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Financement participatif

Crowdinvesting: du capital à l’engagement

En 2025, 96 campagnes d’investissement participatif ont été menées en Suisse, soit 23 % de plus qu’en 2024. Au-delà du montant levé, les entreprises peuvent aussi bénéficier des compétences de ces investisseurs. A condition de les considérer comme un actif stratégique.

Carré blanc

Bean2me est devenu le premier opérateur de café certifié B Corp en Suisse en 2024, une information mise en avant par l’équipe lors de son crowdfunding.
Bean2me est devenu le premier opérateur de café certifié B Corp en Suisse en 2024, une information mise en avant par l’équipe lors de son crowdfunding.Bean2me

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«C’est grâce aux retours de nos actionnaires que nous avons adapté notre communication (et notre humour!) au marché suisse allemand, où nous souhaitons développer notre marque de café dédiée au grand public Chronic. La campagne de crowdinvesting que nous avons réalisée en début d’année nous a aussi permis d’entrer en contact avec des régies pour visiter des arcades commerciales à Zurich, grâce à l’un de nos investisseurs », explique Sébastien Grillet, cofondateur et CEO des solutions de café pour les entreprises Bean2me, dont fait partie le torréfacteur de café Chronic.
En 2025, 96 campagnes de crowdinvesting ont été menées en Suisse, contre 78 en 2024. Bien que le volume des fonds levés ait baissé de 2,8 %, à 113,8 millions de francs, par rapport à l’an passé, l’investissement participatif représente le deuxième moteur de croissance du crowdfunding en Suisse. « Le crowdinvesting est un financement par fonds propres. Les investisseurs deviennent actionnaires et partagent le risque entrepreneurial, détaille Vincent Pignon, CEO du groupe spécialisé dans la blockchain Wecan, fondateur et ex-­président de la Swiss Crowdfunding Association. Dans la mesure où il n’y a pas de charge de remboursement, ce type de financement convient aux start-up et aux entreprises en forte croissance qui ne génèrent pas encore de cash-flows suffisants. Mais le prix à payer est réel : dilution du capital, arrivée de dizaines, voire de centaines d’actionnaires à gérer dans la durée, exigences de transparence accrues, et un processus plus long et plus exigeant en préparation. »

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Plusieurs types de crowdfunding
Le crowdinvesting est une forme de crowdfunding (financement participatif). Les campagnes de crowdfunding se distinguent par la nature de leurs contreparties, qui peuvent être soit financières (crowdinvesting, crowdlending, invoice trading), soit sociales ou culturelles (crowdsupporting, crowddonating). En 2025, près de 630 millions de francs ont été levés en Suisse via des campagnes de crowdfunding, soit 14,3 % de plus qu’en 2024. « Le marché du crowdfunding suisse est entré dans une phase de maturité. Il a été multiplié par plus de dix depuis 2015 ; il s’est professionnalisé et institutionnalisé grâce à des plateformes qui ont su bâtir des processus de crédit rigoureux, une conformité solide et la confiance des investisseurs, dit l’expert du crowdfunding Vincent Pignon. Cette reprise est avant tout portée par le crowdlending (financement par la dette, ndlr), en particulier par le financement de projets immobiliers, qui a bondi de près de 40 %. Il s’agit d’une réponse structurelle : avec l’entrée en vigueur de Bâle III début 2025, les banques doivent désormais immobiliser davantage de fonds propres pour les crédits les plus risqués. Les plateformes de financement participatif comblent cette lacune. »

Investisseurs-ambassadeurs

C’est sur la plateforme Conda que la PME genevoise Bean2me a mené sa campagne. Lancée en 2021, Conda revendique plus de 40 millions de francs levés pour une cinquantaine de placements dans des entreprises et projets immobiliers. Sur sept portails, elle compte parmi les quatre qui génèrent la plus grande partie du volume d’investissement participatif en Suisse, aux côtés de Crowdhouse, Foxstone et Oomnium. Clôturée en février dernier, la campagne de Bean2me a généré 312 000 francs auprès de 109 investisseurs. « Notre objectif était double : lever des fonds pour financer les actions marketing nécessaires au développement du secteur B2C en Suisse et en Europe, et réunir un maximum d’investisseurs pour faire connaître Chronic, notamment en Suisse alémanique », poursuit Sébastien Grillet.

«Notre objectif était double: lever des fonds et nous faire connaître en Suisse alémanique.»

Sébastien Grillet, CEO de Bean2me
Au-delà du montant levé, la valeur d’une campagne d’investissement participatif se mesure en effet au nombre et à la diversité des investisseurs qu’elle est parvenue à convaincre. « L’usage stratégique des investisseurs constitue l’un des trois critères qui doivent guider l’entreprise dans le choix de réaliser une campagne de crowdinvesting ou non, avec la maturité de la société et sa capacité de remboursement, ainsi que l’acceptation de la dilution de son capital. Les actionnaires issus d’un crowdinvesting peuvent devenir de formidables ambassadeurs », précise Vincent Pignon.

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A Lausanne, la marque de chaussures en laine Baabuk a récolté 500 000 francs auprès de 282 investisseurs sur Conda en mai dernier. « Nous avons opté pour ce type de financement, car nous voulions réunir des personnes qui souhaitent participer au développement de la marque sur le long terme, en mettant aussi leurs compétences à disposition. L’un des investisseurs nous a d’ailleurs déjà proposé de nous soutenir lors de notre prochaine campagne promotionnelle digitale», se réjouit Galina Witting, cofondatrice et CEO de la société.
Alors que la plupart des plateformes exigent des montants d’investissement minimaux de plusieurs dizaines de milliers de francs, Conda permet des tickets d’entrée particulièrement bas. «En le fixant à 324 francs, nous espérions faire rentrer nettement plus de petits investisseurs pour qu’ils deviennent aussi les ambassadeurs de Chronic. Nous mènerons une nouvelle campagne à la rentrée, mais avec des tickets plus gros au vu du développement et du boom de la société », confie Sébastien Grillet.

Préparation exigeante

Tout comme Sébastien Grillet et son associé Aurélien Gauffrenet de Bean2me, les cofondateurs de Baabuk, Galina et Dan Witting, ont été approchés par Conda à la sortie de la pandémie. « A l’époque, nous avions d’autres priorités et souhaitions attendre d’avoir les ressources nécessaires pour mener à bien notre campagne. Nous nous sommes décidés en 2024 et avons ensuite consacré une année à la préparation du crowdinvesting », explique Galina Witting. La CEO de Baabuk souligne en outre l’effort à ne pas sous-­estimer qu’une telle démarche implique : « Les questions financières sont certes importantes, mais il s’agit aussi d’être présent, d’aller pitcher le concept régulièrement, de partager notre vision, d’incarner véritablement le projet pour que les potentiels investisseurs en voient le sens. Tout cela prend énormément de temps que l’on ne peut pas dédier à d’autres tâches pour la société. »

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Le spécialiste en crowdfunding Vincent Pignon recommande d’appréhender un crowdinvesting comme une opération de levée de fonds professionnelle et non comme une opération marketing. « Cela signifie trois choses. Premièrement, il faut se préparer en amont : valorisation défendable, documentation juridique irréprochable, pacte d’actionnaires pensé pour la durée, car vous vivrez des années avec ces investisseurs. Il s’agit deuxièmement de sécuriser 30 à 40 % du montant cible avant même le lancement public auprès de votre premier cercle. Une campagne qui démarre vide (sans aucun financement préalable, ndlr) échoue presque toujours, car la foule suit la dynamique, elle ne la crée pas. » L’expert conseille enfin de penser aussi à l’après: «Communiquez régulièrement avec vos actionnaires, transformez-les en ambassadeurs et en clients. Les investisseurs ont un intérêt direct à votre succès. C’est un actif stratégique, à condition de le cultiver. »
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