Tout savoir sur l'entrée en Bourse d'Infomaniak, ce jeudi
Alors qu’Infomaniak cherche à s’imposer comme l’alternative face aux géants du Web, le groupe genevois saute le pas de la cotation. Une entrée en Bourse opérée via une fusion inversée pour financer son expansion européenne et soutenir une croissance à deux chiffres.
L'équipe de direction d'Infomaniak, à quelques jours de la cotation, au sein d'un de leurs data centers genevois. Boris Siegenthaler (au centre), a pris pour un temps présidence de la Fondation Infomaniak, qui détiendra 63,3% des actions.OBS/INFOMANIAK
L’hébergeur genevois Infomaniak débarquera à la Bourse suisse, ce jeudi. Estampillées du symbole INFO, les parts de l’entreprise du quartier des Acacias s'échangeront sur SIX. Pour la société qui cherche à se positionner en alternative aux géants du numérique Microsoft, Google ou Amazon, cette nouvelle étape doit financer son expansion européenne.
«Nous accédons ainsi au marché des capitaux pour, en cas de besoin, bâtir de nouveaux data centers, investir dans notre propre système d’intelligence artificielle (IA) ainsi que dans la R&D et le recrutement. Le marché sur lequel nous sommes actifs est très concurrentiel. Il faudra peut-être des fonds pour attirer les meilleurs spécialistes du domaine, et les fidéliser», a détaillé Marc Oehler, le directeur, lors d’un échange entre la direction et la presse mi-septembre. La société emploie 340 collaborateurs en Suisse.
«Investir dans les data centers nous permettra de poursuivre notre croissance, d’environ 16% à la mi-année», a ajouté Céline Morey, la directrice financière (CFO). Selon le prospectus de cotation publié début septembre, la valorisation d’Infomaniak s’établit autour de 200 millions de francs.
Pour Marc Oehler (à gauche) directeur général d’Infomaniak, cette entrée en Bourse sur la SIX Swiss Exchange vise avant tout à donner au groupe les moyens d'attirer les meilleurs spécialistes de la tech.GABRIEL MONNET
Pour Marc Oehler (à gauche) directeur général d’Infomaniak, cette entrée en Bourse sur la SIX Swiss Exchange vise avant tout à donner au groupe les moyens d'attirer les meilleurs spécialistes de la tech.GABRIEL MONNET
300 000 clients dans 190 pays
Développée jusqu’ici sans capitaux externes, Infomaniak affiche 54,2 millions de francs de chiffre d'affaires en 2025. Mais la construction de nouveaux data centers «pourrait exiger davantage de moyens», selon la formule de l’entreprise. Historiquement, la société née en 1994 fournissait les noms de domaine web et les services d’emails, avant de se développer comme acteur du cloud.
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Ses serveurs situés en Suisse abritent les données de Migros, Ecorobotix et Léman Bleu par exemple. Toutefois, 30% de son chiffre d’affaires provient de l’étranger, de structures telles que le Ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, ou les télévisions publiques belges de la RTBF, des clients sensibles à la souveraineté de leurs données.
Un choix pour plus de facilité
L’entrée en Bourse s'appuie sur le tremplin d’une fusion inversée (reverse takeover) avec la holding Perrot Duval. Cette opération a été approuvée jeudi dernier par les actionnaires d’une entreprise «déjà cotée, mais qui a disposé de ses activités industrielles», a expliqué Eric Babecoff, le responsable des relations avec les investisseurs d’Infomaniak, qui succédera à Christian Vaglio au premier jour du négoce.
Le choix d’un RTO sur Perrot Duval (bien que sur papier ce soit la firme genevoise qui reprend Infomaniak) a permis au prestataire informatique d’avancer plus rapidement que lors d’une cotation classique. «Ce n’est pas un choix fait dans l’urgence, mais pour sa simplicité», a tempéré Eric Babecoff.
Verrouiller l'indépendance
«L’indépendance et l’engagement pour la souveraineté numérique du groupe reposent sur une fondation d'utilité publique», selon les éléments de langage de la direction. Nouvellement créée, la Fondation Infomaniak disposera de 63,3% de droits de vote (détenus au moyen d’actions A à droit de vote privilégié, non cotées et non librement cessibles), «aucune prise de contrôle n’est possible sans l’accord de la Fondation», précise encore la direction.
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«La Fondation est conçue comme une garantie structurelle, une promesse d’indépendance, et non un barrage à la profitabilité»
Boris Siegenthaler
Fondateur et directeur stratégique de l'entreprise, Boris Siegenthaler a pris la tête de cette entité, qu’il a présentée «comme une garantie structurelle, une promesse d’indépendance, et non un barrage à la profitabilité.» Le Genevois a admis qu’il aurait préféré ne pas en être le président mais qu’il endossait ce rôle durant la période de lancement. Il a par ailleurs indiqué avoir eu des échanges avec d’autres fondations, dont il préfère taire les noms, pour bien définir son positionnement.
Pas de levée de capitaux dans l’immédiat
Une fois l’opération terminée, Infomaniak aura encore à faire l’arbitrage, «pour des besoins éventuels futurs», répète la direction, entre augmentation de capital ou recours à de la dette, mais les responsables indiquent qu’aucune décision n’a été prise à ce niveau. Un plan d'actionnariat réservé aux collaborateurs a par ailleurs été approuvé par l’assemblée générale du 24 septembre, pour attirer et fidéliser les experts face aux géants de la tech.
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.