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Charles Millo a repris la direction de Fleuriot Fleurs il y a quatre ans. Les activités en ligne montent en puissance. © Stéphanie Liphardt

Les PME prometteuses de Genève (2)

Qu’elles soient actives dans les technologies de pointe ou des activités séculaires, les PME genevoises misent sur la haute valeur ajoutée de leurs services.

Le canton de Genève compte près de 35 000 entreprises. Parmi elles, les PME contribuent de manière importante à l’essor de l’économie locale. Des entreprises centenaires ou bien établies comme Perrot Duval et Infomaniak aux start-up numériques, en passant par les entreprises innovantes biotech, l’environnement entrepreneurial genevois se distingue par la variété des secteurs d’activité et des compétences de ses protagonistes. Blockchain, internet des objets ou cybersécurité: autant de mots-clés qui indiquent l’expertise des PME genevoises dans le développement des technologies numériques innovantes.

 

Fleuriot Fleurs

  • Domaine d’activité: arrangement floral et vente
  • Aspects prometteurs: implantation dans des lieux stratégiques, vente en ligne en développement
  • Fondation: 1920
  • Direction: Charles Millo
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 50

Chaque année, plus de 5 millions de fleurs coupées passent entre les mains de la cinquantaine d’employés de Fleuriot Fleurs. Cette institution genevoise commercialise végétaux en pots ou en bouquets depuis près d’un siècle dans son magasin de la rue de la Corraterie. Elle en exploite deux autres, situés à l’aéroport et à la gare de Genève. Une quatrième enseigne ouvrira ses portes en décembre 2019, dans la nouvelle gare du quartier des Eaux-Vives. «La fleur reste un achat coup de cœur. Il faut être installé là où les gens passent», souligne Charles Millo, qui a repris la direction de Fleuriot Fleurs il y a quatre ans. Une casquette qui s’est ajoutée à ses fonctions de dirigeant de deux autres sociétés, l’une spécialisée dans la production et la vente de végétaux, l’autre dans la production d’électricité verte à partir du méthane. Les trois entités sont distinctes, mais permettent certaines synergies.

L’entrepreneur envisage ainsi de remplacer la flotte de véhicules de Fleuriot par des modèles alimentés au biogaz. «Le développement durable est un aspect très important pour notre entreprise. Nous avons mis en place un atelier centralisé qui nous permet d’acheminer fleurs et matériel avec de plus petits véhicules. Nous étudions aussi comment supprimer la consommation de matières plastiques.»

La PME a renforcé également ses activités en ligne. Aux newsletters, jeux-concours et une forte présence sur les réseaux sociaux s’ajoute un site régulièrement mis à jour. «Les ventes en ligne représentent un peu moins de 5% de notre chiffre d’affaires, alors que nous visons les 10%. Mais grâce aux dernières améliorations apportées, nous avons enregistré une augmentation de 40% de nos ventes sur le web depuis le mois de juin.» Président de l’association Commerce & Qualité, Charles Millo se montre optimiste pour l’avenir. «Il faut être en adéquation avec notre clientèle, tout en restant fidèles à notre créneau de qualité, fraîcheur et service haut de gamme.»


Kapaw

Geoffrey Moret, fondateur et directeur de Kapaw (au centre), revendique une manière d’informer avec un ton frais et léger.  © Stéphanie Liphardt
  • Domaine d’activité: médias
  • Aspect prometteur: la diffusion de vidéos d’information destinées aux millennials qui atteignent les 4 millions de vues mensuelles
  • Fondation: 2016
  • Direction: Geoffrey Moret
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 10

Kapaw résonne comme un coup de poing balancé dans une bande dessinée. C’est que l’équipe de la start-up genevoise veut chambouler le paysage médiatique suisse. «Notre ambition à terme est de rivaliser avec les grands groupes comme Ringier ou Tamedia», lance avec aplomb Geoffrey Moret, directeur et cofondateur. La jeune entreprise se spécialise dans la création de contenus d’information destinés aux jeunes de 18 à 35 ans qui se sont détournés des médias traditionnels. «Nous avons suivi le boom de plateformes comme Vice ou Buzzfeed aux Etats-Unis et nous nous sommes dit qu’il y avait un créneau à occuper au niveau suisse.»

Les activités de la start-up, qui compte aujourd’hui dix collaborateurs répartis entre Genève et Zurich, ont débuté en 2017, exclusivement sur Facebook et Instagram. «Pour toucher notre public cible, nous nous sommes adaptés aux codes de consommation d’aujourd’hui: à savoir le mobile, les réseaux sociaux et la vidéo. Mais si demain les jeunes se remettent à lire le journal, nous n’hésiterons pas à lancer le nôtre.» L’équipe rédactionnelle revendique une manière d’informer avec un ton frais et léger, «comme on raconterait l’actualité à ses potes». Elle atteint aujourd’hui 310 000 jeunes Suisses par semaine et enregistre 4 millions de vues mensuelles pour ses vidéos proposées aussi bien en français qu’en allemand. «Nous sommes premiers sur la tranche d’âge des millennials, loin devant nos concurrents en Suisse, surtout en termes d’interactions et de partages de nos contenus.»

Pour l’heure, le modèle d’affaires de Kapaw repose sur la publicité, et notamment les contenus sponsorisés par des sociétés comme la Banque cantonale vaudoise, le Groupe Mutuel ou La Poste. Comptant le groupe Edipresse comme actionnaire minoritaire, la start-up lancera l’an prochain un site web dédié, qui marquera son entrée dans les médias écrits. Elle prévoit également de déployer ses activités en France et en Allemagne dans un futur proche. Elle ne s’interdit pas non plus de rendre ses contenus payants à l’avenir.


Addex Therapeutics

Tim Dyer, directeur © DR
  • Domaine d’activité: biopharma
  • Aspect prometteur: levée de 40 millions de francs début 2018, redéploiement des activités
  • Fondation: 2002
  • Direction: Tim Dyer
  • Lieu: Plan-les-Ouates/Campus Biotech
  • Nombre d’employés: 20

«Nous testons actuellement le Dipraglurant, une molécule traitant la dyskinésie, soit les troubles du mouvement, chez les patients atteints de la maladie de Parkinson», explique Tim Dyer, directeur général d’Addex Therapeutics. Après une période difficile de cinq ans et le licenciement de nombreux collaborateurs en 2013, le laboratoire, hébergé par le Campus Biotech, a réussi à lever plus de 40 millions de fonds en début d’année. Un véritable tournant effectué notamment grâce à deux fonds d’investissement américains spécialisés dans le secteur des biotechnologies.

La rentrée financière va permettre aux chercheurs de lancer le Dipraglurant en phase d’essai clinique l’année prochaine, «pour une commercialisation d’ici à cinq ans». L’entreprise étudie par ailleurs l’effet de la molécule ADX71441 sur l’alcoolisme et l’addiction à la cocaïne, son domaine de spécialisation initial. Des recherches effectuées en partenariat avec la société anglo-américaine Indivior, leader mondial dans le domaine.


Cadschool

Cédric Millioud, codirecteur © DR
  • Domaine d’activité: formations multimédias
  • Aspect prometteur: compte des clients prestigieux, tels que le CERN, RTS, Palexpo, Piaget, Clarins ou Genève Aéroport
  • Fondation: 1998
  • Direction: Mina Maiwand, Cédric Millioud
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 26

«Il y a vingt ans, Mina Maiwand, la fondatrice de Cadschool, a débuté avec quatre ordinateurs dans un petit local. Aujourd’hui, nous avons neuf salles, plus de 20 formateurs et proposons cinq filières de formation multimédia ainsi que plus de 60 stages en entreprise par année», explique Cédric Millioud, codirecteur et repreneur de l’entreprise. Que ce soit dans le domaine de la publication et la conception assistée par ordinateur, de la postproduction, de la bureautique ou de la création de sites web, le nombre de compétences enseignées ne cesse d’augmenter.

L’entreprise a enregistré une croissance de 20% ces deux dernières années, et le directeur espère poursuivre ce développement. «Nos nouveaux locaux nous permettent d’augmenter notre offre. Nous allons aussi renforcer nos partenariats avec les entreprises.» Depuis une année, Cadschool pratique une nouvelle stratégie de communication, activité sur les réseaux sociaux et publicité via les transports publics à l’appui. «Nous voulons montrer ce que nous savons faire en termes de marketing numérique, puisque c’est l’une des forces.»


EverdreamSoft

Shaban Shaame, directeur © DR
  • Domaine d’activité: jeux vidéo et blockchain
  • Aspect prometteur: pionnier dans l’intégration de la technologie blockchain dans le domaine des jeux en ligne
  • Fondation: 2010
  • Direction: Shaban Shaame
  • Lieu: Genève, et employés en France, aux Pays-Bas et au Japon
  • Nombre d’employés: 20

EverdreamSoft a été fondée en 2010, alors que le smartphone arrive en Suisse. Shaban Shaame, 25 ans à l’époque, perçoit les opportunités liées au développement des applications et des jeux en ligne. Il se lance sur le marché avec le jeu Moonga, qui comptabilisera en tout près de 250'000 téléchargements dans le monde. Mais face à une concurrence grandissante, EverdreamSoft doit innover. «Nous avons tout de suite perçu l’important changement de paradigme économique que la technologie blockchain pouvait provoquer.»

La start-up décide de l’utiliser pour garantir des échanges sécurisés de ses cartes de jeu virtuelles. Elle crée d’ailleurs sa propre cryptomonnaie, le BitCrystals, lors d’une levée de fonds qui lui a permis d’engranger 350'000 francs en 2015. EverdreamSoft est ainsi la première entreprise au monde à avoir intégré la blockchain pour sécuriser des avoirs numériques associés à un jeu mobile. Elle a récemment été invitée au sein d’un programme d’accompagnement de start-up du géant français Ubisoft, sur le campus Station F à Paris.


TieTalent

Marc Trillou, directeur © DR
  • Domaine d’activité: marché en ligne du recrutement
  • Fondation: 2017
  • Aspect prometteur: développe une plateforme de recrutement utilisant l’intelligence artificielle
  • Direction: Marc Trillou
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 8

Combiner technologie de pointe et expertise humaine pour simplifier le recrutement, tel est le concept de TieTalent. La start-up, créée par Jovana Rotula et Marc Trillou, propose une plateforme qui met instantanément en contact des employeurs et des candidats, grâce à un système de «match» reposant sur une intelligence artificielle développée en interne et des agents de talent.

La plateforme est en ligne depuis mi-septembre et rassemble déjà des milliers de profils. «Notre technique représente une économie de temps et d’argent, résume Marc Trillou. Les candidats ne passent plus des heures à chercher des annonces et à postuler à des dizaines de jobs en ligne. Les employeurs ne perdent plus de temps à trier les candidatures non pertinentes, sans avoir à investir dans des chasseurs de têtes.» La plateforme s’adresse aux métiers du numérique, un secteur en pleine croissance. Après une récente levée de fonds de 250'000 francs, l’entreprise prévoit de s’étendre en Suisse alémanique dans les prochains mois, et en Europe d’ici à 2020. «Nous espérons atteindre la profitabilité dès l’an prochain.»


MB&F

Maximilian Büsser, directeur © DR
  • Domaine d’activité: horlogerie
  • Aspect prometteur: modèles de montres innovants
  • Fondation: 2005
  • Direction: Maximilian Büsser
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 25

Horological Machine No 9 «Flow», la dernière création de Maximilian Büsser & Friends, est inspirée des caractéristiques esthétiques des automobiles du milieu du XXe siècle. Le boîtier de la montre est divisé en deux axes séparés par un joint d’étanchéité tridimensionnel, une innovation inédite et brevetée. Les montres sont conçues et produites entièrement en Suisse. MB&F a aussi réalisé des partenariats créatifs avec Caran d’Ache et Reuge notamment, en imaginant un stylo et des boîtes à musique.

L’entreprise a également ouvert une galerie d’art mécanique à Genève en 2011, puis à Taipei (Taïwan), Dubaï et cette année à Hongkong. «Notre petite galerie à Genève réalise étonnamment 17% de notre chiffre d’affaires», remarque Maximilian Büsser, directeur et fondateur. Avec 225 montres vendues cette année et un chiffre d’affaires de 16,8 millions de francs, l’entreprise se porte bien. Pour le chef d’entreprise, la motivation se trouve cependant davantage dans la prise de risque et l’innovation que dans la recherche du profit. «Notre chiffre d’affaires est relativement stable depuis 2013, et ce, volontairement. Nous avons atteint un bon rythme et je souhaite consacrer plus de temps à ma famille.»


Orbiwise

Domenico Arpaia, directeur © DR
  • Domaine d’activité: internet des objets
  • Aspect prometteur: participe à mettre au point un réseau IoT en Argentine qui devrait couvrir tout le pays, filiales à Atlanta et Bombay
  • Fondation: 2014
  • Direction: Domenico Arpaia
  • Lieu: Plan-les-Ouates
  • Nombre d’employés: plus de 40 

«Notre principal client est le groupe Tata, en Inde, un conglomérat produisant 5% du PIB du pays. Actuellement, entre 300 et 400 millions de personnes sont couvertes par le réseau national indien qui utilise notre logiciel», souligne Didier Helal, cofondateur d’Orbiwise et actuel directeur des comptes stratégiques. L’entreprise se consacre au développement d’infrastructures pour l’internet des objets. «Nous vendons une solution logicielle qui permet à n’importe qui de devenir opérateur de communications sans fil. Notre logiciel s’utilise dans des bandes de fréquence sans licence, pour des réseaux privés en entreprise ou publics.»

L’innovation est double, car le réseau couvert par leur technologie n’est pas constitué de stations de base lourdes et complexes, mais miniatures, ultra-simplifiées et à bas coûts. L’entreprise, qui double son chiffre d’affaires chaque année, depuis sa création en 2014, est désormais présente partout dans le monde, ou presque, avec plusieurs projets d’envergure nationale au Canada, en Argentine, en Chine et en Australie, notamment.


Perrot Duval

Nicolas Eichenberger, directeur © DR
  • Domaine d’activité: automatisation
  • Aspect prometteur: hausse du chiffre d’affaires de 6,5% entre 2017 et 2018
  • Fondation: 1905
  • Direction: Nicolas Eichenberger
  • Lieu: Genève
  • Nombre d’employés: 239

Perrot Duval est la plus ancienne société suisse d’automobiles encore en activité. Retirée de son secteur d’activité historique depuis 1970, elle se concentre désormais sur l’automatisation de mouvements et de procédés. Avec 15 sociétés opérationnelles, actives principalement en Europe, mais aussi en Turquie, en Chine et aux Etats-Unis, l’entreprise a su se démarquer en investissant dans des secteurs de niche comme la robotique, la gestion d’inventaires automatisée ou les simulateurs de vol. «La majorité de notre concurrence internationale est orientée sur une approche de standardisation et de volumes», remarque Nicolas Eichenberger, actif dans l’entreprise depuis vingt-huit ans et président et administrateur délégué depuis 2008. «Nous nous démarquons grâce à notre rapport de proximité avec la clientèle et en présentant des solutions pratiquement cousues main.»

Perrot Duval a bouclé son dernier exercice avec un chiffre d’affaires de 49,5 millions de francs et une croissance de 6,5% par rapport à 2017.


WISeKey

Calors Creus Moreira, directeur © DR
  • Domaine d’activité: cybersécurité
  • Aspect prometteur: forte hausse de la clientèle en 2018, augmentation de 36% du chiffre d’affaires au 1er semestre 2018 par rapport à 2017
  • Fondation: 1999
  • Direction: Carlos Creus Moreira
  • Lieu: Cointrin
  • Nombre d’employés: 200, 32 à Genève

«Nous combinons microprocesseurs et cybersécurité, ce qui ne se faisait pas avant. Les entreprises proposaient soit l’un, soit l’autre. Cela nous permet d’installer notre solution dans des millions d’objets», détaille Carlos Creus Moreira, le CEO. WISeKey est active dans les domaines de la protection des données personnelles, de la protection des données des entreprises et de la blockchain.

L’entreprise fait partie des pionniers du marché de la cybersécurité. Avec une croissance d’environ 30% chaque année depuis trois ans et un chiffre d’affaires annuel de 55 millions de francs, Carlos Creus Moreira ne peut que se réjouir: «Il y aura potentiellement 30 milliards d’objets connectés d’ici à cinq ans. Pour l’instant, il y en a seulement 8 milliards, et WISeKey connecte déjà 1,2 milliard de puces.» L’entreprise compte aussi lancer sa propre cryptomonnaie, nommée Wisecoin. Une nouvelle technologie qui permettrait des transactions sécurisées entre objets connectés.