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La grande interview

«L'humanité continue de progresser, parfois plus vite que prévu»

Dans son dernier livre, l’économiste et essayiste français Nicolas Bouzou questionne le sentiment de peur généralisé qui s’est emparé des sociétés occidentales et y oppose les raisons objectives de rester optimiste.

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Nicolas Bouzou
Pour Nicolas Bouzou, les inquiétudes liées à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, à la situation géopolitique ou au dérèglement climatique, bien que fondées, sont souvent exagérées et présentées sans le recul nécessaire. Mathieu Zazzo/Pasco&Co

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Pourquoi redoutons-nous l’avenir? L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle fait craindre la disparition de nombreux postes de travail, le réchauffement climatique s’emballe et les pays occidentaux font face à des adversaires de plus en plus puissants. Mais selon Nicolas Bouzou, ces inquiétudes, bien que fondées, sont souvent exagérées, présentées sans recul ni nuance. L’économiste de 48 ans, directeur d’études à l’Université Paris-Panthéon-Assas, est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Petit précis d’économie appliquée et La comédie (in)humaine, coécrit avec la philosophe Julia de Funès. Il regrette les névroses de la société actuelle qui l’empêchent d’avancer vers des solutions pourtant à portée de main.
Presque un an s’est écoulé depuis la parution de votre livre La civilisation de la peur. Aujourd’hui, gardez-vous espoir en l’avenir?
Oui, plus que jamais. Dans de nombreux domaines, nous assistons à une accélération des évolutions positives. Par exemple, le coût de l’électricité photovoltaïque baisse nettement plus rapidement (d’environ 5 dollars/kWh en 2009 à moins de 0,5 dollar/kWh en 2022, ndlr) que ce qu’indiquaient les projections les plus optimistes. L’éco-efficacité énergétique est aussi en nette progression. De grandes avancées devraient avoir lieu en 2025 dans le domaine de la santé, notamment avec des médicaments contre les maladies neurodégénératives et les cancers qui arrivent en essais cliniques de phase 3. L’humanité continue de progresser, parfois plus vite que prévu.

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Tout de même, l’année 2024 a été chahutée sur le plan économique et politique. La présidence de Donald Trump, dont on connaît les velléités protectionnistes, ne vous inquiète-t-elle pas?
Il y a de quoi s’inquiéter. C’est précisément pour cela qu’il faut affronter le problème avec des solutions concrètes. La réaction des responsables européens face à la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est révélée tout à fait représentative de la peur contre-productive que je dénonce dans mon livre. Dans les mois qui ont précédé la présidentielle américaine, la majorité des parlementaires et hauts fonctionnaires n’ont fait que crier haut et fort l’effroi que leur inspirait le projet de Donald Trump pour appeler à l’élection de Kamala Harris. Résultat: le continent n’est pas du tout préparé à la deuxième administration Trump.
En France aussi, l’année 2024 a été compliquée…
Ce fut une période absolument navrante sur le plan politique en France. La motion de censure a constitué un geste d’immaturité politique déplorable. Mais je ne perds pas espoir pour autant. La France est une nation résiliente, dont l’histoire est un enchaînement de chutes et de reprises. Actuellement, nous nous trouvons encore sur la pente descendante. J’ignore quand nous allons rebondir, mais le moment viendra. Le succès des Jeux olympiques de Paris et la réouverture de Notre-Dame ont montré que le pays était toujours capable de grandes choses et que les clivages politiques pouvaient être transcendés lorsque l’intérêt commun est en jeu. J’ai bon espoir que cet élan de dynamisme collectif soit un signe annonciateur d’un rebond prochain.

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Actuellement, la France a-t-elle besoin de réformes pour rebondir?
Le pays doit sans doute s’imposer quelques réformes économiques. D’abord, il faut commencer par remettre de l’ordre dans les finances publiques. Notre Etat social n’est soutenable que si les taux d’emploi sont élevés. Il est nécessaire de réduire les subventions accordées aux associations ou encore d’introduire des jours de carence dans la fonction publique, qui permettraient par exemple de ne plus rembourser les congés maladie qu’à partir de plusieurs jours d’absence. Ces ajustements ne régleront pas les problèmes de fond, mais permettront au moins de disposer d’un budget acceptable.
Ensuite, il faut se demander quel est le rôle d’un Etat au XXIe siècle. Dans certains domaines, il doit prendre moins de place. C’est notamment le cas des aides aux entreprises, qui sont trop abondantes et pas assez ciblées. Il faudrait les réorienter vers la recherche et le développement afin de stimuler l’innovation, plutôt que de prendre le risque de subventionner des industries déficitaires. En outre, on ne doit plus craindre d’engager de l’argent privé dans les grands projets d’envergure nationale. La rénovation de Notre-Dame a été majoritairement financée par des fonds privés. Tout le monde a pu constater que ce modèle fonctionne. En revanche, l’Etat doit se réinvestir dans certains secteurs, notamment la défense. Je penche pour doubler les dépenses militaires afin notamment de réduire notre dépendance vis-à-vis des Etats-Unis tout en contribuant à la croissance de l’industrie française de l’armement.

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«En France, l’industrie a cédé trop de terrain aux services. La Suisse, en revanche, a su maintenir un tissu industriel important sur son territoire.»

Bio express

1976
Naissance à Boulogne-Billancourt, en France.
2006
Fonde le cabinet d’études économiques Asterès, qu’il dirige encore aujourd’hui.
2018
Crée les Rencontres de l’Avenir à Saint-Raphaël, un forum consacré aux grandes questions contemporaines.
2024
Publie «La civilisation de la peur», son 22e ouvrage.
A propos des auteurs

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