Les dirigeants épinglent les employés de plus de 50 ans adeptes du temps partiel
Ce ne sont pas les jeunes, mais bien la génération des plus de 50 ans qui réduit le plus volontiers son taux d'activité. L'Union patronale évoque un temps partiel de «confort» dont les conséquences macroéconomiques seraient colossales.
Martin Schmidt
Le travail à temps partiel est plus répandu chez les plus de 50 ans que chez les plus jeunes. Pixabay
Sur le marché du travail, il est de bon ton de fustiger la jeune génération. On lui reproche des exigences démesurées, une faible tolérance au stress et une certaine paresse. Dans le canton de Zurich, un service d'aide et de soins à domicile (Spitex) a même exclu explicitement les candidats de la génération Z (c'est-à-dire les personnes nées entre 1995 et 2010) dans une offre d'emploi. Les conclusions d'une étude de l'Union patronale suisse (UPS), dont Blick a obtenu une copie exclusive, est donc d'autant plus surprenante.
Les résultats obtenus par l'UPS le démontrent: ce ne sont pas les représentants de la génération Z qui choisissent le plus fréquemment de travailler volontairement à temps partiel. «Le plus grand vivier inexploité de main-d'œuvre, lié au temps partiel de confort de vie, se trouve chez les plus de 50 ans. Ce sont eux qui réduisent le plus souvent leur taux d'activité, par simple désintérêt pour le temps plein», explique Patrick Chuard-Keller (39 ans), chef économiste de l'UPS, lors d'un entretien. Son analyse s'appuie sur les données de l'Enquête suisse sur la population active.
Les travailleurs seniors jusqu'à trois fois plus adeptes du temps partiel de confort
Les chiffres sont éloquents: chez les 50-54 ans, 7% de la population active ne souhaite nullement travailler à temps plein. Cette proportion grimpe à plus de 10% chez les 55-59 ans, pour atteindre même 13% à partir de 60 ans. Les travailleurs plus âgés réduisent leur taux d'activité au profit de leurs loisirs jusqu'à trois fois plus souvent que les représentants de la génération Z.
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Patrick Chuard-Keller estime ce potentiel à 86 000 postes à temps plein — dans l'hypothèse où toutes ces personnes optant pour la détente retrouvaient l'envie de s'investir à 100%. «Nous nous offrons le luxe d'une réserve de main-d'œuvre domestique inexploitée», souligne l'économiste. Il s'agit en l'occurrence de «travailleurs parfaitement intégrés qui n'exploitent pas pleinement leur potentiel», précise-t-il dans son étude.
Les universitaires et les Suisses sont surreprésentés
L'explication est simple. Ils n'ont tout bonnement plus l'obligation financière de travailler davantage. «Il faut avoir les moyens de se permettre un temps partiel. Or, cette aisance financière caractérise bien plus souvent la tranche des plus de 50 ans. Leurs revenus moyens sont supérieurs et leur patrimoine est plus important.» Plus le salaire horaire des employés est élevé, plus ils privilégient le temps libre additionnel plutôt qu'une augmentation de leur taux d'activité. Les universitaires seniors affichant en moyenne les rémunérations les plus élevées, ils s'imposent logiquement comme les champions incontestés du temps partiel en Suisse.
Un autre constat s'impose: le temps partiel de confort est particulièrement répandu chez les seniors détenteurs du passeport suisse. Il est intéressant de noter que la main-d'œuvre étrangère ne manifeste pas de propension marquée pour la réduction volontaire du temps de travail.
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Un volume salarial en jeu de 8 milliards de francs
«Il ne s'agit pas de brandir l'index de la morale contre les adeptes du temps partiel de confort», tient à rassurer Patrick Chuard-Keller. D'un point de vue libéral, après de longues années de travail à plein temps, renoncer à une fraction de son revenu et de son capital de prévoyance pour jouir d'un temps libre accru constitue un choix personnel parfaitement légitime. Toutefois, l'économiste y oppose un bémol de taille: «En fin de compte, cette décision dépasse la stricte sphère privée. Par le biais de la fiscalité, des cotisations sociales et des mécanismes de redistribution inhérents, ce choix se répercute inévitablement sur l'ensemble de la collectivité», explique-t-il.
Patrick Chuard-Keller a fait les calculs: si l'ensemble de ces travailleurs à temps partiel reprenait une activité à 100%, cela générerait un volume salarial brut d'environ 8 milliards de francs par an. «Cela équivaut à près d'un pour cent du produit intérieur brut (PIB)». La part du lion proviendrait de la tranche des plus de 50 ans.
«Il en résulte un manque à gagner annuel oscillant entre 2 et 3 milliards de francs pour les finances publiques et les assurances sociales. Dès lors, il est aussi en partie question d'équité, lorsque des individus choisissent sciemment de fournir un effort inférieur à leurs capacités réelles.»
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Les mesures incitatives n'auraient qu'une efficacité limitée
Le chef économiste de l'Union patronale estime qu'il est impératif d'agir: les cohortes issues du baby-boom partent actuellement à la retraite, et la pénurie de main-d'œuvre qualifiée continuera de peser sur les entreprises au cours des prochaines années. «Le potentiel des employés à temps partiel, déjà bien insérés sur le marché de l'emploi, est comparativement plus aisé à mobiliser.»
C'est pourquoi il plaide en faveur de mesures incitatives: une diminution des prélèvements marginaux pour atténuer la progression fiscale, mais également la suppression des incitations perverses. «Dans certaines situations, travailler davantage s'avère financièrement désavantageux, car cela entraîne la suppression de subventions liées aux primes d'assurance-maladie ou au logement.»
Néanmoins, même avec des incitations supplémentaires, Patrick Chuard-Keller met en garde contre des attentes démesurées. «Il sera illusoire de penser pouvoir mobiliser l'intégralité de ce potentiel. Il apparaît donc d'autant plus évident que la Suisse restera tributaire de l'immigration sur le marché du travail à titre complémentaire.»
Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Cash.