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«90% des avalanches sont causées par des skieurs ou des randonneurs»

Le champion du monde de freeride Dominique Perret a lancé WEMountain, un programme de formation mêlant cours en ligne et pratique en montagne. Objectif: améliorer la sécurité du ski de randonnée.

Carré blanc

Bruno Delaby

Dominique Perret
DR

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«Au moment de prendre ma retraite du ski freeride, j’avais perdu une trentaine d’amis dans des avalanches. J’avais alors 52 ans et je me suis rendu compte d’une contradiction fondamentale: alors même que la pratique est risquée par nature, elle ne demande aucune formation ni prérequis pour démarrer. Même le golf prévoit des règles d’accès plus strictes: il faut passer un examen avant de s’élancer sur le green. C’est ainsi qu’a germé l’idée d’une formation visant à réduire les risques liés à ce sport.

Dans les années 1990, le freeride et le ski de randonnée étaient des pratiques de niche. Aujourd’hui, on estime à 2,8 millions le nombre de pratiquants en Europe. On recense aussi presque 200 morts chaque année dans les Alpes et en Amérique du Nord. Il fallait donc mettre au point une formation utile au plus grand nombre et facilement exportable, à l’image du PADI, une méthode universelle qui permet de reconnaître la capacité d’une personne à pratiquer la plongée sous-marine partout dans le monde. Je me suis entouré d’une cinquantaine de spécialistes du monde entier, des guides de montagne, des médecins, mais également des psychologues et des experts en gestion du risque. En 2018, après trois ans de travail, le projet était prêt à être lancé.

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D’abord imaginés en présentiel, les cours sont passés en digital avec l’arrivée de la pandémie et la généralisation des formations en ligne. J’ai été rejoint par mon ami et collègue Ariel Arazi. Passionné de ski, il avait lui aussi constaté le manque de formation dans ce domaine lorsque ses enfants se sont intéressés au freeride. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de lancer la société WEMountain, persuadés que l’affaire pouvait prendre une dimension internationale. Nous souhaitions privilégier une approche globale: nos deux cours principaux combinent plusieurs modules en ligne. Ensuite, les pratiquants peuvent suivre une partie pratique encadrée par des instructeurs au sein d’écoles de ski partenaires. Les cours sont composés de trois modules principaux. Le premier module aborde la prévention du risque d’avalanche. Ce chapitre concentre à lui seul la majorité du cours. Cette partie est très importante à mes yeux. On estime que 90% des avalanches sont déclenchées par des skieurs ou des randonneurs! Les deuxième et troisième modules apprennent aux freeriders à bien réagir en cas de sinistre, aussi bien en tant que victime que comme sauveteur. On y aborde le sondage, le dégagement, les premiers secours, ainsi que la communication et les questions juridiques. Nous rappelons notamment que déclencher une avalanche peut être puni par la loi et entraîner des frais considérables, voire une peine de prison s’il y a des victimes.

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Une fois cette nouvelle mouture prête à l’emploi, il restait un défi de taille: convaincre les adeptes du freeride de participer au projet. Dans ce petit monde, la liberté et la prise de risque sont élevées au rang d’arts de vivre presque intouchables. Mon idée d’une formation s’adressant au plus grand nombre a d’abord été accueillie avec réserve. Certaines écoles de ski craignaient que les cours en ligne leur fassent perdre des clients. Mais en fin de compte, c’est l’inverse qui s’est produit.» 

La formation attire des clients en montagne. Aujourd’hui, WEMountain réunit plus de 4’000 membres à travers le monde. Désormais, l’entreprise est rentable sur la saison hivernale. Prochaine étape: lever 2 millions de francs pour étendre nos prestations aux sports d’été. Cela nous permettra de nous déployer sur plus de marchés et de lisser nos revenus sur l’ensemble de l’année. Pour promouvoir notre démarche, nous nous appuyons sur nos «safety angels»: des ambassadeurs issus du monde du ski - athlètes, marques ou personnalités marquantes - qui relaient nos messages, comme Arianna Tricomi la triple championne de freeride, René Harrer, directeur des ventes chez HEAD, ou encore le fondateur du Freeride World Tour Nicolas Hale-Woods. L’un des plus beaux retours que j’ai reçus vient d’un professeur de ski proche de la retraite, d’abord sceptique face à notre approche innovante et digitale. Il m’a confié que notre méthode avait changé son métier: auparavant, il devait sans cesse répéter les règles de sécurité et calmer les ardeurs des skieurs imprudents. Aujourd’hui, grâce à notre formation, ses élèves arrivent déjà avec une compréhension solide de la montagne et de ses dangers.»

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Les dates clés

2018
Le projet de formation est prêt à être lancé.

2021
Lancement de la société WEMountain.

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