Abo
Coworking

Sedat Adiyaman, l’art de ne rien lâcher

Arrivé en Suisse comme réfugié, Sedat Adiyaman se distingue par sa ténacité. Il réinvente le coworking, où il rassemble les univers blockchain, IA, l’entrepreneuriat social et un café.

A 24 ans, il quitte son confortable statut de salarié pour lancer Think2Make, puis Coworking Neuchâtel.
A 24 ans, il quitte son confortable statut de salarié pour lancer Think2Make, puis Coworking Neuchâtel.Patrice Schreyer

Publicité

Le Neuchâtelois d’adoption organise plus de 60 événements business par an dans ses trois coworkings entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Il affiche un taux de remplissage de 90%. Egalement fondateur de la manufacture d’idées Think2Make, plateforme d’innovation pour les entreprises industrielles, il fait partie des entrepreneurs romands de moins de 40 ans en vue et s’en amuse.
«Tout ce que je fais à l’échelle locale me connecte à la réalité. J’ai un peu plus de visibilité, mais je ne glorifie pas l’entrepreneuriat, pointe-t-il. Récemment, j’ai reçu une enveloppe très officielle par la poste. Cela m’a inquiété au début. En l’ouvrant, j’ai réalisé que c’était une société qui loue des jets privés. J’étais donc ciblé comme le genre de personne prenant un jet privé. C’est fou comme on peut se tromper à ce point. Je n’ai pas le fric pour ça et si je l’avais, c’est un délire qui ne me parlerait pas du tout.»
Pourtant, Sedat Adiyaman aurait pu glisser dans les clichés. Né en Turquie dans une famille d’ouvriers kurdes, il fuit en Allemagne alors qu’il a 4 ans, puis en Suisse. Il est déplacé d’un camp de requérants à un autre: Chiasso, Genève, Bâle... Il termine son périple à Couvet dans le centre de réfugiés de Neuchâtel. «Il y a des parcours beaucoup plus violents que le mien. J’étais avec ma famille. Je n’ai pas dû marcher des heures dans le désert. Mais peut-être que cette expérience m’a donné envie d’être autonome et d’aller de l’avant», relève-t-il.

Contenu Sponsorisé

La créativité comme moteur

Adulte, il commence un apprentissage de dessinateur industriel chez Mikron. Il est repéré parce qu’il parle allemand et devient gestionnaire de projets tout en se formant et en fréquentant le Venturelab. «Je n’avais pas de potes entrepreneurs. Je n’étais pas dans ce réseau et personne ne comprenait mon envie de créer ma structure», rit-il. Il quitte son job confortable pour rejoindre BrainStore à Bienne, une société d’innovation qui fait faillite.
A la suite de ça, il a le déclic. Il fonde Think2Make qui allie brainstorming, technique industrielle et méthode de créativité. «J’avais 24 ans, un nom bizarre. J’ai commencé par des mandats minuscules qui ont peu à peu grandi», se souvient-il. Déjà à cette époque, il aimait la cocréation, faire interagir les cerveaux et dynamiser le travail d’équipe.

«J’avais 24 ans, un nom bizarre. J’ai commencé par des mandats minuscules qui ont peu à peu grandi.»

Sans bureau, il travaillait dans un café à Neuchâtel. Il s’absentait uniquement à midi, car il n’avait pas d’argent pour le menu du jour. C’est là qu’il rencontre Manuel Schmalstieg, avec lequel il fonde Coworking Neuchâtel. Le concept n’existait pas dans cette ville. Il a fallu l’expliquer. Il est repéré par l’association Infoklick, qui lui prête un espace pour son tout premier coworking. «C’était un squat avec des meubles du CSP, glisse-t-il. Ma mère me répétait: «Les gens travaillent pour être payés, ils ne vont pas payer pour venir travailler.» Mais on a eu une dizaine de coworkers et je vivais de mes mandats avec Think2Make.»

Publicité

Fatigué de ce modèle, il veut tout arrêter en 2017. Ses coworkers lui font prendre conscience qu’il résolvait un vrai problème et que le besoin d’espace professionnel existait. «Je rêvais d’un bureau dans le magnifique bâtiment de La Poste, face au lac. Avec les autres coworkers, on a visité et signé pour un espace. Dix ans après, j’ai 1500 m2 de coworking sur trois sites», observe celui qui emploie huit personnes. Il n’engage que ses fonds propres, une philosophie à laquelle il tient.

Ne pas grandir trop vite

Il a pourtant commis des erreurs en voulant croître trop vite. «Pour m’implanter à La Chaux-de-Fonds, j’ai déconné en louant un énorme endroit avec des plafonds de 7 mètres de haut; un coworking pour girafes. Il n’y avait pas un chat, confie-t-il. J’avais sous-estimé l’importance de l’environnement de travail, il faut créer un univers adapté aux besoins réels.» Il sauve les meubles et loue des bureaux plus petits. Il grandit progressivement pour atteindre 300 m² aujourd’hui dans la cité horlogère. Il apprend à stabiliser avant de redévelopper, mais ses nuits restent celles d’un entrepreneur, pas toujours paisibles.
Au fil des rencontres, il observe que tout le monde a des idées mais très peu sont prêts à payer le prix de l’échec. Dès qu’il s’agit d’implémentation, il y a des absents. Pourtant, l’échec peut être un outil de créativité et d’innovation. De ses réflexions naissent deux livres coécrits: Célébrer l’échec! et Faire. «L’idée n’est pas de glorifier l’échec et de pousser à la prise de risque, mais d’apprendre de ces situations. C’est aussi dans cet esprit qu’on a lancé les Fire Nights. Un entrepreneur y partage son expérience de l’échec», apprécie-t-il, mentionnant que la prochaine a lieu le 22 octobre.

Publicité

A présent, il dispose du parfait environnement pour tester ses idées. Les événements s’enchaînent autour de la crypto (CryptoTalk chaque jeudi soir), de l’IA ou encore des cours. Avec le Coffice, ouvert en octobre 2025, Sedat Adiyaman introduit un concept inconnu en Suisse, le pay-per-time. On y paie le temps, mais pas la boisson. Un joli clin d’œil à sa propre expérience.
Depuis cet été, il accueille dans ses espaces l’association Hub Neuchâtel, dédiée à l’entrepreneuriat social. Cette alliance stratégique soulage financièrement le Hub et permet de rassembler 200 coworkers du canton sous une même bannière. Ce mélange des profils de sociétés offre une hybridation des visions propice à l’innovation.
«Coworking Neuchâtel n’a jamais été monochrome. Il y a toujours eu une grande mixité, note-t-il. Bien sûr, il y a des identités très différentes. Cela dit, ce n’est pas l’une contre l’autre mais plutôt l’une avec l’autre. On est parfois trop habitué à voir par le prisme de la concurrence, alors que la cocréation a toujours été une force et une source d’innovation.»

Les dates clés

2014
Création de la manufacture d’idées Think2Make.
2014
Cocréation de Coworking Neuchâtel.
2025
Ouverture du 3e coworking et du Coffice.
A propos des auteurs

Publicité