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Femmes entrepreneuses

La She Economy est massive aux Etats-Unis, quid de la Suisse?

La She Economy est une force macro­économique structurée aux Etats-Unis, alors qu’en Suisse elle reste très discrète. Elle est pourtant en croissance. De quoi parle-t-on?

Leila Pamingle, mentor Innosuisse, déplore que l’économie féminine reste encore souvent perçue comme un «hobby».
Leila Pamingle, mentor Innosuisse, déplore que l’économie féminine reste encore souvent perçue comme un «hobby».DR

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Pendant longtemps, l’économie des femmes se résumait à leur vendre des produits. Aujourd’hui, la She Economy consiste à repenser les produits eux-mêmes, en profondeur, par des femmes fondatrices (mais pas que) et pour des femmes. Elle englobe la Pink Economy, parfois associée à une démarche purement marketing et qui souffre d’une image réductrice.
Aux Etats-Unis, la She Economy est déjà massive avec 14,5 millions de business en mains féminines en 2025. Elle génère 3300 milliards de revenus annuels et emploie plus de 12 millions de personnes. Près d’une entreprise sur deux est fondée ou cofondée par des femmes et leur croissance est plus rapide que celle des entreprises masculines, selon la banque d’affaires américaine Synovus. Les femmes sont devenues un moteur de création d’entreprise et de croissance économique.
3300
Aux Etats-Unis, 14,5 millions de business sont détenus par des femmes. Ces entreprises génèrent 3300 milliards de dollars de revenus annuels et emploient plus de 12 millions de personnes.
«En Suisse, lorsqu’on parle de She Economy, beaucoup pensent encore aux produits hygiéniques alors qu’à l’étranger il y a beaucoup plus d’innovation dans ce secteur», mentionne Alex Plaza, cofondatrice de Moonchy, femtech zurichoise cofondée avec la Neuchâteloise Catalina Ortiz. Elles produisent et vendent des barres nutritionnelles s’adaptant aux besoins physiologiques des femmes lors de leur cycle menstruel.

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Besoins réels

Du côté d’Innosuisse, on commence à s’intéresser à cette catégorie d’entrepreneuses. « L’économie féminine est encore trop souvent considérée comme un hobby, alors que leurs entreprises sont innovantes, sérieuses et qu’elles couvrent des besoins réels. Ce n’est pas vendre des stylos roses aux femmes », résume Leila Pamingle, mentor Innosuisse et responsable innovation à Swiss Food Research.
Elle donne l’exemple concret d’une agricultrice qui a soulevé le problème de sécurité des tracteurs. Le système d’arrêt d’urgence du moteur ne fonctionne pas si un gabarit féminin est aux commandes. L’exemple est valable dans bien des domaines où l’ergonomie est uniquement prévue pour des hommes. A noter que l’accès aux terres agricoles est encore quasi inexistant pour les femmes en Suisse. Historiquement, une seule personne figure sur le cadastre: l’homme. Les secteurs du médical et de l’alimentaire regorgent également de modèles construits par et pour les hommes. Le potentiel d’adaptation et d’innovation y est énorme.
Eliana Zamprogna est la fondatrice de Yumame Foods, qui développe et produit un substitut de viande vendu à la Coop. Il associe fermentation et mycélium. L’ingénieure collabore en Suisse romande avec l’EHL et plusieurs agriculteurs. « En quatre ans, je suis passée d’une idée à la distribution de mes produits dans 200 magasins Coop en Suisse, mentionne-t-elle. Ma chance a été de ne pas être une étudiante sans revenu. J’avais de l’expérience dans l’industrie agroalimentaire. Celle-ci est encore largement dominée par les hommes. J’ai construit mon réseau et j’avais des économies pour me lancer, car sans capital, vous ne pouvez pas développer votre activité. Malheureusement, les VC soutiennent davantage les hommes que les femmes. Les statistiques sont là pour me donner raison. »

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Retard des investisseurs

Selon le baromètre EY Switzerland 2025, 75 % des start-up exclusivement masculines ont levé des fonds contre 18 % de start-up mixtes et 7 % de start-up exclusivement féminines. Il y a cependant un léger réveil. Ainsi, en 2024, les start-up fondées ou cofondées par des femmes ont levé un montant record : 290 millions de francs. Attention toutefois, cela ne représente que 9,3 % des capitaux levés par les start-up suisses, indique le rapport du portail PME de la Confédération.
Levée de fonds
Selon le baromètre EY Switzerland 2025, 75% des start-up exclusivement masculines ont levé des fonds contre 18% de start-up mixtes et 7% de start-up exclusivement féminines.
« C’est rageant, relève Leila Pamingle. A cela s’ajoute le manque de données. Les femtechs doivent tout faire en même temps : créer leur produit et les bases de données pour étayer leur modèle d’affaires. Les milieux économiques commencent certes à voir qu’il y a un potentiel économique, mais il y a encore trop de tabous et de biais. »
Cette réalité touche directement Alex Plaza. « Le retour que j’ai très souvent des investisseurs est que mon marché est trop petit. C’est ridicule, car je touche près de la moitié de la population, note-t-elle. La communication est très compliquée lorsque vous parlez des règles des femmes. On est souvent confronté à une image négative. Pour rester politiquement correcte, on peut parler de soutien hormonal, mais cela entraîne un problème avec la régulation qui interdit certains termes.»

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Il existe bien le programme UBS Female Founder, mais ce n’est pas un fonds d’investissement et l’initiative est internationale. « La Suisse pourrait se positionner comme un acteur du soutien des femmes fondatrices, estime Eliana Zamprogna. Pourquoi ne pas créer le premier VC en Suisse qui cible les femmes ou un accélérateur pour les fondatrices? Il y a une carte à jouer. » A Zurich, l’initiative Female Founders Switzer­land travaille dans cette direction, en partenariat avec la ZHAW et Impact Hub Zurich.

«La Suisse pourrait se positionner comme un acteur du soutien des fondatrices.»

Eliana Zamprogna, fondatrice de Yumame Foods

Réseau et KPI

Autre défi : la retenue. Toutes mentionnent un manque de confiance récurrent chez les entrepreneuses. Elles vont parler «de leur petit projet» et être trop franches en évoquant ce qui n’est pas encore achevé, tandis qu’un homme va montrer une plus grande confiance dans son produit.
« L’innovation est aussi pour les femmes, résume Leila Pamingle. Elles travaillent davantage en réseau, savent demander de l’expertise ailleurs. Elles intègrent rapidement les KPI. L’argent ne sera peut-être pas leur moteur, car il y a beaucoup de start-up féminines à mission. Elles ne sont pas des têtes brûlées et leurs ambitions financières se dessinent sur le long terme. » La proportion de femmes au sein des équipes fondatrices soutenues par Innosuisse est de 29 %.

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