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Porté par les progrès de l’IA et par la demande en automatisation, le marché de la robotique attire de plus en plus d’investisseurs. Il est aussi victime de phénomènes spéculatifs, notamment autour des robots humanoïdes.
1300 personnes: le nombre de participants qui se sont rendus au Swiss Robotics Day à Lausanne, mi-novembre, soit le plus grand rassemblement autour de la robotique en Suisse. Ils ont pu découvrir les machines conçues par les étudiants du pays, ainsi que celles de 43 entreprises.
Swiss Robotics AssociationPublicité
Un robot sur roues sillonnant Regensdorf (ZH) pour livrer des colis pour La Poste ou 25 taxis autonomes opérés par une filiale de Baidu circulant en Suisse orientale pour CarPostal: ces scènes encore marginales sont en passe de devenir banales. Porté par les avancées des capteurs, de l’informatique embarquée et désormais de l’intelligence artificielle (IA), le secteur robotique connaît une accélération mondiale.
Selon la Fédération internationale de robotique (IFR), le taux de croissance en robotique industrielle a plus que doublé au cours de la décennie écoulée: de 4 à 5% jusqu’en 2010, la croissance atteint 8 à 9% actuellement, en lien avec la démocratisation des capteurs à la suite de l’essor des smartphones. «L’IA pourrait encore pousser ce taux à la hausse, en donnant encore plus d’autonomie à ces machines», avance Angus Muirhead, responsable des actions thématiques chez UBS Asset Management (AM).
Attabotics (CA)
Vente de l’entreprise en septembre, après une déclaration d’insolvabilité et des centaines de licenciements.
Locus Robotics (US)
Réduction des effectifs en 2024 après une surestimation post-covid.
Mobile Industrial Robots (DK)
Perte de 24 millions d’euros en 2023 suivie de licenciements.
RoboTire (US)
Faillite en 2024 pour des soucis de financement.
Dextrous Robotics (US)
Arrêt de l’activité en 2024 en raison d’un manque de fonds pour lancer la production.
Pour les investisseurs, parier sur ces technologies a déjà rapporté des gains qui ne relèvent pas de la science-fiction. Au cours des dix dernières années, la plupart des fonds misant sur la robotique ont généré «un bon rendement», juge Angus Muirhead. La performance du véhicule AI and Robotics Equity d’UBS AM (d’un volume d’environ 1 milliard de francs), lancé en 2017, a par exemple été «bien supérieure à 7% jusqu’à la fin de 2021», avant de pâtir du retour des taux d’intérêt positifs qui ont poussé les investisseurs «vers les méga-capitalisations», décrit le gestionnaire, dont le fonds exclut les géants tels que Microsoft ou Google, pour s’axer sur des entreprises vraiment spécialisées.
Le rapport «State of Robotics 2025» du géant du capital-risque F-Prime, publié fin octobre, pointe que la capitalisation boursière des sociétés robotiques américaines cotées a progressé de 60% sur un an, tandis qu’en Chine cette hausse atteint 120%. «C’est un marché cyclique, sensible à la conjoncture», avertit Nicola Tomatis, président de la Swiss Robotics Association. Ce dernier met en garde contre le risque de report des achats dans ce segment «à la moindre crise géopolitique ou macroéconomique, ce qui entraîne un ralentissement temporaire du marché».
L’automatisation logistique se profile comme un des segments aux fondamentaux les plus solides. En dix ans, le constructeur japonais de centres automatisés Daifuku a vu son titre passer de 600 à 5000 yens (de 3 à 26 francs); et le groupe zurichois d’entreposage intelligent Kardex, de 75 à 275 francs. «La croissance a été tirée par le boom de l’e-commerce. Or l’automatisation de ce milieu est loin d’être complète», souligne Angus Muirhead. Le géant Amazon a ainsi dépensé 700 millions d’euros en Europe, entre 2021 et 2025, pour déployer 750 000 robots industriels. Les besoins risquent d’être accentués «par les pénuries chroniques de main-d’œuvre, auxquelles les machines peuvent répondre de façon rentable», décrit Nicola Tomatis. Et ce dernier de citer dans ce paysage du stockage du futur, la société dont il est le CEO, BlueBotics, mais aussi l’italien Pramac et le bâlois Stöcklin.
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Une forte expansion dans le secteur de la santé est à prévoir. «Le vieillissement de la population stimule la demande en robots chirurgicaux», évoque Nicola Tomatis. Si des sociétés européennes se développent, comme la vaudoise Distalmotion, la bernoise LEM Surgical ou l’italienne Oppent, la référence en la matière reste Intuitive Surgical. Détenant 90% des parts du marché, le pionnier californien a vu la valeur de son action au Nasdaq décupler en dix ans.
Les attentes sont presque aussi élevées du côté des acteurs qui bousculent l’industrie automobile. Ils sont soit fournisseurs de logiciels, producteurs de LiDAR et de radars (les yeux des voitures) ou opérateurs de services de conduite autonome comme Waymo de Google ou le chinois WeRide, dont les taxis roulent dans la région du Furttal (ZH). Des villes comme Singapour, pionnière de l’automatisation du trafic, assurent que la diminution de la pollution et de la congestion soutiendra la croissance de leur PIB de quelques points de pourcentage par an.
Les robots humanoïdes monopolisent les gros titres de l’actualité, que ce soient les promesses folles d’Elon Musk avec la production d’Optimus ou les mesures d’encouragement du gouvernement chinois. «Une bulle spéculative se crée, avec des investissements colossaux sans réelle création de valeur», déplore Nicola Tomatis. Même appel à la prudence du côté d’Angus Muirhead, qui se dit sceptique quant à l’utilité d’une forme humanoïde pour de nombreuses tâches. «Dans un entrepôt, avoir des jambes est superflu: des roues suffisent! La forme d’une machine ne doit pas primer sur sa fonction», résume Fady Saad, associé-gérant de Cybernetix, un capital-risqueur spécialisé dans la robotique basé à Boston.
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La Suisse compte peu de grandes entreprises robotiques cotées en bourse. Pour n’en citer que quelques-unes: le géant de l’automatisation ABB, la pépite des processus de laboratoire Tecan (qui a connu une période difficile post-covid), le fournisseur de solutions logistiques Kardex, mais aussi les industriels Stäubli dans les machines, Bucher dans la mécatronique et Interroll dans la manutention.
Le pays s’impose pourtant comme un pôle stratégique en robots mobiles et biorobotique grâce aux spin-off des écoles polytechniques fédérales: en 2025, 41 start-up financées par capital-risque ont émergé du côté de Zurich et 21 à Lausanne. Elles s’arrogent la première et la deuxième place du top des établissements viviers de spin-off robotiques en Europe, selon le dernier «European Spinouts Report».
Depuis 2019, les start-up suisses de cette industrie ont levé plus de 606 millions de dollars, selon le portail Deep Tech Nation. «Ces jeunes sociétés enregistrent des levées de fonds de plus en plus importantes, faisant grimper leur valorisation», assure l’entrepreneur Anil Sethi. Pour prendre part à cet élan, encore non coté, il faut passer par des fonds ou des portails de capital-risque «qui offrent l’avantage d’une analyse préalable. N’oublions pas que miser sur des start-up est intrinsèquement risqué», reprend l’auteur de From Startup to Unicorn.
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Les dépenses de défense mondiales ont atteint 2700 milliards de dollars en 2024, une hausse de 9,4%, un niveau inédit depuis la fin de la guerre froide, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Cette escalade budgétaire se reflète dans la robotique, où les drones occupent désormais une place centrale.
En 2024, la défense et la sécurité comptaient déjà pour 41% du total des investissements en robotique, soit 3,3 milliards de dollars. Cette part est appelée à s’envoler en 2025, pour F-Prime Capital, en grimpant à 8,4 milliards de dollars et à 63% du total.
Cette dynamique ne fait pas l’unanimité et plusieurs fabricants refusent la manne financière, comme le zurichois ANYbotics, signataire en 2022 d’une lettre ouverte contre toute militarisation de ses chiens robots patrouilleurs.


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