Les PME suisses sous-protégées mais aussi sous-assurées face aux cyberattaques
Face à l'essor des cyberattaques dopées à l'IA, les PME suisses restent largement sous-protégées et inconscientes du danger, négligeant à la fois la prévention technique et la cyberassurance tout en réclamant l'intervention de l'État.
IA, phishing et sous-protection : les PME suisses naviguent à vue face aux cyberattaques selon Deloitte.KEYSTONE/DPA/NICOLAS ARMER
Alors que l’intelligence artificielle décuple l’ampleur et la rapidité des cyberattaques, la majorité des PME helvétiques naviguent à vue. Entre sous-protection élémentaire et déficit de couverture d’assurance, la vulnérabilité du tissu économique atteint un seuil critique, selon un constat du cabinet Deloitte, publié fin août.
L’enquête, menée auprès de 924 salariés, assure que près d’un employé sur deux a essuyé un cyberincident grave récent chez son employeur. Pourtant, seulement 22% des répondants jugent le risque élevé pour leur structure. L’aveuglement est encore plus frappant au sein des microentreprises (d’un à neuf collaborateurs): si 38% d’entre elles ont subi une attaque sérieuse, seulement 15% se considèrent vulnérables.
49% des collaborateurs de PME ont été confrontés à un incident cyber grave dans leur entreprise au cours des trois derniers mois.
En première ligne, le phishing (c’est-à-dire la tentative de voler des données ou de déclencher des paiements à l’aide de messages frauduleux) reste la menace la plus fréquente (25%), touchant toutes les tailles de PME. «De nombreuses sociétés sous-estiment à quel point les cyberattaques ont évolué. Aujourd’hui, les attaques sont automatisées, évolutives et ciblent tout le monde», alerte Florian Widmer, associé spécialisé dans la cybersécurité chez Deloitte Suisse.
Contenu Sponsorisé
Publicité
L’indice de cybersécurité calculé par Deloitte plafonne à un médiocre 58 sur 100. Seulement 45% des PME ont déployé une authentification plus élaborée qu’un simple mot de passe et 66% l’authentification multifactorielle.
A cette fragilité technique s’ajoute un gouffre financier: à peine 11,5% des sociétés suisses ont souscrit une cyberassurance (environ 72 000 polices en 2025 selon l’Association suisse d’assurances). La complexité des démarches rebute les petites structures, pourtant les plus exposées. «L’assurance apporte une valeur clé en combinant prévention, aide en cas de crise et soutien financier», rappelle Marcel Thom, responsable Pôle Assurances chez Deloitte. Face à l’urgence, 87% des employés appellent désormais la Confédération à fixer des normes minimales claires.