La start-up genevoise a annoncé, ce mercredi, une levée de fonds d'amorçage. Matthew Lapinski et son équipe prévoient une étude clinique humaine cette année, avant de solliciter la FDA en 2027.
La start-up du campus Biotech, à Genève, développe un système de neuro-imagerie opératoire. Une première étude clinique est prévue avant la fin de 2026. Sophie Marenne RMS
Que ce soit pour effectuer une biopsie, retirer une tumeur ou soigner l’épilepsie, les neurochirurgiens naviguent avec une visibilité limitée quand ils opèrent dans le cerveau. Ils se basent sur des images prises la veille par IRM. «Or, quand on incise la boîte crânienne, les variations de fluides et de pressions peuvent déplacer le cerveau, parfois de quelques millimètres», explique Matthew Lapinski, cofondateur et CEO de Clee Medical. De quoi rater la tumeur ou la zone cérébrale précisément ciblée par ces médecins, souvent pas plus grosse qu’une olive.
«La solution de cette start-up prometteuse suscite l’intérêt des professionnels de la neurochirurgie de notre réseau», commente Fanny Keller, directrice des opérations de la SFITS, la Fondation pour l’innovation et la formation en médecine interventionnelle. Fixée à un cadre stéréotaxique qui enserre le crâne du patient, la sonde de Clee Medical permet aux médecins de visualiser, en temps réel, leur position exacte dans le cerveau. Un écran affiche des images en 3D allant de quelques micromètres devant la sonde à plusieurs millimètres sur les côtés, en fonction du type de tissu rencontré.
3 millions
Jusqu’ici, Clee Medical a été financée par le Wyss Center ainsi qu’une série de prix, dont le W.A. de Vigier, le programme Venture Kick, la compétition Venture et la bourse Future of Health. Ce 25 février, elle a annoncé avoir boucler une levée de fonds d’amorçage de plus de 3 millions de francs.
Contenu Sponsorisé
Publicité
Après avoir œuvré durant quinze ans dans le milieu de la medtech et des implants à Boston, Matthew Lapinski a rejoint la Suisse en 2021 pour s’intéresser au cerveau. Au sein du Wyss Center de Genève, l’entrepreneur américain a pris la tête du projet qui deviendra plus tard Clee Medical. «Nous voulions alors automatiser le flux de travail d’un neurochirurgien, pour permettre à des équipes non spécialisées d’effectuer certaines opérations dans le cerveau.» L’idée ne correspondait malheureusement pas au besoin du marché. Mais l’équipe a tout de même constaté l’intérêt que suscitait son système d’imagerie opératoire et a décidé de réorienter l’activité en ce sens.
En octobre 2024, un spin-off est créé hors du centre de recherche portant le nom du philanthrope Hansjörg Wyss. L’entreprise est nommée Clee Medical «du nom d’un autre projet de l’institut mais dont tout le monde retenait la sonorité, alors nous l’avons préféré», sourit Matthew Lapinski. La start-up emploie six collaborateurs et reçoit aussi le soutien d’une dizaine d’ingénieurs de la Haute Ecole spécialisée bernoise (BFH) via Innosuisse.
Le dirigeant de Clee Medical juge l’entreprise en bonne voie pour lancer une première étude clinique chez l’être humain d’ici à la fin de l’année, menée avec un partenaire hospitalier européen. D’ici là, l’équipe peut tester sa procédure uniquement sur des cerveaux d’animaux ou de défunts. En ligne de mire: une demande d’autorisation aux autorités américaines (FDA) introduite en 2027.
Publicité
A terme, l’équipe compte construire un système d’apprentissage automatique (machine learning) grâce aux données compilées des nombreuses images générées par son système. Clee Medical devrait ainsi proposer un service IA qui interprète les images en temps réel.
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.