«Le G7: une semaine de haute saison, ni plus ni moins»
Ce mois, l’Hôtel Royal d’Evian accueillera le sommet du G7 sous présidence française. Un événement hors norme, qui intervient 23 ans après un premier sommet du G8 dans ce même établissement. Entretien avec François Dussart, directeur général de l’Evian Resort.
François Dussart est directeur de l’Evian Resort depuis quatre ans. Cet établissement s’apprête à accueillir le G7 du 15 au 17 juin prochains. Ce sommet regroupera les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la France, ainsi que quatre pays invités, l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil et le Kenya. Le directeur a accepté de répondre à nos questions sur les défis auxquels ses équipes et lui-même devront faire face pour accueillir ce sommet.
François Dussart, comment l’Hôtel Royal s’est-il retrouvé candidat à l’organisation de ce sommet?
Le processus est assez formel. Chaque pays membre du G7 organise le sommet à tour de rôle. La présidence française dispose d’un secrétariat général qui identifie des lieux potentiels et les soumet au président. Nous avons été approchés, conjointement avec la municipalité d’Evian et la préfecture de Haute-Savoie, et nous avons constitué un dossier de candidature commun. Notre offre a été retenue. Evian devient ainsi la première ville française à accueillir deux sommets, un G8 en 2003 et un G7 en 2026 (ndlr: la Russie ayant été exclue du G8 en 2014, à la suite de l’annexion de la Crimée).
Vladimir Poutine, Jacques Chirac, George W. Bush et Tony Blair, lors du G8 à Evian en 2003.Laurent Rebours/AP/Keystone
Vladimir Poutine, Jacques Chirac, George W. Bush et Tony Blair, lors du G8 à Evian en 2003.Laurent Rebours/AP/Keystone
Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en votre faveur?
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J’imagine que plusieurs éléments ont joué en notre faveur. Un resort isolé au bord du lac Léman est naturellement plus facile à sécuriser qu’un hôtel en plein centre-ville. L’expérience de 2003 a également joué en notre faveur. Le secrétaire général du G7 pour la présidence française avait participé au G8 à Evian en 2003 et connaissait bien le lieu. Et je crois que l’Elysée tenait à organiser cet événement dans un établissement qui incarne une certaine idée de l’art de vivre à la française. Nous cochions beaucoup de cases.
A quel moment la préparation a-t-elle réellement démarré?
La validation est intervenue à l’automne dernier. Depuis, les visites de repérage se succèdent. Les services de l’Etat – préfecture, Affaires étrangères, équipes de l’Elysée – viennent régulièrement inspecter les lieux. Chaque délégation effectue également son propre repérage, visite les chambres qui lui seront attribuées, vérifie les installations, fait des reconnaissances de sécurité. Les Américains, par exemple, restent généralement deux jours pour ce type de visite. A deux mois de l’événement (ndlr: l’interview a été réalisée fin avril), nous sommes désormais dans une phase d’intensification.
L’hôtel doit-il fermer ses portes à la clientèle habituelle avant le sommet?
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Seulement deux jours avant, soit le 13 juin. L’ensemble du resort (le Royal, l’Ermitage et la Verniaz) est alors privatisé pour la durée du sommet. Toutes les délégations seront logées sur place. En termes de volume, c’est comparable à l’occupation d’une semaine de haute saison. Opérationnellement, c’est une grosse manifestation, mais pas nécessairement plus complexe qu’une semaine estivale classique. D’autant que tout est cadré à l’avance et que l’improvisation est réduite au minimum. Enfin... c’est ce que je dis aujourd’hui; je tiendrai peut-être des propos différents après l’événement.
Faut-il engager du personnel supplémentaire?
Comme pour toute grande manifestation, nous aurons recours à quelques extras. Mais nous nous appuyons avant tout sur nos équipes permanentes. Nous désignerons un responsable de projet par délégation, chargé de piloter l’ensemble des interactions avec celle-ci. Par ailleurs, nous travaillons avec une agence spécialisée dans l’organisation des grands sommets internationaux, la même qui avait coordonné le G8 de Biarritz, qui nous apporte son expertise du format.
L’attribution des chambres aux chefs d’Etat est-elle de votre ressort?
Non, c’est la prérogative du secrétariat général du G7. Nous mettons les espaces à disposition. Ensuite, ils décident de l’attribution des chambres.
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Les repas officiels sont-ils préparés par vos équipes?
Il y aura bien sûr des repas officiels, dont les détails sont encore en cours de finalisation. Pour l’instant, nos équipes sont impliquées dans leur préparation. Il peut arriver que ce type d’événement donne lieu à des dîners privés, avec des chefs invités, mais rien n’est arrêté à ce stade. En tout cas, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, nous n’avons pas d’information indiquant que certains chefs d’Etat viendraient avec leurs propres cuisiniers.
Des travaux d’infrastructure ont-ils été nécessaires?
Des travaux ont été réalisés en amont pour renforcer l’infrastructure numérique de l’hôtel, gérés directement par les équipes compétentes. Pour le reste, aucun aménagement particulier n’était requis.
Un hôtel hors norme
L’Hôtel Royal d’Evian appartient au complexe de l’Evian Resort, situé dans un parc de 19 hectares, dominant le lac Léman. Il comprend un palace cinq étoiles, deux quatre-étoiles, plusieurs restaurants dont un étoilé, un centre thermal, un spa, un casino, un théâtre et un parcours de golf de 75 hectares. Le groupe Danone est propriétaire de ce complexe.
Accueillir un sommet du G7, est-ce une bonne affaire financière?
Le sommet tombe en haute saison, quand l’hôtel affiche normalement complet. En termes de revenus directs, c’est donc comparable à une semaine de haute saison, ni plus ni moins. La valeur ajoutée pour nous se concentre surtout sur l’exposition médiatique. Quand vous savez que The Amundi Evian Championship, le tournoi de golf féminin qui se déroule ici chaque année au mois de juillet, génère une valeur médiatique de près de 150 millions de dollars, je vous laisse imaginer ce que représente un sommet du G7 en termes de visibilité pour Evian et la région. En quelques semaines, entre juin et juillet, nous nous préparons à enchaîner le G7, les Rencontres musicales d’Evian, l’Amundi Evian Championship et le passage du Tour de France. L’exposition de la destination pour nous cet été est tout simplement hors norme.
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«Les retombées médiatiques mondiales d’un tel événement pour la région sont gigantesques.»
François Dussart, directeur général de l’Evian Resort
Comment vivez-vous cette succession d’événements très différents?
En l’espace d’un mois, nous passons d’un sommet politique mondial à un festival de musique classique, puis à un tournoi de golf de haut niveau, avant d’accueillir notre clientèle individuelle habituelle. C’est à chaque fois le même lieu, les mêmes équipes, et pourtant une population, une ambiance, des émotions totalement différentes. Je connais peu d’établissements capables d’habiter autant d’univers différents avec la même exigence. C’est ce qui fait la véritable identité de ces grandes maisons et ce qui rend ma fonction si passionnante.
Ce G7 s’annonce tendu sur le plan géopolitique. Est-ce une source de tension supplémentaire pour vous?
C’est une réalité, ce G7 s’inscrit dans un contexte international particulièrement chargé qui laisse présager des discussions difficiles entre les délégations. Mais ce n’est pas notre rôle d’influer sur la politique internationale. Notre mission consiste à assurer le service idéal pour que cet événement se déroule dans les meilleures conditions. La vraie différence par rapport à une grande conférence classique, c’est la dimension sécuritaire, mais c’est le rôle de l’Etat de la gérer, pas le nôtre.
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Des manifestations sont-elles à craindre, comme en 2003?
En 2003, j’ai pris la direction du Beau-Rivage Palace, à Lausanne, juste après le G8 d’Evian. En lien avec ce sommet, j’ai eu quelques dossiers délicats à gérer à mon arrivée, notamment des groupes qui avaient dû être relogés. Il y avait eu des dégradations à Lausanne et à Genève. Cette année, l’ensemble des délégations est concentré ici, ce qui modifie peut-être la donne. J’ai bon espoir que tout se passe pour le mieux.
Pour vous, organiser un sommet du G7, c’est le point culminant d’une carrière?
C’est une belle page, oui. Et un atout supplémentaire pour renforcer le côté emblématique de cet hôtel, qui peut déjà se prévaloir d’une histoire particulièrement riche.
Un hôtel historique
1909
Inauguration officielle du bâtiment qualifié de «plus bel hôtel du monde».
1958
Un incendie majeur marque l’histoire de l’établissement.
1962
Les accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie sont signés le 18 mars 1962 à l’hôtel.
2003
Accueil du sommet du G8 sous la présidence de Jacques Chirac.