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Entrepreneuriat

Depuis le Val-de-Travers, Berninox prépare son expansion asiatique

Composés d’un manche en acier inoxydable et d’une tête interchangeable, les produits sont fabriqués en Suisse. La marque neuchâteloise mise sur la durabilité face aux géants du secteur.

Sophie Marenne

Muriel Ganière et Julien Bernard ont créé une brosse à dents au manche en acier inoxydable, comme celui des outils de chirurgie, dotée d’une tête interchangeable.
Muriel Ganière et Julien Bernard ont créé une brosse à dents au manche en acier inoxydable, comme celui des outils de chirurgie, dotée d’une tête interchangeable. David Marchon/Berninox

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On dirait une spatule de dentiste: le manche de la brosse à dents écoresponsable de Berninox est fabriqué en acier chirurgical. L’entreprise de Couvet (NE) prévoit d’entrer sur les marchés asiatiques en 2026. Elle a été lancée il y a moins de trois ans par un couple du Val-de-Travers.
Muriel Ganière et Julien Bernard se rencontrent au milieu des années 2000, alors qu’ils travaillent tous deux pour Caran d’Ache à Genève. Elle fait du marketing, comme experte des produits à forte «suissitude». Lui est designer, spécialisé en horlogerie. Mariés en 2012 et parents de deux enfants, ils fondent le studio de design Super150 en 2018, à La Neuveville (BE), ciblant les marques de montres et de dispositifs médicaux.
Berninox naît de leur quotidien. Alors que le duo tente de réduire son volume de déchets, il ne trouve pas de solutions pour l’hygiène dentaire. «Les brosses à dents en bambou ne nous satisfaisaient pas. Et nous ne voulions plus des modèles en plastique», raconte Muriel Ganière Bernard. Ils imaginent un manche en acier inoxydable, comme celui des outils de chirurgie, doté d’une tête interchangeable en plastique. Des discussions avec de nombreux dentistes et plusieurs mois de tests, menés dans leur cave, aboutissent à un prototype.

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Du vrac et des influenceurs

En 2021, ils déposent un brevet pour le système de fixation de la tête. En 2022, ils fondent l’entreprise et, quelques mois plus tard, lancent la commercialisation. Le prix: une trentaine de francs, hors recharges. Les ventes débutent dans des magasins bios et en vrac qui ont été leurs «premiers alliés», commente Muriel Ganière Bernard. La marque travaille ensuite à sa présence en pharmacie, mais aussi à sa visibilité en ligne grâce à des collaborations avec des influenceurs comme Satya Oblette ou Elodie Raneri.
Fusion du patronyme Bernard et du matériau inox, le nom Berninox revendique une consonance suisse «qui nous plaît beaucoup», décrit Muriel Ganière. Sélectionnée par Pro Helvetia, la marque participe, en avril 2024, au salon du design de Milan, une vitrine qui dope son expansion à l’international et permet d’ajouter l’Allemagne à son réseau de distribution. Par ailleurs, Berninox livre ses produits dans toute l’Union européenne. En 2026, elle mettra l’accent sur l’Asie – la Chine, la Corée du Sud et Hongkong – grâce à deux nouveaux distributeurs.

Argument écologique

La jeune entreprise écoule aujourd’hui près de 100 000 têtes par an et emploie quatre personnes. La production repose sur des partenaires suisses: un fabricant jurassien pour le manche, réalisé avec de l’acier provenant d’Allemagne ou d’Italie, et une entreprise zurichoise pour la tête en plastique recyclé.

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Selon les calculs communiqués par Berninox, l’empreinte carbone du produit s’élève à 53 grammes de CO2 pour le manche «qui peut durer toute votre vie» et à 9 grammes par tête, contre 70 à 80 grammes pour une brosse en plastique classique fabriquée en Suisse. Le couple souligne aussi que celles en bambou importées d’Asie affichent un bilan bien supérieur, en raison du transport.
Sur un marché dominé par des multinationales comme Colgate-­Palmolive ou Procter & Gamble (Oral-B), mais aussi par de grands producteurs suisses comme Trisa à Triengen (LU), Berninox mise sur la durabilité et l’hygiène avec son produit qui va au lave-vaisselle. De quoi lui faire décrocher, en juin dernier, la deuxième place de la compétition de start-up Venture, dans la catégorie commerce de détail et services.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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