Le Salon des inventions genevois reflétera encore la puissance de l’innovation asiatique
Si le continent asiatique confirme sa suprématie sur le marché des brevets, la Suisse déploie de nouveaux efforts pour rappeler son statut de pays le plus innovant au monde.
Avec plus de 60% d'inventeurs venus d'Asie et une présence saoudienne décuplée, le 51e Salon des inventions de Genève illustre la nouvelle géopolitique de la tech. PIERRE ALBOUY
Un dispositif hongkongais de prédiction d’inondations, un drone-pompier thaïlandais ou encore une technologie suisse de réemploi des batteries usagées: ces inventions et plus d’un millier d’autres seront exposées, du 11 au 15 mars, à Palexpo. Baromètre annuel du génie humain, la 51e édition du Salon international des inventions de Genève (SIIG) rassemblera des cerveaux de 35 pays, la participation de la délégation iranienne venant d’être confirmée. «Plus de 60% des inventeurs viendront d'Asie», indique Caroline Simonet, directrice du rassemblement.
Sur les 15 500 mètres carrés de surface d'exposition, les puissances asiatiques telles que la Chine, Hong Kong et la Thaïlande seront particulièrement représentées. «Ces nations ont accompli d’énormes progrès au cours des dernières années, portés par des politiques de soutien industriel massif dans les domaines de la recherche médicale, de la logistique, de l'algorithmique et, aujourd’hui, de l’intelligence artificielle», souligne David Taji, président du jury du SIIG depuis plus de vingt ans.
Ce dernier observe que cette domination orientale reflète avant tout la dynamique mondiale des dépôts de brevets – une condition sine qua non pour exposer au SIIG. Selon l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), sur les 3,7 millions de brevets déposés en 2024, 68% émanent du bloc asiatique.
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Le “soft power” de l’Arabie saoudite
Dans le sillage des géants orientaux, l’Arabie saoudite s'affirme comme un acteur de poids. Sa présence s'est considérablement densifiée: de 40 inventions présentées à la reprise post-Covid, le royaume en alignera près de 200 cette année. «Cette accélération correspond aux politiques de diversification économique et technologique sous l'impulsion de Mohammed ben Salmane à la tête de l'État», analyse David Taji.
En contraste, les représentations officielles européennes se font plus rares, à l'exception de la Pologne et de la Croatie, qui envoient régulièrement entre cinq et dix inventions. «Les acteurs européens des pays voisins privilégient une participation en tant que porteurs de projets privés plutôt qu'au sein d'une délégation nationale», nuance Caroline Simonet. Du côté de la Suisse, un pavillon orné d’une croix blanche sur moquette rouge sera monté pour la deuxième fois, d’une taille deux fois plus importante qu’en 2025. Il offrira une vitrine tournante à une quarantaine de projets helvétiques sur les cinq jours de l'événement.
PIERRE ALBOUY
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Pour la deuxième fois également, Présence Suisse participera au rassemblement, exposant des infographies sur l’innovation helvétique à proximité du pavillon. «Durant des années, le SIIG n’était pas sur notre radar, simplement car nous sous-estimions la part du public international qui s’y rend», évoque Alexandre Edelmann, directeur de l’organe de promotion de la Suisse à l’étranger, rattaché au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Briser le cliché de la Suisse du chocolat
Fort de la conduite récente des délégations suisses à l'Exposition universelle d'Osaka ou aux Jeux olympiques d'hiver en Italie, l'ambassadeur pointe le déficit d'image dont souffre la Suisse auprès du grand public, encore trop souvent perçue uniquement comme le pays du chocolat et du fromage. «Nous sommes pourtant chaque année le pays le plus innovant du monde, en tête de l'Indice mondial de l'innovation de l’OMPI, et ce, depuis plus de 15 ans», rappelle-t-il.
Si la Suisse devance la Suède et les Etats-Unis dans ce classement, c’est notamment grâce au nombre de brevets déposés par l’industrie pharmaceutique, où «chaque médicament constitue en réalité un concentré d’innovations», décrit Alexandre Edelmann. L'enjeu pour son équipe d'une trentaine de collaborateurs est désormais d'aligner la perception internationale sur cette réalité, en construisant un récit national solide, à l'instar des stratégies déployées par le Japon, l'Inde ou les Pays-Bas. La décision, annoncée mi-février, de voir Genève accueillir l'organisation du prochain sommet mondial AI Impact Summit en 2027 confirme d'ailleurs ce statut de chef de file technologique.
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.