La proximité du travail est plus importante qu'un logement bon marché
Trouver un logement abordable reste un défi, surtout près des villes où les loyers flambent. Pourtant, la majorité refuse de rallonger son trajet domicile-travail pour économiser sur le loyer.
Riccarda Campell
La Suisse se trouve au cœur d'une crise du logement. Les appartements dans les villes sont recherchés et chers, car c'est là que se trouvent la plupart des emplois. Martin Schmidt
Pour trouver un logement abordable, il faut s'armer de patience. Les offres se raréfient et les loyers continuent d'augmenter, surtout à proximité des centres urbains.
Malgré cela, beaucoup ne sont pas prêts à accepter un trajet plus long pour aller travailler en échange d'un loyer plus bas. C'est ce qui ressort d'une enquête représentative publiée mardi dernier par le service de comparaison Comparis.
Un long trajet pour aller travailler réduit la qualité de vie
Le boom du travail à domicile est révolu, la plupart des gens se rendent à nouveau régulièrement sur leur lieu de travail. «Cela a des conséquences sensibles pour le marché du logement et les déplacements pendulaires», explique Harry Büsser (55 ans), expert immobilier chez Comparis.
Car les emplois se trouvent surtout dans les villes et les loyers y sont élevés. Ceux qui veulent se loger moins cher le payent souvent en passant plus de temps dans les transports publics ou en voiture. Pour les trois quarts des personnes interrogées, il n'en est pas question. «Beaucoup préfèrent payer un loyer élevé plutôt que de perdre chaque jour du temps, de l'énergie et des nerfs dans le trafic pendulaire», explique Harry Büsser.
Pour l'expert, il est donc clair que «la politique ne doit pas se bercer de l'illusion que l'on peut faire disparaître la crise du logement. Les gens n'y adhèrent pas.»
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L'enquête de Comapris le montre clairement: la majorité ne veut pas faire la navette plus de 30 minutes. «C'est une limite psychologique. Tout ce qui dépasse cette limite est perçu comme une contrainte permanente», explique l'expert. Il est prouvé que les personnes qui font la navette plus longtemps sont plus insatisfaites. «Faire la navette agit comme un impôt supplémentaire quotidien sur le bien-être. Et cet impôt, presque personne ne veut le payer durablement.»
La proximité est souvent impérative pour les femmes
Les femmes en particulier rechignent à faire un long trajet pour aller travailler. «Cela s'explique probablement par le fait que ce sont encore les femmes qui organisent le plus souvent le quotidien de la famille. C'est pourquoi la proximité n'est pas un luxe pour elles, mais une condition nécessaire», estime Harry Büsser.
Cela correspond au tableau général: la plupart des personnes interrogées habitent près de leur lieu de travail et ne font la navette que sur de courtes distances, jusqu'à cinq kilomètres. «Ces chiffres montrent que le désir de courts trajets est actuellement encore plus fort que la pression des prix sur le marché du logement», ajoute l'expert.
Plus le domicile est éloigné du travail, plus on utilise la voiture, alourdissant le trafic. «Habiter loin du lieu de travail pousse beaucoup à prendre la voiture, c'est perçu comme plus confortable en dépit des embouteillages quotidiens.»
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Les jeunes sont plus disposés
Les pendulaires peuvent éviter les embouteillages en utilisant les transports publics, même si les trams et les trains sont également de plus en plus bondés. Les transports publics sont utilisés par environ un tiers des personnes interrogées. 15% des sondés se rendent à leur travail à vélo, à vélo électrique ou à pied, de préférence sur des distances plus courtes, jusqu'à cinq kilomètres.
Néanmoins, les trajets pendulaires plus longs pour des loyers plus bas ne sont pas totalement tabous: ce sont surtout les jeunes adultes qui acceptent d'aller plus loin pour un logement moins cher. «Cela s’explique sans doute par le budget plus restreint des jeunes, explique Harry Büsser. Mais eux aussi atteignent une limite, surtout quand le trajet pour aller au travail grignote la fin de la journée.»
Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Handelszeitung.