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Née à Genève en 1980, Goldkenn a conquis le monde avec ses lingots d’or en chocolat. Aujourd’hui installée au Locle, la discrète entreprise familiale traite d’égal à égal avec les plus grandes marques de spiritueux pour confectionner ses plaques de chocolat à l’alcool, dont la dernière-née à l’amaretto Adriatico.

Jorge S. B. Guerreiro
En parallèle aux lingots d’or, Goldkenn travaille au total avec 11 marques de spiritueux, dont Rémy Martin, Cointreau, Malibu, Williamine Morand, The Botanist, Amarula, limoncello Pallini, amaretto Adriatico et trois versions différentes de Jack Daniel’s, le best-seller.
Giovanna di LisciandroPublicité
Au Locle, ville horlogère inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, on ne fabrique pas que des montres de luxe. C’est aussi là qu’est fabriqué un chocolat à l’emballage doré qui a su conquérir les duty free des aéroports du monde entier. Bienvenue chez Goldkenn, où les lingots ne sont pas en or massif mais plutôt porteurs de richesse gustative.
L’histoire commence en 1980, au bout du Léman. Steven Goldstein et Christian Belce-Kennedy décident de créer leur marque de chocolat en choisissant de fusionner leurs deux noms de famille, donnant ainsi naissance à Goldkenn. Avant les emblématiques lingots, et malgré la sonorité de cette appellation, les deux entrepreneurs genevois testent d’abord le marché avec de petites tablettes de chocolat baptisées «les lunchs», conditionnées dans des boîtes en bois ornées de décalques dessinés par des artistes locaux. Un premier produit au parfum très paysage suisse, certes charmant, mais qui ne fera pas encore décoller l’entreprise.

Avant les emblématiques lingots d’or, Goldkenn avait commencé ses activités en lançant «les lunchs», de petites tablettes de chocolat vendues dans des boîtes en bois illustrées par des artistes locaux.
DR
Avant les emblématiques lingots d’or, Goldkenn avait commencé ses activités en lançant «les lunchs», de petites tablettes de chocolat vendues dans des boîtes en bois illustrées par des artistes locaux.
DRL’idée de génie frappe deux ans plus tard: «Rassembler deux symboles iconiques de la Suisse, qui étaient le chocolat et le monde bancaire», explique Janice Clark, marketing manager de Goldkenn. Le résultat? Un lingot d’or en chocolat, réplique parfaite d’un lingot de 12,5 kilos, garni de pralinés. Un objet unique dans l’industrie qui va permettre à Goldkenn de se faire une place dans un nombre impressionnant d’aéroports à travers le monde. Et pour cause: à cette époque, le chocolat n’est pas encore présent dans les duty free, alors tournés vers le tabac et l’alcool. Goldkenn fera office de pionnier avec ce «souvenir parfait, du jamais vu», comme s’en souvient la responsable marketing. Le produit décroche plusieurs prix de design et ouvre les portes d’un nouveau segment de marché. Un tremplin pour exporter dans le monde entier. On retrouvera même des mini-lingots au chocolat dans les classes supérieures des avions de Swissair dans les années 1990.
Mais revenons quelques années en arrière. Car si Goldkenn voit le jour à Genève, son destin se dessine très tôt en parallèle dans les Montagnes neuchâteloises. Dès ses débuts, l’entreprise noue un partenariat avec une société basée au Locle, CD Hand Packing Services, spécialisée dans le co-packing en conditionnant les produits de ses clients dans les boîtes qui seront présentées aux consommateurs. «Messieurs Kennedy et Goldstein avaient pris des parts dans cette entreprise. Et en contrepartie, la société, qui était basée au Locle, emballait les produits Goldkenn», raconte Janice Clark. Une collaboration qui va rapidement se transformer en véritable amitié entre les fondateurs de Goldkenn et la famille Bihler, propriétaire de l’entreprise.
Fondée en 1981 par Jean-Willy Bihler, CD Hand Packing Services s’est depuis muée en CD Group. A l’origine distributeur de chocolats, de biscuits et de caramels, elle démarre ses activités dans les locaux d’une ancienne boulangerie au Locle. Rapidement à l’étroit, l’entreprise déménage, puis agrandit progressivement ses propres bâtiments jusqu’à atteindre 4500 m². En parallèle, CD Group développe ses propres marques de chocolat: Douceur des Cimes en 1992 (devenue SwissDream), puis BibiChoc en 2005.
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Nicolas Bihler, le CEO de CD Group, dont font partie Goldkenn mais aussi les marques SwissDream, Bibichoc et La Semeuse.
Xavier Voirol
Nicolas Bihler, le CEO de CD Group, dont font partie Goldkenn mais aussi les marques SwissDream, Bibichoc et La Semeuse.
Xavier VoirolPendant ce temps, à Genève, Goldkenn poursuit son ascension. En 1985, l’entreprise signe son premier partenariat dans le domaine des spiritueux avec Rémy Martin. L’idée? Profiter des salons professionnels dédiés au duty free pour rencontrer les grands acteurs de cette industrie – à l’époque, les liqueurs règnent en maîtres dans les boutiques d’aéroport. «Nous avons saisi l’opportunité d’associer nos chocolats avec un secteur qui était très largement représenté dans les duty free, avec l’immense avantage d’y entrer avec des marques qui étaient déjà connues des voyageurs», résume Janice Clark. Une idée opportuniste mais qui fera mouche puisque, quarante ans plus tard, elle assure encore une large part du succès de l’entreprise.
En parallèle aux lingots d’or, le concept des tablettes de chocolat fourrées à la liqueur devient ainsi l’autre produit signature de Goldkenn. Le principe est plus technique qu’il n’y paraît: l’alcool livré en fûts par les grandes maisons est d’abord transformé en sirop. «Un dosage précis permettant la formation d’une petite croûte de sucre à l’intérieur de chaque alvéole, qui évite ainsi l’évaporation de l’alcool, a été mis au point», précise Janice Clark. Le résultat final titre environ 3,5 degrés d’alcool par tablette. De quoi ravir les amateurs sans risquer l’ivresse chocolatée.
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Aujourd’hui, Goldkenn travaille au total avec 11 marques de spiritueux, dont certaines sont des géantes du secteur, à l’enseigne de Rémy Martin, ainsi que des trois variantes de Jack Daniel’s (le classique Old No. 7, le Honey et le Fire). Cointreau et Malibu complètent cette gamme principale, tandis que la touche de suissitude est apportée par la Williamine Morand. «Jack Daniel’s trône en tête des ventes. Cela est sans doute dû au logo très reconnaissable et impactant de ce whisky américain. Dans un rayon chocolat, il se détache tout de suite», observe-t-on chez Goldkenn.
La relation avec ces mastodontes internationaux pourrait intimider une petite entreprise familiale nichée dans les montagnes du Jura suisse. Il n’en est rien. «Ces grands groupes recherchent la qualité, le prestige et la réputation des chocolats suisses. Or c’est exactement ce que nous leur offrons, nous faisons honneur à leur image et à leurs produits. Nous nous positionnons ainsi à leur niveau», explique Céline Farine, codirectrice de CD Group.
Entre-temps, l’histoire de Goldkenn et celle de CD Group sont définitivement liées. En 2010, la famille Bihler rachète l’intégralité de l’actionnariat de Goldkenn. Le déménagement de Genève au Locle se fait en douceur. «Tous les collaborateurs genevois ont eu l’opportunité de conserver leur poste et de venir travailler au Locle. Beaucoup ont franchi le pas», se souvient Janice Clark. Après cette acquisition, l’entreprise se renforce encore en reprenant en 2015 La Semeuse, célèbre torréfacteur de café chaux-de-fonnier fondé en 1900.
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Aujourd’hui, Goldkenn est présente dans les duty free et en distribution en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et aux Etats-Unis – même si ce dernier marché donne quelques sueurs froides avec les récentes fluctuations tarifaires imposées par Washington. «On croise les doigts pour que la situation se stabilise», soupire Céline Farine, qui préfère ne pas s’attarder sur les chiffres exacts, prérogative d’une entreprise familiale soucieuse de discrétion.
Une discrétion qui n’empêche pas l’innovation. Goldkenn a développé des partenariats avec des labels plus pointus et prisés des barmans et autres connaisseurs tels que le gin The Botanist ou la liqueur africaine Amarula. Et c’est désormais vers la Botte que les regards se tournent. En septembre dernier, lors du salon TFWA de Cannes – grand-messe mondiale du duty free –, Goldkenn a dévoilé ses dernières créations: une gamme italienne avec deux nouvelles tablettes, au limoncello Pallini et à l’amaretto Adriatico.

Jean-Robert Bellanger, le cofondateur d’Adriatico, travaillait à La Chaux-de-Fonds lorsque l’idée de créer un amaretto a surgi.
Giovanna di Lisciandro
Jean-Robert Bellanger, le cofondateur d’Adriatico, travaillait à La Chaux-de-Fonds lorsque l’idée de créer un amaretto a surgi.
Giovanna di LisciandroLa collaboration avec cette dernière marque illustre parfaitement la nouvelle stratégie de Goldkenn: il s’agit d’un amaretto moitié moins sucré que les traditionnels produits mainstream, certifié végane et fabriqué avec des amandes Filippo Cea des Pouilles. Drôle de coïncidence: avant de s’installer en Italie pour y lancer Adriatico, Jean-Robert Bellanger, cofondateur de la marque, travaillait dans l’horlogerie à La Chaux-de-Fonds et se rendait souvent en hiver au travail à skis de fond, en passant devant les locaux de Goldkenn. Quelques années plus tard, «notre rencontre a eu lieu au bon moment. Un contact direct, humain et passionné», raconte Janice Clark. Pour ces nouveaux produits, Goldkenn a travaillé sur un packaging radicalement différent: nappes fleuries à l’italienne inspirées de la «table du dimanche chez la nonna», avec citrons vibrants et douces amandes. Un peu d’italianità dans le chocolat suisse. «Ce travail sur les partenariats et les emballages est le fruit d’une réflexion visant à cibler davantage une clientèle plus pointue, plus jeune et peut-être aussi plus féminine», souligne Céline Farine.
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De son côté, le lingot original, sans alcool, continue de cartonner depuis plus de quatre décennies. L’entreprise développe également un département de packaging personnalisé permettant aux entreprises de créer des coffrets cadeaux ou des corbeilles garnies sur mesure avec leur logo. Quant à l’avenir, Céline Farine et Janice Clark restent mystérieuses, glissant simplement qu’il faudra «prévoir un billet pour Cannes l’année prochaine». Un teasing qui laisse présager de nouvelles innovations.
Luxe accessible
En adoptant la symbolique du lingot d’or ou en se liant avec de grandes marques de spiritueux, l’entreprise vend une image haut de gamme à des prix accessibles.
Innovation
Tant au niveau de l’approche du produit que de sa distribution, l’entreprise s’est différenciée des autres fabricants de chocolat.
Sans complexe
Traiter avec de grands groupes internationaux a permis à l’entreprise familiale de s’étendre dans le monde entier.
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