L’entrepreneuriat est une affaire de famille pour Kristina Babina. La sienne d’abord, puisque la Suissesse d’origine russe a été inspirée par la voie tracée par ses parents entrepreneurs. Mais aussi celle des centaines de foyers qui ont adhéré à son projet de crèche. Le premier établissement TotUp a ouvert ses portes il y a trois ans dans le canton de Genève, et a depuis fait des émules à Crissier et à Epalinges (VD).

également interessant

L’approche développée par l’entrepreneuse? Promouvoir une éducation stimulante et connectée: l’accueil est bilingue français et anglais, et intègre aussi bien une initiation aux mathématiques que la participation régulière d’intervenants externes pour des cours de musique, de danse ou de yoga. Le réseau de crèches dispose aussi d’une application mobile qui permet de suivre la vie des enfants via un réseau sécurisé, mais aussi un centre sportif dernier cri et un salon esthétique (à Genève) ou des partenariats avec des fitness ou des coiffeurs alentour, pour faciliter la vie des jeunes parents et diminuer les temps de trajet.

La Suisse, mauvaise élève dans sa politique d'accueil extra-familial

A un tarif journalier compris entre 135 (dans le canton de Vaud) et 190 francs (à Genève) pour un accueil à temps complet, on imagine que cette crèche 2.0 est réservée à des expatriés fortunés. «La proportion entre expatriés et locaux est de 50/50 à Genève et de 60/40 dans le canton de Vaud», explique-t-elle. Il faut dire que, malgré des tarifs plus élevés que dans les structures publiques, la demande reste très forte, d’autant plus pour une offre tout compris incluant une pléthore d’activités. «Nous proposons aussi un rabais de 50% pour les jumeaux et des tarifs réduits pour les familles avec des enfants en situation de handicap.»

Kristina est née en Russie en 1989. Sa mère, tout comme son père disparu alors qu’elle avait 5 ans, est entrepreneuse. «J’ai très tôt été intéressée par ces questions et dès mon adolescence j’ai su que je voulais réaliser un projet.» Enfant hyperactive, un problème qui n’est alors pas pris en charge dans son pays d’origine, elle bénéficie d’un programme sur mesure concocté par sa mère. Une expérience qui lui fera rêver plus tard de mettre sur pied «une structure capable de permettre à tout type d’enfant d’être intégré».

A l’adolescence, la jeune femme est scolarisée à Lugano, avant de suivre des études à l’Ecole hôtelière de Lausanne et à la HEG Fribourg. Elle réalise dans le cadre de son master une étude de marché sur le secteur de la petite enfance en Suisse, qui met en évidence le changement encore à parcourir en la matière. «Alors que la Suisse occupe en général les premières places des classements internationaux, elle vient en 2021 de se voir classée par l’Unicef à la 38e place sur une liste de 41 pays concernant sa politique d’accueil extra-familial.»

L’entreprise de Kristina Babina compte trois sites, dont l’ouverture d’un accueil de niveau primaire à Genève, pour un total de 55 employés. Forte de son succès, elle compte désormais se développer sur le modèle de la franchise. «Le premier avantage d’une franchise, c’est bien sûr de bénéficier d’une marque et d’une approche pédagogique qui obtiennent aujourd’hui de très bons retours des parents. Mais il y a aussi le fait de bénéficier d’économies d’échelle concernant l’équipement ou les aménagements, ainsi que le coaching, les formations internes et l’accès à notre système automatisé de gestion. Reste que nous travaillons aussi sur l’élaboration d’un concept au format mini, avec 12 à 18 places, qui pourrait être parfaitement adapté à des communes de plus petite taille.»


Un alignement sur le secteur public contesté à Genève

Dans le canton de Genève, les crèches privées ont récemment été obligées d’adapter leurs barèmes salariaux à ceux en vigueur dans le public. Une décision qui menace l’existence de certaines crèches, et qui va être tranchée prochainement par la justice. «Aucune entreprise ne peut accepter les conditions du public alors qu’elle ne bénéficie pas de subventions, d’autant plus que les salaires représentent en moyenne 75% des charges d’une structure d’accueil», explique Kristina Babina.

«Les autorités devraient plutôt collaborer avec les crèches privées. C’est d’autant plus honteux qu’il manque actuellement 3200 places pour répondre à la demande. Les crèches privées comportent une forte valeur sociale et une influence positive
sur le quotidien des parents.»