«La réussite d’une start-up ne repose pas que sur ses fondateurs»
Souvent éclipsés par la figure du fondateur, certains profils jouent pourtant un rôle décisif dans le passage à l’échelle des start-up. Martina Löfqvist, aujourd’hui à la tête de la stratégie d’Atinary, incarne cette génération de dirigeantes qui transforment des projets technologiques ambitieux en succès durables.
Martina LöfqvistChargée des partenariats et de la stratégie d’Atinary Valentin Flauraud
«J’ai grandi dans la banlieue de Stockholm et, dès l’enfance, l’entrepreneuriat a occupé une place centrale dans ma vie. Petite, je vendais de la rhubarbe du jardin dans la rue. Adolescente, j’avais un petit business de vente de roses lors de marathons, achetées chez un grossiste. Au lycée, j’ai tenté de lancer ma propre application. J’ai vite compris que mes amis et moi manquions des compétences nécessaires.
J’ai donc décidé de poursuivre un double cursus à l’université: gestion d’entreprise et économie, mais aussi sciences informatiques, afin de parvenir à coder moi-même ce dont j’avais besoin. J’ai étudié à Glasgow, puis à San Diego, tout en menant une carrière sportive de haut niveau en cheerleading, jusqu’aux Championnats du monde aux Etats-Unis.
En marge de mon cursus, je n’ai jamais lâché l’entrepreneuriat, faisant de la programmation ou du marketing pour diverses start-up. Fin 2017, j’ai cofondé Bifrost Wealth, une fintech visant à démocratiser la gestion de fortune. La société a été vendue alors que j’étudiais en Californie, où j’ai découvert l’industrie spatiale. De retour en Ecosse, j’ai rejoint un club universitaire fabriquant un satellite, dont le lancement prévu au printemps 2020 a été stoppé par la pandémie.
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Diplôme en poche, j’ai intégré Momentus, une entreprise de la Silicon Valley active dans les solutions d’orbitage. En 2021, elle est entrée en bourse. J’ai ensuite suivi son fondateur dans le lancement de Destinus, un projet d’avion hypersonique à hydrogène basé à Payerne. C’est ainsi que je suis arrivée en Suisse! Première employée de cette start-up, j’étais chargée du développement des affaires. Je l’ai quittée deux ans et demi plus tard, lorsque ses activités ont pris une orientation plus militaire.
Depuis septembre, je dirige la stratégie et les partenariats d’Atinary, une start-up qui développe une plateforme d’intelligence artificielle (IA) pour la recherche en laboratoire. Elle compte déjà des clients comme DSM-Firmenich, Takeda ou l’EPFZ. Cette entreprise évolue au croisement de l’IA et de la robotique.
Depuis son lancement en 2019, Atinary a levé 7 millions de francs. Elle emploie 30 collaborateurs entre Boston et le Biopôle d’Epalinges. Un labo de démonstration vient d’être ouvert à Bâle. Un autre verra le jour aux Etats-Unis en février.
Le classement 30 Under 30 de Forbes était une motivation discrète depuis mon adolescence. J’ai été nommée par un ancien mentor, puis invitée à Berlin en décembre. Quelle fierté d’entendre mon nom parmi les 30 finalistes de la catégorie deeptech et sciences! Je suis heureuse que Forbes ait distingué une dirigeante non fondatrice, rappelant que la réussite d’une start-up repose aussi sur des talents moins visibles.
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Evidemment, je regrette parfois de ne pas voir mon nom figurer à la base des projets que je soutiens. Mais j’adore ce rôle de fondatrice officieuse, qui intervient au moment clé du passage à l’échelle. D’ailleurs, je continue à prodiguer mes conseils comme consultante avec ma société Innovita, en parallèle d’Atinary.»
Bio express
2017
Lancement de sa première start-up, Bifrost.
2020
Diplôme d’économie et de sciences informatiques de l’Université de Glasgow.