Deux ans après l’annonce du divorce avec le canton du Valais, le Greater Geneva Bern area (GGBa) reste en grande forme. Malgré un budget amputé, l’organe qui promeut l’ouest de la Suisse à l’international a publié, ce 24 mars, ses chiffres pour l’année 2025. Au total, 91 sociétés étrangères se sont laissé tenter par les cantons de Berne, de Fribourg, de Genève, de Neuchâtel et de Vaud. Elles étaient 79 en 2024. Ces nouvelles venues promettent la création de 600 à 800 emplois d’ici à trois ans. «Ces chiffres nous réjouissent, bien entendu, mais c’est surtout la qualité des sociétés qui s’implantent qui nous importe, et en particulier l’adéquation entre leurs activités et l’écosystème économique de chaque canton», confie Thomas Bohn, directeur général du GGBa.
Des robots français aux céréales japonaises
A Genève, c’est le géant japonais du trading de céréales Zen-Noh qui a installé son siège européen. Côté vaudois, l’accent est mis sur le quantique avec l’arrivée de la start-up coréenne Kairos Quantum Solutions, par exemple. Si l’Arc lémanique reste le moteur naturel de l’attractivité régionale, comptant chaque année pour plus de la moitié des implantations, «chaque canton a tiré son épingle du jeu et bénéficié d’un retour sur investissement», assure Thomas Bohn. Fribourg et le Marly Innovation Center ont été privilégiés par les robots autonomes de l’entreprise française Meanwhile, pour y implanter une première filiale internationale. Neuchâtel a attiré le groupe belge de services en ingénierie Decube au pôle Microcity, ainsi que plusieurs projets dans la blockchain. Ensuite, à Bienne, le Switzerland Innovation Park a réalisé un doublé inédit en implantant deux sociétés spécialisées dans les batteries le même jour.
Le sponsoring privé au secours du budget
Si l’agence fondée en 2010 n’est pas parvenue à compenser totalement le départ du Valais et ses 350 000 francs de dotation, les cinq cantons restants ont consenti à un effort supplémentaire de 5%. De plus, pour la première fois, le GGBa a ouvert la porte au sponsoring privé. «Nos finances sont saines et notre budget 2026 est déjà sécurisé à l’identique», rassure le directeur.
«Nos finances sont saines et notre budget 2026 est déjà sécurisé à l’identique.»
Thomas Bohn, directeur général du GGBa
Pour Thomas Bohn, le contexte géopolitique chahuté de l’année 2025, marqué par l’imprévisibilité de l’administration Trump aux Etats-Unis, n’a pas été des plus simples à gérer. «L’effet de la volatilité des tarifs douaniers a plutôt fait peser une crainte générale sur le milieu des affaires et incité au repli sur soi», juge-t-il. Quant aux tensions actuelles au Moyen-Orient, «elles n’ont pas encore poussé d’entrepreneurs de Dubaï à frapper à la porte du GGBa». Il ne s’attend pas à un exode massif d’entreprises venues de la région; par contre, il est convaincu que «l’atout maître de la Suisse, sa stabilité, se renforcera encore».
Le responsable s’alarme davantage d’un potentiel renchérissement du franc qui pousserait les firmes étrangères à renoncer à la Suisse. «Dans l’économie helvétique, tout le monde a intégré cette donnée. Mais ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que ce n’est pas un problème», dit-il, s’inquiétant de voir le radar d’entreprises asiatiques éviter le territoire, à l’heure où des vols directs entre Genève et la Chine se sont intensifiés depuis l’été.
Le Valais préfère s’attaquer aux profils plutôt qu’aux sociétés
Un peu plus à l’est, le Valais assume désormais une stratégie centrée sur les «talents» plutôt que sur la chasse aux entreprises étrangères, selon Eric Bianco, chef du Service de l’économie, du tourisme et de l’innovation. «Nous avions des résultats modestes avec le GGBa: les implantations étrangères se limitent à de petites structures de moins de dix personnes.» Or la préoccupation première à l’échelle du canton, aujourd’hui, c’est «la difficulté à trouver du personnel. Nous avons donc réalloué ce budget à une stratégie qui promeut le canton comme un lieu de vie et de travail idéal.» Et d’ajouter que le Valais n’a pas complètement abandonné ses démarches exogènes, participant à des missions à l’étranger avec S-GE notamment.