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La parité euro-franc va-t-elle devenir une réalité?

Un franc toujours fort, voire toujours plus fort, c’est une réalité à laquelle les entreprises suisses doivent s’habituer. Depuis 2010, le taux de change effectif réel s’est particulièrement renforcé.

Principale monnaie des échanges avec l’étranger, l’euro s’est déprécié en dix ans de près de 30% par rapport au franc. Après avoir retrouvé quelques couleurs depuis le printemps 2017, il évolue régulièrement sous la barre de 1,10 franc. Les indicateurs avancés de l’économie montrent qu’il pourrait se stabiliser d’ici à la fin de l’année. Mais l’euro pâtit des tensions géopolitiques et du ralentissement économique mondial qui affecte une zone euro globalement sensible à l’évolution du commerce international. Il pourrait ainsi connaître encore des faiblesses.

La BNS se tient prête

Si la Banque nationale suisse n’a pas emboîté le pas à sa consœur européenne en septembre et a laissé son taux directeur inchangé à -0,75%, elle a répété qu’elle «restait disposée à intervenir au besoin sur le marché des changes». Ce qu’elle semble faire, puisque le franc ne s’est pas particulièrement apprécié depuis. Ces éléments pourraient suggérer qu’elle tente de maintenir le franc autour de 1,08 franc. Le laissera-t-elle ensuite fluctuer dans une bande plus large allant de 1,00 à 1,10 franc? Jusqu’à quand? La BNS laisse visiblement un certain temps d’adaptation aux entreprises entre deux «paliers».

A la problématique des changes s’ajoute celle des taux d’intérêt bas. Fin septembre, la majeure partie des obligations de la Confédération affichaient un rendement négatif. Depuis cet été, même celles à 50 ans vivent la plupart du temps dans le rouge. Les emprunts d’entreprises sont également souvent négociés sur le marché sans prime reflétant le réel niveau de risque. Un chiffre est d’ailleurs explicite: 11% des obligations mondiales investment grade affichent un rendement négatif. Une situation qui connaît quelques exagérations, mais qui devrait perdurer encore de nombreux trimestres.

Lorsqu’un responsable des finances établit un budget ou qu’un entrepreneur s’apprête à signer un contrat avec une entreprise d’un pays voisin, ces questions ne peuvent être évincées en se disant que de toute façon la BNS sera toujours là. Il n’y a qu’à se souvenir du 15 janvier 2015 et de l’abandon du taux plancher.

Difficile pour l’industrie

L’économie suisse a démontré une certaine capacité à s’adapter au franc fort, même si chaque mouvement important a tout de même pesé sur le moral des acteurs économiques. C’est notamment vrai dans la durée, mais toutes les branches ne sont pas égales devant la force du franc. La situation de l’industrie des machines le démontre. Elle souffre du ralentissement mondial – et allemand. Toutes les entreprises n’ont pas la possibilité d’arbitrer leurs dépenses sur plusieurs zones monétaires. Toutes n’ont pas forcément une position qui leur permette de maîtriser la fixation de leurs prix. Et que dire d’une réalité qui se prolonge? Les mesures prises en 2015 peuvent-elles être réitérées? Les conditions-cadres permettent-elles toujours aux entreprises de poursuivre leurs efforts d’adaptation? Une longue période d’érosion des marges finit-elle, par exemple, inévitablement par diminuer la capacité d’innovation d’une entreprise?

Elaborer différents scénarios ne signifie pas être catastrophiste. La démarche permet d’évaluer les conséquences, pour une entreprise, d’un mouvement sur le front des taux – qu’ils soient de change ou d’intérêt. Anticiper permet de se préparer à agir avec des processus posés, à défaut d’être forcément rodés. Peut-être qu’une couverture d’un contrat en euros est nécessaire? Anticiper permet également de détecter des opportunités afin de saisir le bon moment pour constituer des réserves en euros ou de renouveler une ligne de crédit.