«Réparons et ravivons ensemble la confiance transatlantique», a appelé en anglais le chancelier allemand vendredi, en direction des «amis américains» de l'Europe. Il a été rejoint plus tard par le président finlandais Alexander Stubb, qui a appelé, en dépit des difficultés dans les relations transatlantiques, à «ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain».
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a l'Europe dans le collimateur, comme en témoigne sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale où il s'est livré comme jamais à une attaque en règle contre les Européens.
«À l'ère de la rivalité entre grandes puissances, même les États-Unis ne seront pas assez puissants pour faire cavalier seul», a déclaré le chancelier allemand, un an après le discours conflictuel prononcé au même endroit par le vice-président américain JD Vance, qui avait reproché aux Européens de ne pas prendre suffisamment en main leur propre défense.
«Il y a des questions sur lesquelles nous pouvons travailler avec les Américains - l'Otan, la défense, la technologie, les minéraux, dans notre cas les brise-glaces(...) Il y a donc beaucoup de choses que nous pouvons faire, tout en étant en désaccord cordial sur des choses liées à l'UE ou aux institutions internationales, à l'ordre international libéral et au changement climatique», a abondé plus tard le président finlandais.
Le chancelier allemand a de son côté également indiqué avoir «entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne». La France est le seul pays en Europe, avec le Royaume-Uni, à être doté de la bombe atomique et à pouvoir faire bénéficier d'autres pays européens de sa dissuasion nucléaire.
«Une Europe forte dans une Otan forte»
Selon le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui s'exprimait lors du Transatlantic Forum, il y a un «changement d'état d'esprit» au sein de l'Otan et «l'Europe assume davantage un rôle de leadership au sein de l'OTAN». «Une Europe forte dans une OTAN forte signifie que le lien transatlantique sera plus fort que jamais», veut-il croire. Le président français Emmanuel Macron, qui est arrivé à Munich dans l'après-midi, clôturera la journée à 19h00. «La relation est au milieu de beaucoup d'incertitude. On doit clarifier ce que l'on veut et ce que l'on est prêt à faire, et pareil pour les Américains», a dit M. Macron à des journalistes à son arrivée.
Outre les débats officiels, le rendez-vous de Munich qui se déroule jusqu'à dimanche autour de deux hôtels dans le centre historique de la capitale bavaroise sous haute surveillance policière est l'occasion d'échanges informels et de réunions secrètes.
Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga a écrit sur X avoir déjà discuté à Munich avec son homologue chinois Wang Yi «des efforts de paix et du rôle important de la Chine pour faciliter la fin du conflit» avec la Russie.
M. Wang a de son côté affirmé que la position de la Chine est «constante, (...) défendant l'objectivité et l'équité et promouvant activement les pourparlers de paix».
Les gouvernements occidentaux et Kiev accusent Pékin de fournir à la Russie un soutien économique crucial à son effort de guerre, notamment des composants militaires pour son industrie de défense.
Ukraine, Groenland, Iran
«Il est bon d'avoir un partenariat solide avec les Américains», a déclaré en marge de la conférence le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Mais l'Europe «a besoin d'une industrie de défense indépendante, très forte (en) partenariat avec les États-Unis», a-t-il insisté. «C'est notre continent». Une réunion des dirigeants européens est prévue vendredi après-midi avec M. Zelensky sur l'Ukraine, en présence de responsables de l'Otan. Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, qui s'est notamment entretenu vendredi avec son homologue chinois, ne participe pas à cette rencontre sur l'Ukraine en raison d'un emploi du temps chargé, selon un responsable américain.
Le président français Emmanuel Macron a récemment souhaité une reprise du dialogue avec Vladimir Poutine. Interrogé à Munich, le chancelier allemand s'est dit vendredi «prêt à parler» avec la Russie «si cela apporte quelque chose», mais a observé de son côté que «la Russie n'a pas encore la volonté d'avoir une discussion sérieuse».
Le prochain cycle de négociations entre Moscou, Kiev et Washington pour tenter de trouver une issue diplomatique à la guerre en Ukraine se tiendra mardi et mercredi prochains à Genève, a annoncé le Kremlin.
Au centre des débats de Munich, les organisateurs ont fait figurer «l'ordre international ravagé à coups de boutoir». Avec notamment le Groenland, convoité par le président Donald Trump. Le gouvernement danois va d'ailleurs rencontrer à Munich le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. Cette année, c'est le secrétaire d'Etat Marco Rubio, considéré comme moins idéologue, qui conduit la délégation américaine. Il prendra la parole publiquement samedi.
Enfin, également présent à Munich, le secrétaire général de l'AIEA Rafael Grossi a estimé que trouver un accord entre l'Agence internationale de l'énergie atomique et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire iranien était «complètement possible», mais qu'il fallait «marcher sur un fil» pour faire avancer le dialogue.