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Du CFC à la tête d’une entreprise: Oliviero Iubatti est la preuve qu’il est possible de gravir tous les échelons. © Stéphanie Liphardt

Un intrapreneur au parcours atypique

Le Tessinois Oliviero Iubatti est depuis presque trois ans à l’origine de la croissance fulgurante de Romande Energie Services. Il est aussi un grand amateur de triathlon et de vélo.

La poignée de main est franche et la démarche assurée. Oliviero Iubatti nous reçoit dans les nouveaux locaux de Romande Energie Services (RES), une société du groupe Romande Energie qu’il dirige depuis janvier 2017. «Nous avons emménagé il y a une semaine seulement, tous les travaux ne sont donc pas terminés», précise-t-il avec le léger accent de son Tessin natal. Le nouveau bâtiment est situé à Préverenges (VD), à l’emplacement d’un ancien site industriel. Il est équipé des dernières technologies disponibles en matière de transition énergétique. Les pièces, vastes et lumineuses, sont organisées en open space pour tous les collaborateurs.

L’ensemble est à l’image de la croissance fulgurante de la société, active dans un secteur qui a le vent en poupe: la transition et l’optimisation énergétiques. Elle propose une gamme complète de prestations autour du chauffage, de la climatisation, de la ventilation, électricité, automation, mais aussi des études techniques, de la rénovation, de la maintenance et de l’exploitation des bâtiments.

Un lanceur d’idées
En l’espace de deux ans seulement, le nombre de ses employés est passé de 35 à 310. Une réussite due en grande partie au dynamisme et au charisme d’Oliviero Iubatti. L’intrapreneur a su s’entourer d’une équipe soudée et motivée pour atteindre les objectifs de développement de l’entreprise. Dominique Ramuz, ami et collègue depuis de nombreuses années, ne tarit pas d’éloges à son sujet. «C’est un leader et un visionnaire, qui a souvent un temps d’avance sur beaucoup en matière de réflexion stratégique. Il pousse tout le monde à aller de l’avant et accorde une grande liberté à ses collaborateurs, ce qui crée un climat de confiance propice au succès.»

Oliviero Iubatti se décrit lui-même comme un chef «généreux et proche de ses employés», qu’il tutoie tous et réciproquement. Il se dit aussi «très optimiste». Trop même, peut-être. Il reconnaît en effet avoir parfois de la peine à dire non et donc se trouver à devoir travailler et solliciter énormément son équipe pour y faire face, ce qui peut également induire à l’erreur. Mais qu’importe. Le directeur de RES a une devise: «Errare humanum est, perseverare diabolicum», qui signifie «L’erreur est humaine, l’entêtement [dans son erreur] est diabolique». Il n’oublie jamais de se la rappeler. «Pour motiver ses collaborateurs, il faut des objectifs clairs, mais aussi laisser la place à l’erreur. Celle-ci n’est jamais sanctionnée, mais ne doit pas se répéter. J’accorde facilement ma confiance, mais je ne pardonne pas beaucoup si on en abuse», souligne Oliviero Iubatti.

Cette technique de management l’avait déjà conduit au succès avant son engagement à Romande Energie. En 2004, lorsqu’il hérite de la direction romande de l’entreprise LUWA, à Crissier, celle-ci est mal en point. En deux ans, il réorganise la structure et redresse la société. Il continuera d’y œuvrer en tant que directeur Suisse romande après son rachat par Alpiq InTec Romandie. A ce poste, il remet également sur les rails la société Atel Bornet. Il fait de même quelques années plus tard avec la filiale tessinoise d’Alpiq InTec. En tant que directeur Suisse romande, Tessin et Italie, il a alors 1100 employés sous sa responsabilité et gère une entité qui génère un chiffre d’affaires annuel de 260 millions de francs. Un parcours impressionnant. «Je suis un lanceur d’idées, j’adore innover et développer de nouvelles choses», glisse-t-il.

Fils d’émigrés italiens
Au départ, rien ne semblait prédestiner Oliviero Iubatti à cette réussite. Il naît en 1972 à Locarno dans une famille d’émigrés italiens. Son père est maçon et sa mère auxiliaire de santé. Tout en sirotant un café dans la salle de réunion flambant neuve de Préverenges, il se souvient d’une enfance «stricte» mais «empreinte de valeurs et du respect des autres». «A l’âge de 6 ou 7 ans, avec ma sœur, nous rentrions chaque midi à la maison pour préparer le repas à nos parents, qui travaillaient. C’était toute une organisation. J’ai dû apprendre à structurer mon temps.» Tous les samedis, il fait également des travaux de carrelage ou de maçonnerie avec son père à la maison. Aujourd’hui, il conserve une passion pour la cuisine italienne, qu’il aime préparer pour sa famille et ses amis. La pizza et le lapin-polenta sont ses mets favoris.

A 14 ans, il quitte l’école et fait deux apprentissages, de monteur en sanitaire et chauffage. Il sort premier de sa promotion, puis part une année à Zurich en tant que travailleur temporaire. «On m’avait promis 25 francs de l’heure, ce qui me semblait très bien à l’époque. Une fois sur place, cependant, tout n’a pas été aussi rose que prévu au niveau des conditions de vie. Mais ce fut malgré tout une belle expérience.» Il saute cependant sur l’occasion de retourner au Tessin lorsqu’on lui propose de passer une maturité technique à Bellinzone. Celle-ci en poche, il décide de poursuivre des études en génie thermique et industriel à l’école d’ingénieur d’Yverdon-les-Bains.

Pour motiver ses collaborateurs, il faut des objectifs clairs mais aussi laisser la place à l'erreur.

«J’ai dû m’accrocher, se remémore-t-il. Le niveau de mathématiques était très élevé, sans compter le problème de la langue.» Il en sort diplômé en 1998. L’année suivante, il se marie avec sa compagne Inès. De cette union naîtront deux enfants, en 2000 et 2003. Il commence aussi à travailler au service après-vente de l’entreprise LUWA. Un métier tout nouveau pour lui. «J’étais tellement concentré sur ma tâche qu’après un an, j’avais dépassé tous mes objectifs en matière de chiffre d’affaires et bénéfices.» S’ensuit une progression rapide qui le conduira, après cinq ans seulement, à la direction romande de la société. Avec le succès que l’on sait.

Oliviero Iubatti est la preuve qu’il est encore possible de parvenir au sommet de la pyramide en partant de la base et en gravissant tous les échelons. Il conseille donc souvent à ses apprentis d’élargir leurs perspectives en passant une maturité et un diplôme d’ingénieur. Ensuite? «Il faut y croire, se fixer des objectifs et travailler dur pour les réaliser.» Aujourd’hui, l’intrapreneur regrette cependant un peu de ne pas avoir suivi un cursus «normal», comprenant le gymnase et un passage par une EPF. Surtout pour l’enseignement de la culture générale, «qui n’est pas le même lorsqu’on passe un CFC».

Amateur de marathon
La vie du chef d’entreprise est réglée comme du papier à musique. Elle débute très tôt, vers 5h du matin. «J’ai besoin de peu de sommeil, cinq ou six heures tout au plus.» Il profite du petit jour pour faire du sport: de la course à pied ou du vélo. «J’ai besoin de faire de l’exercice pour réfléchir, me défouler et rester en forme. Mon travail demande aussi une bonne condition physique et mentale.» Il est notamment un grand amateur du marathon des Dolomites, auquel il a participé à huit reprises. Il pratique aussi le triathlon. Son défi, en 2019, est de prendre part à l’Ironman de Cervia, en Italie. Pour se préparer au mieux, l’intrapreneur s’est adjoint les services d’un entraîneur privé. Pas étonnant, selon ses proches. «Oliviero est quelqu’un qui cherche toujours à aller au bout de lui-même et à relever de nouveaux défis, dans le sport comme au travail. Une fois qu’il s’est fixé un objectif, il se donne les moyens et persévère jusqu’au bout pour parvenir à le réaliser», confie Lionel Romanens, un ami de longue date et ancien collègue chez Alpiq, qui l’a initié au vélo.

Il y a quelques années, Oliviero Iubatti a aussi acheté une vieille COX cabriolet, voiture datant des années 1970, qu’il a retapée. Pour se ressourcer, il prend parfois la route avec ses enfants et son épouse pour découvrir de nouvelles contrées. Au quotidien, malgré une vie menée à cent à l’heure, il dit chercher en permanence un équilibre entre ses vies professionnelle et familiale. Avec RES, il souhaite continuer sur la lancée des deux dernières années. Il envisage une équipe composée de 450 ou 500 collaborateurs. Aujourd’hui, la société «n’est pas loin de l’équilibre». A terme, son ambition est clairement affichée: «Nous visons le top 3 des entreprises de services énergétiques en Suisse romande.»