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Les dividendes des grandes entreprises suisses surpassent les rachats d'actions en 2026

Les entreprises suisses ont versé des dividendes records en 2025, tandis que les rachats d'actions ont accusé une baisse. Explications et analyse de fond.

Thomas Marti

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Comme les gargouilles historiques de cette fontaine, les entreprises distribuent généreusement des dividendes. Pixabay

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Les versements de dividendes des entreprises suisses cotées à forte capitalisation devraient avoir atteint un nouveau record de 62,5 milliards de francs lors du dernier exercice, selon les données publiées l'an passé par le gestionnaire de fortune Vontobel.
En revanche, les rachats d'actions en Suisse ont enregistré une tendance à la baisse au cours de l'année boursière écoulée. Parmi les "blue chips" (grandes valeurs) de l'indice Swiss Leaders Index (SLI) ainsi que trois titres individuels sélectionnés, le volume des rachats de titres propres s'est élevé à 18,6 milliards de francs, comme le révèlent les données du gestionnaire d'actifs américain Capital Group. Cela représente une chute de 26% par rapport à la même période de l'année précédente.
Cette contraction du volume des rachats d'actions est principalement imputable à Nestlé. Fin 2024, le géant de l'alimentation n'a pas renouvelé son programme de 20 milliards de francs qui s'étalait sur trois ans. Cette suspension des rachats a été dictée par la stagnation de son flux de trésorerie disponible (free cash-flow) et par l'augmentation de son endettement au fil des ans.
Néanmoins, Nestlé a pris soin de ne pas amputer son dividende, augmentant même ses distributions à un rythme mesuré en 2024 et 2025. Ce maintien du dividende repose sur des fondements solides, comme l'a expliqué Anne-Marie Peterson, gestionnaire de portefeuille actions chez Capital Group. «Les dividendes instaurent au sein de l'entreprise une rigueur qu'il est difficile d'obtenir autrement. Dès lors qu'une distribution est actée, elle prend un poids incontestable.»

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Les dirigeants et les membres du conseil d'administration savent pertinemment qu'une réduction du dividende est immédiatement repérée et sanctionnée par les marchés. Cela impose un certain degré de discipline. Par conséquent, les propositions d'investissement sont examinées avec plus de minutie et les coûts sont passés au crible, souligne Anne-Marie Peterson de Capital Group. De plus, il devient impossible d'allouer discrètement des capitaux à des projets qui paraissent séduisants sur le papier mais dont le rendement réel s'avère médiocre.
Par rapport aux rachats d'actions, les dividendes présentent d'autres atouts. D'une part, le mécanisme du dividende est d'une grande limpidité. Les fonds quittent les caisses de l'entreprise pour atterrir directement sur le compte bancaire de l'investisseur. D'autre part, contrairement à un programme de rachat d'actions, il n'exige pas de prise de décision complexe quant au calendrier optimal d'exécution. «Cette transparence est souvent sous-estimée», ajoute la gestionnaire de portefeuille de Capital Group.

Surveiller les indicateurs clés

L'exemple de Nestlé illustre parfaitement l'impact du flux de trésorerie disponible et du taux d'endettement sur la politique de distribution. Si les flux de liquidités stagnent, toute augmentation du dividende devient impossible ou ne peut être que symbolique. Une hausse de l'endettement agit également comme un poison. Chez Nestlé, la dette à long terme a bondi de 11 à 45 milliards de francs entre 2016 et 2025, selon les données de Bloomberg. Dans une telle configuration, il devient tôt ou tard très difficile, voire inenvisageable, de poursuivre une revalorisation significative des dividendes.

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Dans l'ensemble, les valeurs vedettes suisses affichent des performances convaincantes. L'univers couvert par Capital Group englobe les sociétés du SLI (à l'exclusion d'Amrize), mais inclut BKW, Ems-Chemie, Swiss Prime Site et Vaudoise. Au sein de ce groupe, le flux de trésorerie disponible des entreprises non financières a bondi de 22% en dollars américains entre 2019 et 2024 — progressant exactement au même rythme que les dividendes et les rachats d'actions sur la même période.
Cette couverture par les flux de trésorerie vient corroborer la solidité des entreprises helvétiques. Avec un ratio flux de trésorerie disponible/distributions qui s'est maintenu à un niveau stable de 1,28, la Suisse se situe légèrement au-dessus de la moyenne mondiale. Si l'on observe les bénéfices (secteur financier inclus), le tableau est tout aussi flatteur : ceux-ci ont grimpé de 30% entre 2019 et 2024, tandis que les dividendes et les rachats d'actions ont crû de 25%, précise Anne-Marie Peterson de Capital Group.
Cette dynamique devrait s'être prolongée lors du dernier exercice et de nouvelles hausses de dividendes sont anticipées pour 2026, selon les données de Bloomberg. Dans l'univers de Capital Group, les sociétés affichant les rendements du dividende attendus les plus élevés pour l'année en cours sont Zurich Insurance (rendement du dividende de 5,5%), Partners Group (5,0%), Swiss Re (4,9%), Julius Bär (4,2%) et Swisscom (4,1%). En revanche, le dividende des trois poids lourds de la cote reste inférieur à la moyenne: Nestlé atteint 3,8%, Novartis 3,2% et Roche 3,1%.

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ABB (rendement de 1,2%) et Holcim (2,3%) ont désormais quitté le cercle des "pépites à dividendes". Il y a encore trois ans, ces deux groupes offraient des rendements de 4% ou plus. Aujourd'hui, ces titres sont reclassés dans la catégorie des entreprises de croissance. Sur les cinq dernières années, Holcim a enregistré la plus forte progression de son bénéfice par action au sein du SLI (+54%), suivi par Straumann (31%), Helvetia Baloise (17%), Novartis (1 %) et Zurich Insurance (13%).
Une variable particulièrement pertinente reste le ratio cours/bénéfice (PER) divisé par la rentabilité des capitaux investis (ROIC). Cet indicateur est le baromètre idéal pour évaluer la qualité d'une entreprise par rapport à sa valorisation boursière, en se fondant sur l'efficacité de son capital. À cet égard, des titres tels que Logitech (ratio de 0,6), Partners Group (0,6), Roche (0,7), Novartis (0,8) ou Zurich Insurance (1,0) peuvent être considérés comme sous-évalués, ou du moins valorisés de manière attrayante.
Les valeurs les plus élevées pour ce ratio sont enregistrées par Holcim (5,3) et Alcon (4,7). Toutefois, cela ne signifie pas automatiquement que ces deux sociétés sont surévaluées. Deux facteurs doivent être pris en considération. Premièrement, Alcon et Holcim réinvestissent une part importante de leurs liquidités dans de nouveaux produits ou dans des acquisitions d'entreprises. À court terme, cela pèse inévitablement sur la rentabilité des capitaux investis.

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Deuxièmement, le groupe de produits ophtalmologiques et celui de matériaux de construction se distinguent par leur succès dans la mise en œuvre. Au cours des dix dernières années, Holcim a réussi à monétiser sa stratégie d'acquisition, c'est-à-dire que les entreprises acquises ont été intégrées rapidement et avec succès. En ce qui concerne Alcon, en revanche, le marché se pose toujours des questions sur l'exécution de la stratégie de croissance, d'autant plus que deux acquisitions envisagées ont échoué ces dernières années.

Forte popularité des rachats d'actions aux États-Unis

Alors que les dividendes ont contribué à plus de 40% de la performance globale de l'indice SLI au cours de la dernière décennie, les rachats d'actions conservent largement les faveurs des investisseurs américains. Les entreprises outre-Atlantique sont de loin celles qui investissent le plus de capitaux dans les rachats d'actions, tant en valeur absolue que relative, dépensant la somme record de 1,04 billion de dollars en 2025.
Selon les calculs de Capital Group, cela représente 71% du volume mondial global, un chiffre largement supérieur à leur part de 38% dans les versements de dividendes mondiaux. Les dépenses engagées en 2025 ont d'ailleurs surpassé le précédent sommet atteint en 2022, année où les entreprises s'étaient précipitées pour devancer l'introduction d'une nouvelle taxe sur les rachats d'actions.

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Les États-Unis sont la seule grande économie où les rachats d'actions dépassent systématiquement les versements de dividendes — avec un ratio de 1,5 en 2025, soit un niveau bien supérieur à celui de la Suisse (1,28). En outre, au cours de la dernière décennie, les sociétés américaines ont alloué 7,6 billions de dollars au rachat de leurs propres actions, contre 5,3 billions de dollars distribués sous forme de dividendes.
Aux États-Unis, la plus forte progression a été enregistrée par Nvidia, avec des rachats d'actions d'une valeur de 44 milliards de dollars en 2025, contre 29 milliards de dollars en 2024. À l'inverse, Alphabet a réduit de manière significative son programme de rachat pour la première fois afin de financer ses investissements colossaux dans l'intelligence artificielle — l'entreprise ayant dépensé près de 17 milliards de dollars de moins par rapport à l'année précédente.
Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Cash.

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