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Robotique industrielle

La précision sur quatre pattes

ANYmal, le phénomène suisse de la robotique, montre comment les systèmes autonomes permettent aujourd’hui d’éviter des pertes se chiffrant en milliards.

Wilma Fasola

ANYbotics a déployé son robot autonome quadrupède ANYmal chez North Star BlueScope Steel
ANYbotics a déployé son robot autonome quadrupède ANYmal chez North Star BlueScope Steel, dans l’Ohio,  pour améliorer la sécurité et l’efficacité des inspections industrielles. ANYbotics

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La maintenance industrielle est à l’aube d’un changement de paradigme en passant de la réparation réactive à une surveillance autonome et continue. Ce qui devient de plus en plus une référence dans l’inspection des installations énergétiques, des usines chimiques et des plateformes offshore a vu le jour dans les laboratoires de l’EPFZ. Le spin-off ANYbotics a réussi le passage de la recherche académique à la réalité industrielle.
Alors que les robots traditionnels à roues ou à chenilles atteignent leurs limites face aux escaliers et aux obstacles complexes, le robot quadrupède ANYmal imite la mobilité des modèles biologiques. Ce n’est pas un gadget, mais un instrument de mesure et d’inspection de haute précision, conçu pour travailler dans des environnements trop dangereux ou trop monotones pour les humains.
L’entreprise est basée dans le quartier d’Oerlikon, à Zurich, et met l’accent sur le développement de logiciels et de matériel, avec pour objectif que les infrastructures critiques puissent fonctionner sans arrêts imprévus.

Réussite

ANYbotics, spin-off de l’EPFZ créé en 2016, compte plus de 200 employés et a déjà levé environ 120 millions de francs suisses.

Protection contre des pertes de plusieurs milliards

Mais qu’est-ce qui rend ANYbotics si performant, et pourquoi les grands groupes investissent-ils des millions dans cette technologie? La réponse tient à une réduction radicale des risques et des coûts. Péter Fankhauser, cofondateur et CEO d’ANYbotics, décrit ainsi la motivation initiale: «Notre vision était de construire des robots capables de se déplacer naturellement dans des environnements quotidiens.» Mais la recherche s’est rapidement transformée en un cas d’usage concret.

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Dans de grandes installations comme les raffineries ou les parcs éoliens offshore, les capteurs sont souvent installés de manière statique, laissant des zones non couvertes. «Il faut en réalité un capteur mobile, capable de parcourir l’installation comme un humain, tout en analysant les données avec encore plus de précision et sans mettre personne en danger», explique Péter Fankhauser.
L’objectif est de soulager les employés des tâches routinières à risque tout en améliorant la qualité des données. «La disponibilité des installations est assurée par des données qu’un humain ne pourrait même pas collecter. ANYmal détecte, par exemple, des défauts de roulements dans la gamme des ultrasons ou identifie, grâce à la thermographie, les plus petites variations de température avant qu’un incendie ne se déclare.»
Tout cela repose sur une méthode qui combine la robotique et l’intelligence artificielle d’une manière encore impensable il y a quelques années. Une avancée décisive a été l’utilisation du deep reinforcement learning. Au lieu de programmer rigidement chaque mouvement, la machine apprend à marcher de manière autonome en simulation. «Toute la motricité est apprise par le robot; un réseau neuronal exécute ces mouvements», précise l’entrepreneur.

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Mais le matériel n’est que le ­véhicule, car le véritable travail se situe dans le traitement des données. «Avec notre flotte, nous collectons plus de 150 000 points d’inspection par mois. Aucun humain ne pourrait analyser un tel volume d’informations.» L’IA transforme ces données brutes en informations exploitables.
Actuellement, le système agit comme un assistant intelligent: les missions se déroulent de manière autonome, les anomalies sont signalées, mais l’évaluation finale reste entre les mains de l’humain. Une étape importante a été franchie avec le développement d’un nouveau robot destiné à l’industrie chimique et gazière, certifié pour une utilisation dans des zones à risque d’explosion.
Le parcours d’ANYbotics montre que la souveraineté technologique ne se construit pas uniquement dans la Silicon Valley. Avec plus de 200 employés et environ 120 millions de francs suisses levés auprès d’investisseurs, l’équipe a démontré que la précision suisse et l’IA moderne peuvent combler un vide sur le marché mondial.
L’acceptation par les clients est désormais bien établie. «Aujourd’hui, pour les grands groupes, l’automatisation n’est plus liée à la question de savoir si elle doit être mise en œuvre, mais un mandat stratégique», conclut Péter Fankhauser.

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