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Bourse suisse

Dividendes records en Suisse: Nestlé, Roche et Novartis dominent la manne

La place financière enregistre une nouvelle année de dividendes records, portée par les géants Nestlé, Roche et Novartis qui dominent la bourse suisse. Derrière cette pluie de milliards, le fisc, les grandes fortunes et les familles actionnaires comme les Blocher captent une part croissante de la richesse distribuée.

Seraina Gross

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Magdalena Martullo Blocher: la cheffe d'Ems et ses deux sœurs Muriel et Rahel Blocher reçoivent au total 305,2 millions de francs de dividendes. keystone-sda.ch

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Pendant un moment, on a cru que la suprématie de Lindt dans le ciel du chocolat allait lui échapper. Soudain, dans le monde sucré de l'or brun, on ne parlait plus du tintement des clochettes des lapins de Pâques et de l'intérieur fondant des boules de chocolat, mais d'une obsession collante et croustillante du chocolat d'origine arabe. Le chocolat de Dubaï a apporté la preuve que même les adolescents n'hésitent pas à débourser 30 francs pour une tablette, à condition qu'on leur donne le sentiment de faire partie d'une communauté particulièrement exclusive. Les «Maîtres Chocolatiers» de Kilchberg (ZH) n'ont pas eu d'autre choix que de prendre le train en marche et de lancer leur propre ligne Dubaï dans les rayons. Mais entre-temps, ils ont eux-mêmes de grands projets dans le Golfe. Cette année encore, le premier «Home of Chocolate» devrait voir le jour à Dubaï en dehors du marché national, une vitrine pour l'exportation de chocolat suisse la plus réussie dans le monde scintillant du Golfe, synonyme de prestige et de qualité.
Le maître de Lindt, Ernst Tanner, aime la sérénité, et le moment sera bientôt venu. Le 16 avril 2026, le grand maître de la tentation sucrée fera son entrée au Palais des Congrès de Zurich devant ses actionnaires. En plus du traditionnel «Bhaltis», le coffret de chocolat de plusieurs kilos, les propriétaires des valorisations exclusives de Lindt recevront 1800 francs par action, contre 1500 francs l'année dernière. Ceux qui détiennent un bon de participation peuvent se réjouir de recevoir 180 francs. Il s'agit de la trentième augmentation consécutive depuis que l'homme, aujourd'hui âgé de 79 ans, a repris il y a 33 ans la direction d'une fabrique de chocolat régionale à Kilchberg et l'a transformée en une machine à chiffre d'affaires et à rendement mondiaux.

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Ce sont ces perles de dividendes qui font cette année encore de la Suisse un paradis pour les actionnaires. Une pluie d'argent de 64 milliards de francs s'abat sur les propriétaires ces dernières semaines, un nouveau record. A titre de comparaison: les quarante groupes du Dax de l'économie allemande, incomparablement plus grande, ne parviennent que difficilement à dégager 50 milliards d'euros. Au fil des ans, une somme considérable a été accumulée: il y a dix ans, les entreprises suisses payaient encore 49 milliards de francs - il y a eu un creux en 2021, durant la pandémie, mais sinon la courbe est constamment à la hausse. Une manne dont tout le monde profite: les actionnaires, les caisses de pension, les services fiscaux.
Ce sont les trois géants de l'industrie (Nestlé, Roche, Novartis) qui puisent le plus profondément dans leurs caisses. Ensemble, ils maintiennent le moral de leurs actionnaires avec 23,4 milliards de francs, un nouveau record. Monsieur Nestlé fait participer ses investisseurs au succès de son entreprise à hauteur de 8,2 milliards l'année dernière, malgré des faiblesses de croissance et de douloureux bouleversements à l'étage de la direction; le groupe alimentaire s'assure le maintien dans le club des payeurs de dividendes les plus fiables avec une augmentation de 5 centimes, le groupe pharmaceutique bâlois Roche ajoute 10 centimes comme l'année précédente.

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Novartis, la star montante

En revanche, Novartis s'en donne à cœur joie. Le duo de tête, composé de Vas Narasimhan et du nouveau président Giovanni Caforio, augmente cette année de 20 centimes pour atteindre 3,70 francs, soit une hausse de près de 6%. Cela fait de la firme bâloise l'un des trois groupes pharmaceutiques les plus favorables aux actionnaires au monde et la star montante du trio, notamment grâce à de copieux programmes de rachat d'actions, dont un vient d'être relancé. Valeur: 10 milliards de francs.
Pour le CEO bâlois de longue date, cette manne financière maison s'est traduite par un nouveau coup de pouce de 1,2 million de francs, en plus des 24,9 millions de francs avec lesquels il a mobilisé les envieux au début de l'année. Pour le directeur financier Harry Kirsch, aujourd'hui à la retraite, qui a accumulé 456 069 actions Novartis (état fin 2025) au cours de ses 13 années de direction financière, c'est même 1,7 million de francs qui lui reviennent.
Il y a encore plus pour Severin Schwan. L'ancien chef du groupe Roche, promu président du conseil d'administration, est assis sur une montagne de 357 655 titres Roche. En mars, ils ont apporté 3,5 millions de francs supplémentaires dans son dépôt, en plus de ses imposants honoraires de président de 5,7 millions de francs. En comparaison, les 2,5 millions de francs que Sergio Ermotti, CEO d'UBS, retire de ses 2 255 862 actions, paraissent presque modestes.

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Les familles héritières de Roche font clairement partie des bénéficiaires de la classe royale. Les deux branches de la famille autour du vice-président André Hoffmann et de Jörg Duschmalé détenaient - selon la situation à la fin de l'année - 69,3 millions, soit 65% des actions avec droit de vote. Celles-ci leur donnaient le droit de percevoir des dividendes d'un montant de 679,3 millions de francs. Maja Oeri et son fils Melchior, qui ne font plus partie du pool familial, ont chacun bénéficié de 39,7 millions de francs de dividendes avec leurs 3,8 pour cent d'actions.

305,2 millions de francs pour les sœurs Blocher

Les trois sœurs Blocher, Magdalena Martullo, Muriel et Rahel Blocher, peuvent elles aussi se réjouir d'un jour de paie somptueux: leur participation de 70,9% dans Ems-Chemie leur rapporte 305,2 millions de francs pour l'année en cours, le géant de la chimie grison laisse sauter cette année 18,40 francs par action; 3,75 francs entrent dans la catégorie des versements uniques. Les dividendes exceptionnels sont la marque de fabrique de la directrice du groupe Martullo-Blocher. Ils permettent d'ouvrir grand le robinet d'argent pendant les années de vaches grasses, sans se fixer un niveau trop élevé pour l'avenir. C'est la gestion des attentes par excellence. D'autres éléments sont également particuliers, comme le dividende EMS qui n'est traditionnellement versé qu'à la mi-août, après la pause estivale.

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Le roi incontesté des dividendes reste le logisticien Klaus-Michael Kühne, même si les turbulences liées aux droits de douane, aux guerres et aux crises ont cette année encore exigé leur tribut sous la forme d'une baisse des distributions: le groupe ne verse actuellement plus que 6 francs par action, contre 10 il y a deux ans. Les 55,4% avec lesquels le Suisse d'adoption de Schindellegi (SZ) contrôle son empire lui rapportent désormais 401,4 millions de francs. Mais si l'on ajoute ses participations dans Hapag-Lloyd et Lufthansa, son cash-flow privé issu des dividendes se dirige vers la barre des 700 millions en 2026. Il peut ainsi facilement absorber les 400 millions qu'il a perdus chez René Benko.

Le fisc aussi en profite

Tout le monde en profite, et pas seulement les gros actionnaires. En tant qu'actionnaires, les pouvoirs publics mettent la main à la poche - les cantons pour les entreprises électriques, la Confédération pour Swisscom. La participation de la Confédération rapporte cette année près de 687 millions de francs dans les caisses de la ministre des Finances Karin Keller-Sutter, soit 106 millions de plus que l'année précédente. Il est clair que la politique s'accroche à l'aberration de l'économie de marché que représente une participation de l'Etat dans les télécommunications, car qui tuerait une poule aux œufs d'or?

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Le fisc en profite doublement et triplement. L'imposition des dividendes fait grimper les salariés, les entrepreneurs et les retraités sur l'échelle de la progression. Ni la Confédération ni les cantons ne disposent de chiffres sur les recettes fiscales issues des dividendes, mais l'argent coule à flot; selon le niveau de progression, le fisc empoche entre un cinquième et un tiers. Il est clair que l'État met les bouchées doubles en ce qui concerne les dividendes. Ceux-ci ne sont pas considérés comme des charges et sont donc déjà imposés comme des bénéfices par les entreprises lorsqu'ils parviennent aux actionnaires. L'État fait preuve de clémence à l'égard des investisseurs qui détiennent 10% ou plus d'une entreprise, car tout le reste serait prélevé sur la substance économique des entreprises.
Il y a un nouveau vainqueur parmi les rendements des dividendes: l'opérateur téléphonique Sunrise, qui opère à nouveau de manière indépendante en bourse après sa séparation de Liberty Global, verse cette année à ses propriétaires un dividende d'environ 7,4%. L'année dernière, son concurrent Swisscom était encore en tête de liste. Mobilezone s'en sort également très bien malgré les turbulences de l'entreprise, tout comme le groupe bâlois de chimie de spécialités Clariant. Ce dernier tente de tenir en haleine ses actionnaires moribonds avec un rendement de plus de 5%, alors que le cours de l'action stagne depuis des années. C'est un dédommagement pour les investisseurs fidèles. Les petits investisseurs qui souhaitent jouer le jeu des dividendes ne doivent donc pas se laisser aveugler par des rendements exceptionnels, qui sont souvent le revers de la médaille de la faiblesse des cours.

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8,2 milliards de francs pour Nestlé

Quatre groupes du SMI se classent dans le top vingt des entreprises offrant les meilleurs rendements sur dividendes, et Partners Group en fait partie. La société d'investissement zougoise des trois fondateurs Alfred Gantner, Marcel Erni et Urs Wietlisbach verse 46 francs par action, soit 10% de plus que l'année précédente. Combiné à des cours plus bas que l'année précédente, cela fait grimper le rendement. Cette année encore, le trio rejoint facilement le club des actionnaires qui perçoivent des dividendes de 100 millions de francs. C'est la preuve que dans le canton de Zoug, on peut non seulement économiser des impôts, mais aussi faire fructifier sa fortune à une vitesse époustouflante. Dans la ligue juste en dessous de la classe royale jouent en outre des entrepreneurs légendaires comme le constructeur d'ascenseurs Alfred Schindler, Johann Rupert (Richemont) et Thomas Schmidheiny, dont les dividendes perçus franchissent également la barre des 100 millions de francs.
La fête des dividendes 2026 bat son plein, bientôt couleront aussi les 8,2 milliards de francs que le groupe Nestlé versera à ses actionnaires. Et si les prévisions des analystes pour l'exercice en cours sont exactes, ce printemps des dividendes n'était qu'un avant-goût de ce qui pourrait se produire l'année prochaine.

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Cet article est une adaptation d'une publication parue dans Bilanz.

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