Interview

«Nous souhaitons réinventer le café hors domicile»

A la tête de Nespresso Suisse, Stefano Goglio mise sur l’ultra-personnalisation pour contrer la concurrence. Il détaille son approche pour imposer la qualité de la marque helvétique dans les espaces professionnels.

William Türler

Nespresso Dua Lipa
La chanteuse britannique Dua Lipa a récemment été nommée ambassadrice mondiale de la marque helvétique. Nespresso

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Quarante ans après sa création, Nespresso n’est plus seule sur son sommet. Si la marque a révolutionné la consommation de café domestique, elle évolue désormais dans un écosystème ultra-concurrentiel où les torréfacteurs de spécialité et les marques de distributeurs redoublent d’agressivité. Pourtant, les chiffres témoignent d’une résilience certaine: en 2025, la firme a enregistré un chiffre d’affaires global de 6,48 milliards de francs, en hausse de 1,6%.
Dans cette géographie du profit, la Suisse occupe une place à part: elle figure parmi les marchés clés du groupe et représente l’un de ses terrains d’expérimentation les plus exigeants. Stefano Goglio, CEO de Nespresso Suisse, revient sur les ambitions d’un géant qui refuse de devenir une simple commodité.
Le secteur du café est devenu très concurrentiel en Suisse. Comment Nespresso parvient-elle à défendre son positionnement premium sur un marché aussi mature?
La Suisse n’est pas seulement notre berceau historique, c’est le cœur battant de notre identité. Ce qui nous permet de maintenir notre rang, c’est ce que j’appelle notre «ADN d’innovation». Dans un marché exigeant, le positionnement premium ne se décrète pas, il se mérite à chaque tasse. Pour cela, nous nous appuyons sur trois piliers. D’abord, une qualité de grain irréprochable. Ensuite, une innovation constante, tant sur les machines que sur les cafés. Enfin, une focalisation absolue sur l’expérience client. Nos 25 boutiques en Suisse ne sont pas de simples points de vente: ce sont des ambassades de la marque où le service et le conseil de nos experts café créent une valeur ajoutée que le digital seul ne peut offrir. C’est cette combinaison entre excellence du produit et service de proximité qui nous permet de rester la référence malgré la pression concurrentielle.

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Vous utilisez souvent la Suisse comme un laboratoire. Quelles mutations majeures observez-vous dans les habitudes de consommation?
Notre rôle a toujours été d’accompagner les consommateurs dans l’exploration et la découverte de nouveaux goûts et origines, en mettant en valeur la diversité des terroirs et la richesse des profils aromatiques. Aujourd’hui, nous observons un changement de paradigme. Le café est sorti de sa fonction purement utilitaire – ce «coup de fouet» nécessaire du matin – pour devenir une expérience de vie à part entière et à chaque moment de la journée. On cherche désormais un moment de déconnexion, une parenthèse de plaisir ou, à l’inverse, un catalyseur de lien social. Cette dimension est devenue prépondérante, particulièrement dans les environnements de travail. Le café y est perçu comme un outil de créativité et de connexion. C’est en comprenant ces préférences et moments de consommation que nous développons nos futurs produits.
Justement, vous lancez Intervallo, une solution B2B capable de préparer 900 recettes. Est-ce l’aveu que le marché domestique est saturé et que votre croissance se trouve désormais hors du foyer?
Il ne s’agit pas d’un aveu de saturation, mais d’une extension naturelle de notre savoir-faire. Intervallo représente une étape clé dans notre histoire. C’est la réinvention de l’expérience «on the go». Notre ambition est d’apporter le haut niveau de qualité et de personnalisation que nos clients connaissent à domicile dans les espaces semi-publics et du quotidien: bureaux, hôpitaux, écoles, centres commerciaux, espaces de loisirs, salles de spectacle, aéroports, bureaux...

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La machine combine trois variétés de café d’origine (Colombie, Brésil, Guatemala) avec différents types de laits et de saveurs pour offrir plus de 900 combinaisons possibles, incluant des recettes de café froid. Nous visons des lieux semi-­publics qui exigent de la qualité mais n’ont pas les infrastructures pour opérer un service de barista classique. La phase pilote à Genève, notamment à l’Hôpital de La Tour, a suscité un enthousiasme qui dépasse nos attentes. Elle nous permet d’ailleurs de toucher des consommateurs qui n’utilisent pas forcément nos machines chez eux.

Espaces du quotidien

Stefano Goglio
Nespresso
Stefano Goglio
Nespresso
Stefano Goglio souhaite apporter le même niveau de personnalisation que les clients connaissent à domicile dans les espaces semi-publics, tels que bureaux, hôpitaux, aéroports ou centres commerciaux.
Passer d’une machine domestique à un automate de grande capacité comporte des risques pour l’image de marque. Comment garantissez-vous une qualité constante?
Le projet a été porté par une équipe «start-up» interne, isolée du reste du groupe pour garantir une autonomie totale et une agilité maximale. Ils ont exploré des territoires inédits comme la gestion de la glace ou les laits alternatifs. Pour assurer l’expérience premium, nous avons intégré une interface digitale très intuitive. Une application dédiée permet de précommander sa boisson via un QR code pour minimiser l’attente. Chaque recette a été étudiée pour garantir un résultat en tasse fidèle à la qualité pour laquelle notre marque est reconnue. Bien que nous soyons encore en phase pilote avant le déploiement industriel, la fiabilité technique est au rendez-vous.

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La durabilité est le grand défi de l’industrie. En Suisse, Nespresso est souvent critiquée pour son modèle de capsules, malgré ses efforts. Où en êtes-vous concernant l’impact environnemental?
La durabilité est inscrite dans notre ADN depuis plus de trois décennies. En 1991 déjà, nous avons lancé un solide programme de recyclage en Suisse en collaboration avec le groupe Barec, bien avant que cela ne devienne une exigence marketing. Aujourd’hui, la Suisse affiche un taux de recyclage des capsules à domicile d’environ 75%. C’est le taux le plus élevé du monde.
Mais nous ne nous arrêtons pas au recyclage. Nous agissons à la source. Aujourd’hui, Nespresso accompagne plus de 160 000 caféiculteurs vers l’agriculture régénérative. L’objectif est double: réduire les émissions de gaz à effet de serre et assurer la pérennité d’un café de haute qualité. Pour le consommateur, nous simplifions le geste au maximum grâce à notre service gratuit Recycling at Home: il suffit de déposer son sac de capsules usagées dans sa boîte aux lettres pour que le postier le récupère.

«La Suisse affiche un taux de recyclage des capsules à domicile d’environ 75%, soit le plus élevé du monde.»

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Enfin, on observe une multiplication de vos partenariats avec d’autres marques helvétiques. Est-ce une stratégie de «suissitude» ou une réelle démarche d’économie circulaire?
C’est une démarche concrète de circularité. Nous voulons montrer que l’aluminium des capsules usagées est une ressource précieuse. Nos collaborations avec Victorinox ou, plus récemment, avec Faction, pour créer en partie des skis et des bâtons, prouvent que l’on peut transformer un matériau recyclé en des objets du quotidien. C’est une manière tangible et innovante d’illustrer notre engagement en faveur de la circularité et notre vision d’une économie où chaque ressource est valorisée.
A propos des auteurs
William Türler
William Türler
William Türler s’intéresse à tout ce qui façonne le monde des affaires. Après avoir collaboré avec plusieurs médias romands, il écrit aujourd’hui pour PME, où il couvre la tech, l’innovation et les grandes tendances économiques. Il aime raconter les histoires derrière les projets et les idées.

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