«Avec Immitra Bio, notre ambition est de lever l’un des principaux verrous des thérapies géniques: leur mise à l’échelle. Aujourd’hui, ces traitements qui viennent corriger un gène défectueux sont majoritairement développés ex vivo. On prélève les cellules du patient, on les manipule, puis on injecte la thérapie cellulaire personnalisée obtenue. Ce processus lourd implique souvent une chimiothérapie préalable, qui laisse les patients immunodéprimés et affecte parfois leur fertilité. Et cela reste extrêmement coûteux, plusieurs centaines de milliers de francs par patient. Résultat: ces thérapies sont hors de portée du plus grand nombre.
Pour des maladies comme la drépanocytose, par exemple, une affection des globules rouges qui touche environ 400 000 personnes en Amérique du Nord et en Europe, moins de 150 patients seulement ont bénéficié d’une thérapie génique, approuvée pour la première fois il y a pourtant plus de deux ans! Notre but: remplacer le processus de plusieurs mois par une seule injection, capable de corriger durablement le défaut génétique directement in vivo.
Je suis originaire de Lörrach, en Allemagne, juste de l’autre côté de la frontière. Je suis arrivé en Suisse en 2017 pour étudier à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Durant mon master à l’Institut des sciences de la santé moléculaire, j’ai rejoint le groupe de Jacob Corn, l’un des pionniers de l’édition du génome (CRISPR-Cas). Nous travaillions sur des thérapies pour les maladies héréditaires du sang, en particulier la drépanocytose susmentionnée.
Avec mes collègues, nous avons obtenu un total de 1,2 million de francs de subventions auprès de divers organismes. De quoi créer un sous-groupe de six scientifiques et attachés de recherche, au sein duquel affiner cette technologie. Au fil des recherches, elle a révélé un potentiel bien plus large que prévu. Nous avions en réalité de quoi bâtir une plateforme capable d’adresser plusieurs pathologies, au-delà d’un seul traitement.
Après deux ans à mener ce projet académique, nous avons fondé Immitra Bio en janvier 2025, comme un spin-off. Les laboratoires restent à Zurich, mais nous avons installé nos bureaux à Genève, au sein de la Fongit, à Plan-les-Ouates. Genève offre un écosystème exceptionnel pour une jeune biotech comme la nôtre.
Nous travaillons aujourd’hui sur quatre programmes thérapeutiques: trois maladies du sang et un trouble neurologique. L’entreprise comptera bientôt cinq collaborateurs. Nous finalisons actuellement un tour de table de préamorçage, auquel participent la fondation ETH, la Fongit et plusieurs investisseurs privés. Ces fonds nous assureront deux ans d’autonomie pour mener la validation de principe sur les animaux, avant l’étape des demandes d’autorisation d’essais cliniques. Nous avons pour objectif de commencer ces derniers à la fin de 2028 ou au début de 2029.
A long terme, nous espérons nouer un partenariat pharmaceutique pour une commercialisation au plus tôt en 2030. Etre sélectionné au classement 30 Under 30 de Forbes a été une expérience incroyable, d’autant plus grâce aux rencontres et échanges avec d’autres jeunes entrepreneurs lauréats réunis à Berlin, en décembre.»
2016
Lancement d’une entreprise alors qu’il est au lycée: Nao Superfood Drinks. 2016
Participation aux Championnats du monde juniors d’aviron. 2022
Obtention d’un master en sciences de la santé moléculaire de l’EPFZ. 2025
Fondation d’Immitra Bio et nomination au 30 Under 30 de «Forbes».