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Avec Alexandre Bonvin, KissKiss a de grands projets d'expansion. © Stéphanie Liphardt

Alexandre Bonvin, un jeune homme audacieux

Ce spécialiste du private equity a racheté KissKiss, le site de vente en ligne d’articles érotiques, ainsi que deux sociétés de e-commerce à Nyon.

La vie d’Alexandre Bonvin est plutôt bien remplie ces derniers mois. Le jeune homme, qui fêtera bientôt ses 26 ans et qui se décrit lui-même en riant comme une personne «légèrement hyperactive», a racheté à la fin de l’été dernier KissKiss, la société valaisanne spécialisée dans la vente en ligne de sexe-toys et d’articles érotiques. Et début avril, cet ancien professionnel du private equity – qui a étudié à la prestigieuse London Business School – vient de finaliser l’acquisition de StickerKid et de StickerYeti, deux petites PME basées à Nyon d’e-commerce d’étiquettes personnalisées pour le grand public et les entreprises.

Expertise dans le marketing digital

Des opérations purement financières pour un «fils de» en quête de légitimité entrepreneuriale? «J’ai fait mes armes chez Investis, la société de mon père (le promoteur valaisan Stéphane Bonvin, ndlr), pour qui j’ai notamment œuvré à la création du nouvel espace de coworking Our Place, à Morges, mais j’ai cessé toutes mes activités opérationnelles chez Investis pour me concentrer sur mes projets personnels», explique sans détour Alexandre Bonvin. Il ne renie pas pour autant son héritage familial en termes de «gène entrepreneurial», lui qui a cofondé sa première société, The Green Van (dans la restauration food truck), à l’âge de 21 ans.

«Je suis de nature curieuse, j’adore créer, apprendre et varier les activités, mais j’essaie toujours de garder un fil conducteur», ajoute-t-il. Une philosophie qu’il applique parfaitement à la reprise (pour un montant non dévoilé) de KissKiss, StickerKid et StickerYeti. Trois sociétés qui ont un point commun: être actives dans l’e-commerce, un secteur appelé à se développer toujours plus en Suisse, mais où les compétences, notamment en marketing digital, sont encore rares. «KissKiss, qui fête cette année ses 10 ans d’existence, a une équipe d’une quinzaine d’employés qui disposent d’un savoir-faire numérique solide. A terme, mon ambition est de créer un pôle de compétences en marketing digital, ainsi que logistique, dont l’expertise chapeauterait plusieurs marques suisses regroupées au sein d’une holding.»

C’est donc avec une vision très cohérente en tête qu’Alexandre Bonvin s’est mis en quête de sociétés d’e-commerce à racheter, «des petites entreprises de niche qui n’intéressent ni les grands groupes ni le private equity». Une connaissance commune aux fondateurs de KissKiss le mettra d’abord en contact avec ces derniers. «L’un de nos associés voulait complètement changer de vie, faire un tour du monde, raconte Tristan Barras, cofondateur. Je suis père de famille et avec Simon Jacquier, l’autre cofondateur, nous n’avions pas envie de nous endetter pour racheter ses parts. Les choses se sont faites petit à petit, nous avons discuté avec plusieurs repreneurs potentiels et nous sommes convaincus d’avoir fait le bon choix avec Alexandre, notamment pour nous accompagner dans notre croissance, en Suisse et en Europe.»

Génération «millennials»

Même son de cloche auprès des dirigeants de StickerKid et de StickerYeti, Dörthe et Christian Berlovan. «Deux raisons nous ont poussés à vendre nos deux sociétés: nous étions à la recherche de la bonne personne qui nous aide à accélérer notre business, explique Dörthe Berlovan. Et nous sommes parents de deux petits enfants en bas âge, à qui nous aimerions aussi consacrer du temps.» Le couple, tout comme les deux cofondateurs de KissKiss, reste donc aux manettes des deux sociétés, pour lesquelles il nourrit, avec l’appui stratégique et financier d’Alexandre Bonvin, de grandes ambitions de développement.

L’Espagne est un marché intéressant pour les sexetoys et articles érotiques.

Ainsi, KissKiss, qui est déjà l’un des plus grands sites de vente en ligne d’articles érotiques en Suisse – l’autre acteur majeur du secteur est Amorana, à Zurich – avec plus de 300 000 clients et 9000 références, prévoit de quadrupler d’ici à un an la surface de ses locaux, toujours dans la zone industrielle de Sierre. «Nous avons encore un potentiel de développement en Suisse, notamment en visant une nouvelle clientèle dans la vente de lingerie et de calendriers coquins, un article qui a beaucoup de succès à Noël», ajoute Tristan Barras. Autre projet: ouvrir une succursale et un entrepôt en Espagne en 2020, «un pays où la concurrence dans ce domaine est moins vive et où il y a beaucoup de compétences IT parmi les jeunes, qui subissent un fort chômage», poursuit Alexandre Bonvin. Objectif de croissance pour cette année:  +10% (plus de 11 millions de francs de chiffre d’affaires en 2018).

Du côté de StickerKid et de StickerYeti, qui comptent une dizaine d’employés et cumulent un chiffre d’affaires de 6 millions de francs en 2018, les prévisions tablent sur une croissance des ventes de plus de 50% cette année! Les étiquettes en vinyle, destinées par exemple à indiquer les noms sur les habits, les cahiers et les cartables des enfants, remportent déjà un joli succès en Suisse et dans une quinzaine de pays. D’autres marchés devraient rapidement suivre, et ceci notamment par le biais d’un marketing digital plus intensif sur les réseaux sociaux. «Une grosse partie des ventes sont générées via Adwords, Facebook et Instagram, note Alexandre Bonvin. Aujourd’hui, les outils d’analyse sont très performants sur les réseaux sociaux, permettant de cibler de manière précise les publics et d’avoir le retour d’une campagne extrêmement rapidement.»

Objectif: cinq à dix sociétés

Outre ces nouvelles acquisitions, Alexandre Bonvin continue à cogérer la première société qu’il a cofondée, The Green Van Company, qui compte aujourd’hui un restaurant, dans le quartier du Flon à Lausanne, et deux food trucks. Deux nouveaux restaurants, à Genève et à Crissier, ainsi que deux nouveaux food trucks devraient étoffer l’offre de ces enseignes de salades, sandwichs et burgers misant sur des produits locaux de qualité et si possible de saison. Là encore, un accent particulier a été mis sur les réseaux sociaux, qui ont d’ailleurs contribué grandement au succès du concept. «L’un de mes atouts, c’est que j’appartiens à cette génération dite des millennials, ce qui me permet de comprendre parfaitement les nouvelles habitudes de consommation qui bouleversent la donne dans le commerce», ajoute le jeune homme.

Et s’il va se concentrer pleinement sur le développement des trois sociétés ces prochains mois, Alexandre Bonvin ne garde pas moins dans le viseur sa stratégie à plus long terme, à savoir le rachat d’une société par an. «Ma vision d’ici à 5 ans? Regrouper au sein de ma holding entre cinq et dix sociétés», affirme-t-il. Une holding qu’il a très justement baptisée… Audacia.