Début octobre, les ménages suisses ont été invités à réduire leur consommation de chauffage afin de faire face aux pénuries d’énergie. Pour ceux dont le chauffage des pièces s’effectue via un réseau de radiateurs, une composante incontournable a ainsi fait son entrée sur le marché: les vannes thermostatiques. Le mécanisme est relativement simple: un petit robinet d’apparence commune, avec ses cinq échelons dont le manche pivote, permet de régler l’ouverture et la puissance du chauffage. Mais la vanne thermostatique possède un autre dispositif ingénieux: un petit ballon se dilate et se contracte en fonction de la température ambiante, permettant de contrôler la puissance du radiateur en fonction de la température de la pièce, et non celle relevée par le thermostat central.

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Plutôt que de baisser l’intégralité des pièces à 19°C comme le recommande la Confédération, il est par exemple possible de se contenter de 15°C dans la cage d’escalier, mais de faire monter la température à 22°C dans la salle de bains.

Requis pour obtenir un permis de construire

L’installation de ces dispositifs est désormais requise pour obtenir un permis de construire. «Un investisseur qui effectue des travaux de rénovation ou de construction se verra dans l’obligation de répondre à des normes strictes en matière d’efficience énergétique, et ces vannes seront par conséquent installées, précise Patrick Wicht, directeur de l’agence immobilière Régimo à Lausanne. Mais ces rénovations n’interviennent en général que lorsque le système est devenu vétuste, par exemple lorsque la chaudière arrive en fin de vie. On peut difficilement demander à un propriétaire de remplacer une installation qui pourrait tenir encore dix ans.»

A Genève, la régie Naef indique avoir déjà effectué les modernisations nécessaires dans la plupart de ses bâtiments, grâce notamment aux subventions des Services industriels de Genève. «Nous proposons systématiquement ces changements dès lors qu’une rénovation est à l’ordre du jour, et la quasi-totalité des propriétaires l’acceptent. Chez nous, le déploiement de cette technologie a déjà été fait», assure Aurélien Treboux, responsable des rénovations à la régie Naef.

Un marché juteux

Etant donné ces adaptations, le marché peut s’avérer juteux pour les fabricants de ces robinets intelligents. Parmi eux, la multinationale danoise Danfoss, l’allemande eQ-3 et la française Netatmo se sont fait remarquer pour leurs valves thermostatiques connectées à internet et contrôlables à distance qui permettent notamment de désactiver le chauffage automatiquement en cas d’absence. Une telle technologie coûte néanmoins entre 140 et 400 francs par radiateur, et certaines installations demanderont l’intervention d’un plombier spécialisé. Les solutions non connectées reviennent quant à elles entre 10 et 30 francs par radiateur. «Si l’on met ces montants dans le contexte d’une rénovation d’appartement à 80 000 francs, l’ajout de la technologie thermostatique devrait revenir à environ 1500 francs, ce qui constitue un investissement raisonnablement bas», compare Aurélien Treboux.

Selon Pierre-André Magnin, rédacteur du site Energie-environnement.ch, ces valves ne sont qu’une pièce du puzzle: «Le principal enjeu de l’efficience du chauffage réside aujourd’hui dans l’équilibrage hydraulique, c’est-à-dire la distribution d’eau chaude dans les différentes pièces du bâtiment. Trop souvent, la circulation de l’eau est organisée de telle façon qu’elle surchauffe certains appartements alors qu’elle échoue à chauffer les autres de façon satisfaisante.» Un problème qui peut être en partie résolu par les vannes thermostatiques, selon Aurélien Treboux: «Avec des vannes à double réglage, à l’instar de celles vendues par les principaux acteurs du marché comme Danfoss, l’équilibrage hydraulique à l’échelle du bâtiment peut déjà être effectué.» Néanmoins, même si les installations sont modernisées, ces outils perdent leur sens s’ils ne sont pas utilisés à bon escient. «Lorsqu’on procède à la rénovation d’un bâtiment, en installant des chauffages plus efficients et une meilleure isolation, le potentiel d’économie d’énergie s’élève souvent à plus de 65%. Or, dans les faits, on arrive péniblement à 50%, observe Peter Forster, directeur de la régie vaudoise Cogestim. Il y a un réel besoin d’accompagner l’installtion de nouvelles technologies pour qu’elles soient mieux utilisées par les occupants.»

60% des logements chauffés aux énergies fossiles

Le prix du mazout a augmenté de près de 30% cette année, passant d’environ 1 franc par litre en décembre 2021 à environ 1,30 franc à la fin novembre 2022, selon Migrol. Côté logements, près de 60% des bâtiments sont encore chauffés aux énergies fossiles en Suisse, d’après l’Office fédéral de la statistique (OFS). Optimiser l’énergie devient pour certains une nécessité, sous peine de se retrouver avec de très lourdes factures.

Mais là où le bât blesse, c’est que ce sont les locataires qui prennent en charge leurs frais de chauffage, alors que ce sont les propriétaires qui décident de l’installation de nouveaux équipements sanitaires. Dans un pays où 60% de la population est locataire, la modernisation des installations reste donc lente.

Néanmoins, les régies assurent que les propriétaires n’éprouvent aucune réticence envers ces installations. «Les vannes thermostatiques ont été largement acceptées par les propriétaires. Elles sont presque devenues la norme», assure Peter Forster. Un avis partagé par Aurélien Treboux, qui y voit un intérêt pour chacune des parties prenantes: «Pour le propriétaire, cela signifie un logement plus confortable et donc plus attrayant, les locataires pourront économiser de l’énergie et pour nous, les régies, cela nous aide à remplir nos objectifs en termes d’efficience énergétique.»