissait pas d’un accord, mais d’une déclaration commune, dont le contenu «ne fait que confirmer ce que nous faisons déjà depuis des années». «Lorsque nous intervenons sur les marchés, cela relève de la politique monétaire», a-t-il insisté, et non d’une volonté de soutenir artificiellement l’économie suisse.
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Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Cash.