Le bitcoin a atteint au printemps de nouveaux sommets, en passant au-dessus de la barre des 71'000 dollars, un record. La capitalisation boursière de cette cryptomonnaie s’élève aujourd’hui à 1,24 billion de dollars, ce qui correspond à la moitié de la capitalisation du marché mondial des cryptomonnaies, selon la plateforme spécialisée CoinGecko.

De fait, ce marché devrait continuer à croître à un taux annuel de 12,5% jusqu’à la fin de cette décennie, selon le cabinet américain Grand View Research. Un secteur sur lequel l’entreprise genevoise Taurus est particulièrement bien positionnée. La fintech développe une solution technologique qui simplifie la vie aux banques et aux entreprises intéressées par le stockage et la gestion d’actifs numériques. Dès 2021, elle a ainsi créé une place de marché indépendante qui permet d’échanger des valeurs numériques, baptisée Taurus Digital eXchange (TDX).

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L’entreprise revendique aujourd’hui 50% de ce marché en Suisse

«Taurus est née de la perception que le secteur des actifs financiers traditionnels allait converger avec celui des actifs numériques, et que ce business allait connaître une forme de réglementation pour pouvoir toucher un public toujours plus large, explique Lamine Brahimi, cofondateur et directeur associé de Taurus. Nous ne sommes pas des cryptoanarchistes, contrairement aux early adopters du bitcoin, mais plutôt des ingénieurs qui ont énormément travaillé pour mettre au point une technologie solide et sécurisée.» S’y est ajouté un important travail au sein de la Capital Markets and Technology Association (CMTA) pour faire évoluer le cadre législatif suisse de manière à favoriser les possibilités d’innovation en matière d’actifs numériques.

La solution mise au point par Taurus s’interface avec les principaux logiciels de core banking du marché (Temenos, Avaloq, Finnova, etc.). Elle permet à ses clients, parmi lesquels Swissquote, Vontobel ou la banque Santander, d’émettre, de gérer et de négocier des actifs tokenisés, des cryptomonnaies et autres monnaies numériques en quelques clics.

«Ce qui fait notre spécificité, c’est que notre entreprise possède un ADN lié à l’ingénierie. Notre cofondateur Jean-Philippe Aumasson fait partie des experts mondiaux en cryptographie et 70% de notre équipe d’environ 90 personnes est composée d’ingénieurs. Aussi, toute notre activité de développement est basée en Suisse.» Un point qui demeure apprécié par certains clients en ces temps d’instabilité géopolitique.

Echange d'actifs

L’autre moitié du modèle d’affaires de la société genevoise concerne le développement de sa plateforme TDX. Celle-ci sert à échanger différents actifs numériques: actions, obligations, produits structurés. Elle permet de réaliser des levées sous un format numérique (Security Token Offering) via TDX pour des entreprises qui n’ont pas la taille suffisante pour une introduction en bourse, à l’instar de la société d’e-commerce vaudoise Qoqa ou de l’entreprise de livraison Magic-Tomato à Genève. «A ce jour, nous avons mené une vingtaine d’émissions, pour un total de 1 milliard de francs de valeur, précise Lamine Brahimi. Nous collaborons aussi avec des PME qui souhaitent mettre en place des plans de participation numérisés au profit de leurs employés, et allons lancer prochainement la tokenisation d’actifs immobiliers, en partenariat avec la société Swissroc.»

«Les acteurs financiers traditionnels veulent tous se lancer dans les cryptoactifs.»

 

Taurus Digital eXchange a reçu en début d’année l’approbation réglementaire de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) pour ouvrir ses échanges aux clients de détail, une première dans ce secteur. De quoi permettre aux particuliers d’acheter et de revendre les jetons numériques émis via TDX et de contribuer à l’essor du volume des transactions.

«Les acteurs financiers traditionnels veulent tous se lancer dans le domaine des cryptoactifs. De ce point de vue, le positionnement de Taurus est très intelligent, analyse Cyril Dieumegard, consultant et formateur dans le domaine des technologies liées au web3, basé à Genève. D’autant plus que nous n’en sommes qu’au début de l’adoption des actifs numériques par le grand public. Les solutions développées par Taurus ont l’avantage de résoudre la complexité de ce domaine pour les non-initiés. En contrepartie, le stockage de ces données soulève des risques de sécurité et s’éloigne de la philosophie décentralisée et libertaire des promoteurs initiaux du bitcoin.»

Entreprise en expansion

L’an dernier, la fintech a levé 65 millions de francs auprès notamment de la Deutsche Bank et de la banque genevoise Pictet. «Cette levée de fonds nous permet d’agir sur les trois priorités que sont le recrutement, l’internationalisation et le développement de nos services, explique Lamine Brahimi. Premièrement, nous continuons à engager des talents, et devrions atteindre le nombre de 100 employés d’ici à la fin de cette année.»

Ce tour de financement a également permis d’accélérer l’expansion de l’entreprise genevoise à travers le monde. «Nous avons ouvert quatre bureaux à l’étranger au cours des douze derniers mois – à Paris, à Londres, à Francfort et à Dubaï –, et prévoyons d’en inaugurer deux autres en Turquie et en Amérique du Nord. Enfin, comme le marché connaît une consolidation, les sommes investies nous permettent d’agir si une opportunité intéressante se présente pour compléter notre offre.»

Lexique digital

Blockchain
Technologie de stockage et de transmission d’informations de manière transparente, sécurisée et décentralisée.

Cryptomonnaie
Monnaie numérique basée sur la technologie blockchain, conçue pour fonctionner comme un moyen d’échange sécurisé et décentralisé.

Bitcoin
La première et la plus célèbre des cryptomonnaies a été créée en 2009 par Satoshi Nakamoto.

Tokenisation
Le processus de représentation d’actifs physiques (titres, propriétés, etc.) ou virtuels sous forme de jetons numériques sur une blockchain.

STO (Security Token Offering)
Méthode de levée de fonds offrant la possibilité à un investisseur de souscrire en ligne et d’acheter des titres tokenisés sous la forme de jetons numériques.

Web3
Evolution vers un internet décentralisé, basé sur la technologie blockchain, qui vise à favoriser des interactions sécurisées grâce à la cryptographie et aux smart contracts.

EF
Erik Freudenreich