Start-up

Une start-up genevoise en croisade contre OnlyFans et ses dérives

Fraude à l’image, agences de «chatters» et contenus générés par IA: sur le réseau social RedPeach, chaque message nécessite un scan du visage, comme gage d’authenticité.

Sophie Marenne

Marco Cally
Marco Cally, CEO de la société Arjama, a lancé la plateforme RedPeach. Karine Bauzin

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En février, une militaire suisse a vu ses photos détournées par IA à son insu pour promouvoir un compte érotique sur OnlyFans. Face à ces arnaques, un entrepreneur genevois a lancé une alternative éthique au géant britannique de la mise en relation rémunérée entre stars et grand public: la plateforme Red­Peach. Au cœur du portail, un système de reconnaissance faciale «qui prévient les fraudes et garantit des interactions authentiques», explique Marco Cally.
Sur RedPeach, on suit des coachs de fitness, des chanteuses ou des cuisiniers étoilés. «Et environ 25% de nos 52 000 créateurs et créatrices produisent du contenu pour adultes», précise le fondateur. Ces influenceurs envoient messages, photos et vidéos à plus de 800 000 utilisateurs en Europe et aux Etats-Unis. Une audience encore modeste face au concurrent aux 300 millions d’usagers, qui compte parmi ses célébrités l’actrice Bella Thorne, la rappeuse Cardi B ou l’ex-icône du X Mia Khalifa.
Initialement, Marco Cally n’envisageait pas ce service. «Avec notre société Arjama, mes associés et moi avions mis au point un CRM pour gérer la comptabilité et le suivi de clientèle», indique-t-il. Face à l’explosion des problèmes touchant OnlyFans, ils font évoluer la solution «pour que les influenceurs gèrent leur audience sans contraintes techniques ou bancaires. Avec l’ajout du mécanisme de reconnaissance faciale, RedPeach était née.»

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A mesure que les deepfakes se perfectionnent, ils grignotent une part toujours plus importante des échanges en ligne: leur volume est passé de 500 000 en 2023 à 8 millions en 2025, selon l’entreprise de cybersécurité DeepStrike. Par ailleurs, une enquête de Refinery29 a recensé plus de 10 000 créateurs de contenu pornographique généré par IA sur OnlyFans, bien que la plateforme l’interdise officiellement.

Contrer les «chatters»

Mais l’IA n’est pas que le fait d’escrocs, les idoles du web y ont recours pour répondre au volume massif de sollicitations, ou délèguent leur messagerie à des agences spécialisées, les «chatters». En 2025, une class action a été introduite aux Etats-Unis contre OnlyFans au sujet de cette tromperie généralisée, que Marco Cally qualifie d’«arnaques émotionnelles».
Scanner son visage pour chaque message n’empêche-t-il pas les influenceurs de générer suffisamment de revenus? Le CEO d’Arjama rétorque que les créateurs bénéficient d’une garantie d’authenticité Swiss made et conforme au RGPD. Surtout, RedPeach bannit le modèle «freemium». Les abonnés paient tous entre 9 et 1999 francs par mois. «Nos personnalités gèrent moins de fans mais s’y retrouvent, avec un revenu mensuel moyen de 2800 francs.»

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Si la solution séduit, Touradj Ebrahimi, professeur à l’EPFL et expert en images numériques, rappelle que l’authentification faciale est déjà courante dans la banque ou pour l’obtention de visas. Il avertit qu’«il n’existe pas de sécurité à 100%. Des générateurs de deepfakes sophistiqués peuvent aujourd’hui tromper ces systèmes.»
Lancé mi-2024, le portail a nécessité 700 000 francs de développement. Aujourd’hui, RedPeach générerait plusieurs millions de chiffre d’affaires annuel, selon le CEO. Un budget promotionnel de 2 millions est désormais engagé pour promouvoir l’application à l’international.

Deux millions

C’est le budget marketing, en francs, engagé par les fondateurs de l’entreprise pour promouvoir l’application, notamment à l’étranger.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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