Quand l’innovation réinvente les toilettes mobiles
Sébastien Kulling et ses associés lancent EcoToilet, une solution pour des toilettes transportables, propres et autonomes. Destiné au tourisme et aux événements, le projet combine lombricompostage, valorisation de l’urine et savoir-faire helvétique.
Le projet se distingue par des toilettes sans eau, sans odeur et transportables, contrairement aux solutions existantes qui exigent fondations ou raccordements aux égouts. DR
«L’innovation a été mon fil conducteur durant toute ma carrière», confie Sébastien Kulling, CEO et cofondateur d’EcoToilet. Depuis ses débuts chez Nespresso, où il a contribué au développement des nouvelles machines et cocréé l’Aeroccino, le petit mousseur à lait électrique, cet état d’esprit ne l’a jamais quitté: il a également été impliqué dans deux start-up en agritech et en foodtech, suivi une formation de coach à Paris et travaillé chez Orange.
L’idée des toilettes innovantes est née de sa passion pour le bois et d’une rencontre déterminante avec Philippe Nicollier, ancien syndic d’Ormont-Dessus. Celui qu’il considère comme son mentor l’a mis en contact avec Morerod Charpente, aux Diablerets (VD), une entreprise dotée du savoir-faire nécessaire pour participer au projet. «Des toilettes publiques existent déjà, mais pas des toilettes mobiles telles que nous les concevons», précise Sébastien Kulling. Le concept s’inspire d’installations similaires déjà mises en place dans un refuge communal il y a quelques années.
Des toilettes sans eau
Le projet se distingue par la création de toilettes sans eau, sans odeur et transportables, contrairement aux solutions existantes qui exigent fondations ou raccordements aux égouts. Pour résoudre le problème des odeurs, l’équipe multidisciplinaire d’une demi-douzaine d’associés – incluant un biologiste et un ingénieur agronome – a séparé les matières fécales et urinaires. «L’un de nos objectifs à long terme est de valoriser l’urine», souligne le cofondateur.
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Les matières fécales sont lombricompostées à l’aide de vers de terre, réduisant leur volume de 90% sur plusieurs années. L’urine, collectée dans un récipient de 400 litres (soit l’équivalent de 1300 passages), est destinée à être valorisée comme engrais naturel, riche en azote, en phosphore et en potassium. La société collabore avec l’Agroscope pour un projet pilote de valorisation de l’urine en Suisse.
78 000 litres
Une cabine (1300 passages par mois, soit 400 litres d’urine) évite l’utilisation de 78 000 litres d’eau et 514 kWh d’énergie électrique par an, l’équivalent de la consommation annuelle d’une famille. Les 4800 litres d’urine valorisables récoltés chaque année pourraient permettre de fertiliser 0,5 hectare de blé.
«Nous nous trouvons dans une zone grise actuellement, car la loi suisse impose de passer par une station d’épuration pour recycler les eaux usées, mais nous n’utilisons pas d’eau», précise Sébastien Kulling. La solution proposée répond également à une problématique géopolitique: les engrais chimiques traditionnels, souvent issus de mines en Russie ou en Ukraine, polluent les nappes phréatiques et créent une dépendance, alors que l’urine valorisée est une solution locale et durable.
Déploiement et perspectives
EcoToilet cible principalement le tourisme et les événements. Après un pilote concluant, l’Arboretum d’Aubonne (VD) a déjà acquis un produit. Un deuxième test est en cours au col des Mosses, avec intention d’achat, et un troisième produit est en développement pour le col du Mollendruz.
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Soutenue par le canton de Vaud, InnoPME et Genilem, l’entreprise envisage la location de ses toilettes. Le petit modèle est proposé autour de 25 000 francs, le grand modèle légèrement moins de 50 000 francs, selon les options: panneau solaire, batterie, table à langer, chauffage pour l’hiver, système de fermeture à distance ou puce GPS pour la gestion en temps réel... Comme quoi, même les toilettes peuvent désormais allier intelligence et durabilité.