Le débat autour de la réglementation d'UBS l'illustre clairement: la promotion de la place financière ne figure pas en tête des priorités des autorités. Le directeur de la Finma Stefan Walter souligne ouvertement que la compétitivité ne constitue pas un critère dans son mandat – à l'inverse, par exemple, de l'autorité de surveillance britannique PRA, qui a érigé la compétitivité de sa place financière en objectif fondamental.
La ministre des Finances Karin Keller-Sutter ne se perçoit pas non plus comme la figure de proue du secteur financier, et ses contacts avec les dirigeants des 230 banques helvétiques restent sporadiques. Le Département fédéral des finances a d'ailleurs réduit, il y a quelque temps, les subventions allouées à l'organisation de promotion Finance Swiss, et aucun nouveau financement ne semble à l'ordre du jour.
Cette perte d'influence se lit également dans la «Stratégie de communication internationale» officielle du Conseil fédéral. Dans l'édition 2021-2024, publiée par le Département fédéral des affaires étrangères, le renforcement de la place financière constituait encore un axe d'initiative à part entière parmi les «campagnes consacrées à cinq priorités». Le point quatre proclamait ainsi l'objectif suivant: «La visibilité des valeurs, des atouts et des caractéristiques de la place financière suisse est accrue et ceux-ci sont mieux connus du public cible international.» Pourtant, dans l'actuelle stratégie de communication internationale, définie jusqu'en 2028, la place financière a totalement disparu des priorités et n'est même plus mentionnée explicitement.
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Gilles Roth, ministre des Finances du Luxembourg, investit des millions dans la promotion de la place économique.Bloomberg
Gilles Roth, ministre des Finances du Luxembourg, investit des millions dans la promotion de la place économique.Bloomberg
Les exemples du Luxembourg et de Singapour prouvent qu'une autre dynamique est possible: la contribution du secteur financier à la performance économique y est nettement supérieure à celle de la Suisse. Elle atteint 23,5% au Luxembourg et 13,5% à Singapour, contre seulement 9% en Suisse.
Au Grand-Duché, le ministre des Finances Gilles Roth préside Luxembourg for Finance, un partenariat public-privé réunissant les acteurs majeurs de la place financière pour défendre la compétitivité du pays, notamment en attirant des talents qualifiés. Son budget annuel? Près de sept millions d'euros. Lors de ses visites en Suisse, Gilles Roth s'illustre d'ailleurs comme le ministre des Finances étranger qui cultive le plus la proximité avec les dirigeants bancaires.
Seule Singapour déploie des moyens encore plus conséquents: la cité-État s'appuie sur son propre Financial Sector Development Fund. Directement rattaché au Premier ministre, ce fonds dispose d'un budget annuel équivalant à plus de 130 millions de francs pour assurer la promotion internationale et développer des projets d'infrastructure. Les banques suisses ne peuvent que rêver de telles ressources.
Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Bilanz