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Néobanque

Bilan de dix ans de révolution fintech

En seulement dix ans, des acteurs numériques comme Revolut, Neon et Yuh ont bouleversé le secteur bancaire. Un nouveau chapitre suisse devrait bientôt commencer pour Revolut.

Michael Heim

Revolut fut jadis un pionnier des services bancaires numériques et a trouvé de nombreux successeurs.
Revolut fut jadis un pionnier des services bancaires numériques et a trouvé de nombreux successeurs.Tessy Ruppert / Dieses Visual wurde von einer Person gestaltet und mit Hilfe von KI umgesetzt

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À l'automne 2025, Nik Storonsky et Vlad Yatsenko touchaient au but. Le logo de la banque digitale qu'ils ont fondée a été hissé au sommet de l'un des palais de verre de Canary Wharf, en plein cœur de la finance londonienne. Au dernier étage de l’édifice, la ministre des Finances Rachel Reeves en personne a prononcé le discours d'inauguration du nouveau siège mondial. «Nous voulons devenir la première banque véritablement globale», déclarait alors fièrement Storonsky, né en Russie et qui a abandonné son passeport d'origine depuis longtemps. Depuis Londres, les deux fondateurs se sont lancés à la conquête du secteur bancaire. Et dans de nombreux pays, le pari est réussi.
Alors que des banquiers suisses de renom doutaient encore récemment de la capacité de Revolut à générer des profits, les bilans financiers ont balayé le scepticisme : en 2025, l'entreprise a affiché un bénéfice net de 1,3 milliard de livres sterling pour des revenus de 4,5 milliards. À la fin de cet exercice, le groupe comptait 69 millions de clients à l’échelle mondiale et gérait 50 milliards de livres d’encours. Sur le premier semestre 2026, la base clients s'est encore élargie pour atteindre 75 millions d'utilisateurs.

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Arrivé au cœur de la banque : siège de Revolut à Canary Wharf, à Londres, inauguré en 2025.
Arrivé au cœur de la banque : siège de Revolut à Canary Wharf, à Londres, inauguré en 2025.
Consécration au cœur du district financier : le siège mondial de Revolut à Canary Wharf (Londres), inauguré en 2025.PD/Revolut Bank UAB
Consécration au cœur du district financier : le siège mondial de Revolut à Canary Wharf (Londres), inauguré en 2025.PD/Revolut Bank UAB
En Suisse aussi, Revolut a fait son trou. Pas directement sur la Paradeplatz à Zurich, mais à deux pas de là. Le dernier chiffre officiel publié en début d'année faisait état de 1,2 million d'utilisateurs sur le territoire helvétique, mais ce total a sans doute fortement progressé depuis. En matière de téléchargements de l'application, le rythme reste équivalent à celui de l'exercice précédent, indique un porte-parole. Revolut gagnait alors 250 000 nouveaux clients suisses en l'espace de douze mois. Et avec ces flux d'utilisateurs est venu le volume d'affaires.
En juillet, Revolut a franchi pour la première fois en Suisse la barre symbolique des 500 millions de francs de volume de transactions par carte en un seul mois, précise ce même porte-parole. La majorité de ces opérations reste transfrontalière. Une activité hautement lucrative : les paiements internationaux génèrent de généreuses commissions d'interchange reversées par les réseaux de cartes. S'y ajoute l'activité de courtage (trading), sur laquelle la néobanque ne divulgue toutefois aucun chiffre.
Revolut est rentable en Suisse, comme le soulignait fin 2025 David Tirado, membre de la direction générale, lors d'un entretien accordé à la Handelszeitung. Les clients suisses figurent parmi les « plus profitables de tout le portefeuille de Revolut ».

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Revolut n’a qu'un accès restreint au système de paiement helvétique

Pour l'heure, la néobanque avance encore avec le frein à main tiré en Suisse. Si l'entreprise s'appuie désormais sur deux sociétés de distribution agréées par la Finma, l'activité bancaire proprement dite est opérée depuis sa filiale lituanienne. Les services typiquement suisses comme eBill ou le raccordement au système de paiement de proximité Twint manquent à l'appel. Même constat pour les opérations de bilan. Mais c'est surtout l'accès direct au système de paiement national (SIC) qui fait défaut : les dépôts locaux nécessitent de passer par un compte de connexion auprès de PostFinance. En conséquence, rares sont les utilisateurs qui en font leur compte salaire principal, ce que confirme l'établissement.
Ils ont fondé Revolut il y a une dizaine d’années : le directeur technologique Vlad Yatsenko et le CEO Nik Storonsky.
Ils ont fondé Revolut il y a une dizaine d’années : le directeur technologique Vlad Yatsenko et le CEO Nik Storonsky.
Ils ont fondé Revolut il y a une dizaine d’années: le directeur technologique Vlad Yatsenko (à g.) et le CEO Nik Storonsky.Sportsfile via Getty Images
Ils ont fondé Revolut il y a une dizaine d’années: le directeur technologique Vlad Yatsenko (à g.) et le CEO Nik Storonsky.Sportsfile via Getty Images
Cette situation pourrait toutefois évoluer rapidement: Revolut vise l'obtention d'une licence bancaire suisse. Dans les milieux financiers, l'ensemble du secteur attend une annonce officielle. Interrogé sur l'avancement du dossier, le porte-parole de l'entreprise se refuse à tout commentaire, indiquant simplement que la banque en ligne envisage désormais de traiter la Suisse «comme un marché autonome». Pour le reste du continent européen, Revolut procède actuellement à un découpage en deux zones: l'Europe de l'Ouest sera servie via une nouvelle licence bancaire en France, tandis que l'Europe de l'Est restera sous la bannière de la filiale lituanienne.

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Quoi qu'il en soit, Revolut a déjà profondément transformé le paysage bancaire suisse. «Il y a dix ans, je n'aurais jamais imaginé qu'en 2026, un à deux millions de Suisses posséderaient un compte dans une néobanque 100 % digitale», observe le professeur Andreas Dietrich, de la Haute École de Lucerne. Selon cet expert, l'équation du succès repose sur trois piliers: la politique tarifaire très agressive (des taux de change proches du cours interbancaire sous-cutant de plusieurs points les marges des banques traditionnelles), l'expérience utilisateur (UX) irréprochable de l'application, et la rapidité d'intégration de nouvelles classes d'actifs comme les cryptomonnaies, longtemps boudées par les établissements de la place.

Les taux de change comme produit d'appel

L'ensemble des néobanques – de Revolut à Yuh – axent leur positionnement marketing sur des taux de change attractifs, sachant pertinemment que les établissements bancaires traditionnels continuent de dégager des marges très confortables sur le change de devises. Les tests comparatifs menés régulièrement par la Handelszeitung débouchent sur un constat identique : les paiements en devises étrangères facturés par les banques classiques coûtent en moyenne 3 à 4 % de plus que chez les acteurs digitaux.
Revolut a également dicté les standards en matière d'ergonomie applicative. La suspension ou le déblocage d'une carte bancaire s'effectuaient en un clic sur l'application britannique à une époque où les banques suisses exigeaient encore un appel téléphonique au service client. Les notifications instantanées (push) informent immédiatement des variations de cours ou des rejets de paiement. Enfin, la simplicité de l'ouverture de compte 100% en ligne, sans la moindre interaction humaine, a séduit un large public.

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Pendant longtemps, la majorité des banques suisses a sous-estimé cette nouvelle concurrence. «Alors que Revolut se lançait avec un compte gratuit, les banques ont profité de la période de taux bas pour augmenter leurs frais de tenue de compte», constate le professeur Dietrich. «Elles se disaient que cela ne représentait que quelques millions de fuites d'encours.» Mais en délaissant ce flux quotidien, les banques ont également perdu un volume précieux de données sur leur clientèle, ainsi que le contact direct avec cette dernière.

Le boycott manqué des banques suisses

La meilleure campagne de promotion pour Revolut a paradoxalement été orchestrée par les émetteurs suisses de cartes de crédit tels que Viseca ou UBS. Lorsque Apple a lancé son portefeuille numérique Apple Pay en Suisse en 2016, les grandes banques ont décrété un boycott unanime afin de protéger leur propre système de paiement national, Twint. Seules des entités indépendantes comme la Cornèrbank ont accepté de collaborer avec le géant américain. Et Revolut. Dans la foulée, de nombreux banquiers d'UBS eux-mêmes ont ouvert des comptes Revolut pour pouvoir utiliser Apple Pay. L'épisode s'est répété peu après avec Google Pay. Entre 2016 et l'automne 2019, le portefeuille clients de Revolut en Suisse est passé de 50 000 à 250 000 utilisateurs. Les bases du succès étaient posées.

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Pendant plusieurs années, la fintech a grandi sur le marché suisse sans dépenser un centime en publicité. Et sans supporter le poids des coûts réglementaires locaux, comme le faisaient remarquer avec amertume certains banquiers de la place. Les opérations étaient pilotées depuis Londres en prestation transfrontalière, affranchies des exigences de la FINMA. À ses débuts, Revolut opérait sous couvert d'une simple licence d'émetteur d'argent électronique (E-Money) délivrée au Royaume-Uni, assimilant juridiquement le compte à une carte prépayée adossée à une interface soignée.
Plus tard, la jeune pousse a décroché une licence bancaire lituanienne, d'obtention plus aisée, sous laquelle l'activité suisse est opérée aujourd'hui. En raison d'un contrôle jugé trop laxiste de la prévention du blanchiment d'argent, Revolut a essuyé de multiples rappels à l'ordre, provoquant des vagues de réclamations chez les utilisateurs lors de blocages intempestifs de comptes. Nik Storonsky a lui-même reconnu avec le recul avoir pris certains «raccourcis».
Récemment encore, l'établissement a écopé d'une amende de 3,5 millions d'euros en Lituanie pour non-respect des réglementations anti-blanchiment, tandis que l'autorité italienne lui infligeait une sanction de 5 millions d'euros pour indications trompeuses sur certains produits. L'année dernière, la Banque centrale européenne a assorti le lancement de nouveaux services de conditions très strictes. Des péripéties qui ne semblent pas entamer l'engouement de la clientèle.

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D’abord le café, puis l’ouverture du compte : automate Revolut à l’aéroport de Riga (Lettonie).
D’abord le café, puis l’ouverture du compte : automate Revolut à l’aéroport de Riga (Lettonie).
De la pause café à l'ouverture de compte : une borne Revolut installée à l’aéroport de Riga (Lettonie).Michael Heim
De la pause café à l'ouverture de compte : une borne Revolut installée à l’aéroport de Riga (Lettonie).Michael Heim
Depuis quelque temps, la direction s'efforce de normaliser ses relations avec les régulateurs et d'adopter les usages locaux. Après l'obtention du statut bancaire en Lituanie, la fintech a empilé les agréments. Dès 2022, elle a décroché des licences sectorielles sur des marchés clés comme le Brésil, les États-Unis, l'Inde ou le Mexique. Mais la consécration est intervenue au cours de l'année 2026, avec l'obtention de véritables licences bancaires complètes dans des juridictions majeures: la France, l'Australie, et enfin le précieux sésame au Royaume-Uni.
Cette homologation britannique avait été longtemps retenue par la Bank of England, compromise notamment par une légèreté de Storonsky: le dirigeant était soudainement apparu sur les registres du commerce avec une résidence officielle située à Dubaï, à l'insu du régulateur britannique. Cette «erreur», imputée à un malentendu avec un family office émirati, a été corrigée dans l'urgence.
Avec la licence bancaire suisse dans sa ligne de mire, Revolut s'apprête à passer à la vitesse supérieure. Mais son empreinte sur la place financière helvétique est d'ores et déjà indélébile: les banques traditionnelles ont été contraintes d'aligner leurs grillles tarifaires. Surtout, la dynamique a suscité une vague d'émulation avec l'arrivée de nombreux acteurs digitaux venus bousculer les établissements historiques. Si certains ont disparu, d'autres se sont solidement ancrés: la Banque Cler avec Zak, la startup zurichoise Neon, ainsi que Yuh, la coentreprise de Swissquote.

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Yuh et Neon, les réponses suisses à la vague Revolut

C'est principalement Yuh qui affiche les plus fortes ambitions. Avec 423 000 clients au dernier pointage, la plateforme lancée en 2021 sous la forme d'une joint-venture entre Swissquote et PostFinance ne se contente pas d’emboîter le pas à Revolut: elle a largement distancé ses rivaux pionniers Zak et Neon.
À l'inverse du modèle britannique, Yuh ne s'est pas positionnée en priorité sur le segment des paiements du quotidien, mais a misé massivement sur le courtage boursier et le trading de cryptomonnaies pour séduire un public jeune et investisseur. Un pari payant : la plateforme gère aujourd'hui 4 milliards de francs d'avoirs. Le compte s'impose toutefois de plus en plus comme compte principal: pour 17 % des utilisateurs, il s'agit du compte salaire, comme l'attestent les flux mensuels récurrents identifiés par les systèmes de Yuh, indique son CEO Jan De Schepper.
Ceux qui ont le budget : le directeur de Yuh Jan De Schepper (à gauche) avec le CEO de Swissquote Mark Bürki (au centre) et le président des YB Marcel Brülhart lors du lancement du partenariat de sponsoring.
Ceux qui ont le budget : le directeur de Yuh Jan De Schepper (à gauche) avec le CEO de Swissquote Mark Bürki (au centre) et le président des YB Marcel Brülhart lors du lancement du partenariat de sponsoring.
Stratégie de partenariats : Jan De Schepper, CEO de Yuh (à gauche), Mark Bürki, CEO de Swissquote (au centre), et Marcel Brülhart, président du club d'YB, lors du lancement du sponsoring. (Photo : Thomas Hodel)Thomas Hodel
Stratégie de partenariats : Jan De Schepper, CEO de Yuh (à gauche), Mark Bürki, CEO de Swissquote (au centre), et Marcel Brülhart, président du club d'YB, lors du lancement du sponsoring. (Photo : Thomas Hodel)Thomas Hodel
Alors que Revolut accentue sa pression sur le marché suisse, Yuh étudie les opportunités d'expansion internationale. Le levier de croissance pourrait passer par la filiale de Swissquote au Luxembourg, qui sert des clients dans toute l'Europe. Ce projet d'expansion à l'étranger a longtemps été freiné par le coactionnaire PostFinance. Mais l'obstacle est levé depuis que Swissquote a racheté les parts de la filiale bancaire de La Poste à l'été 2025. Jan De Schepper se refuse pour l'instant à toute annonce: «Aucune décision n'est arrêtée à ce stade», nuance-t-il.

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Les raisons exactes de la séparation entre les deux partenaires de Yuh n'ont jamais été totalement tirées au clair. La filiale de La Poste s'est parfois attirée les foudres de son associé : en 2024, elle s'était alliée directement avec... Revolut pour lui ouvrir l'accès au réseau de paiement suisse, après le retrait d'UBS de cet accord. Une décision qui a « surpris en interne », reconnaît sans détour De Schepper, qui tempère néanmoins la portée de cet épisode, soulignant que la collaboration entre Swissquote et PostFinance reste fluide. L'ancien patron de PostFinance, Hansruedi Köng, a d'ailleurs obtenu un siège au conseil d'administration de Swissquote après son départ de la banque publique – un signal de reconnaissance tardif pour son rôle dans le lancement de Yuh.

Neon résiste au deuxième rang avec 260 000 clients

La situation s'est stabilisée pour Neon, longtemps dauphin de Revolut sur le marché suisse. La néobanque compte aujourd'hui 260 000 utilisateurs et gère 2 milliards de francs d'avoirs, indique son directeur marketing Julius Kirscheneder. L'établissement a volontairement purgé les comptes inactifs ces derniers mois tout en maintenant sa trajectoire de croissance.
Neon opère toutefois avec des moyens marketing nettement plus restreints. Alors que Julius Kirscheneder se félicite d'un coût d'acquisition moyen par client limité à 10 francs, Yuh déploie une visibilité massive via le sponsoring maillot du club de football de la capitale, les BSC Young Boys. Un accord d'ailleurs structuré de manière très avantageuse par Swissquote: indexé sur les résultats sportifs du club, le contrat prévoit la possibilité de remplacer le logo Yuh par celui de Swissquote lors des rencontres européennes.

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La start-up à l’esprit garage : avec peu de moyens et Hypothekarbank Lenzburg comme partenaire, Neon s’attaque à Revolut et aux banques suisses établies. (De gauche à droite : le directeur marketing Julius Kirscheneder, le CEO Jörg Sandrock, le CTO Simon Youssef et le COO Patric Ammann).
La start-up à l’esprit garage : avec peu de moyens et Hypothekarbank Lenzburg comme partenaire, Neon s’attaque à Revolut et aux banques suisses établies. (De gauche à droite : le directeur marketing Julius Kirscheneder, le CEO Jörg Sandrock, le CTO Simon Youssef et le COO Patric Ammann).
Structure agile : Neon fait face à Revolut et aux banques cantonales avec le soutien technologique de la Hypothekarbank Lenzburg. (De g. à dr. : Julius Kirscheneder, Jörg Sandrock, Simon Youssef et Patric Ammann).Hand-out
Structure agile : Neon fait face à Revolut et aux banques cantonales avec le soutien technologique de la Hypothekarbank Lenzburg. (De g. à dr. : Julius Kirscheneder, Jörg Sandrock, Simon Youssef et Patric Ammann).Hand-out
Le marketing et la communication sont devenus des variables décisives, confirme le professeur Dietrich. Pour les acteurs ne disposant pas d'un actionnaire institutionnel puissant, l'équation se complique. D'autant que les rumeurs récurrentes concernant les velléités de sortie du groupe média TX Group (Tamedia) du capital de Neon persistent. Au sein du secteur, la question de la pérennité de Neon sans partenaire bancaire de référence se pose avec insistance. Les regards se tournent régulièrement vers la Hypothekarbank Lenzburg, qui gère l'infrastructure bancaire en arrière-plan pour la fintech.
Car la vague de numérisation du secteur a laissé sur le carreau de nombreux projets : le courtier en ligne FlowBank a été mis en liquidation par la Finma, la banque digitale Radicant a été fermée par sa maison mère (la Banque Cantonale de Bâle-Campagne), tandis que la pionnière Yapeal s'est recentrée sur des activités de niche. Seuls les spécialistes de la gestion de fortune automatisée et du 3e pilier, comme Viac ou True Wealth, ont réussi à pérenniser leur modèle.
C'est dans ce contexte que Revolut prépare sa nouvelle offensive. L'obtention de la licence bancaire suisse doit lui permettre de devenir la banque principale des ménages – captant les salaires et les opérations courantes. Ce socle facilitera l'expansion vers la gestion d'actifs et permettra, à terme, d'initier des activités de bilan (crédits), venant défier frontalement le pré carré des banques de réseau comme UBS, Raiffeisen ou les banques cantonales. Le modèle à suivre est l'Irlande, où la néobanque revendique 3,4 millions de comptes, soit une pénétration de près de 80 % de la population adulte. David Tirado s'est dit convaincu en 2025 de pouvoir atteindre en Suisse un taux d'adoption similaire au marché irlandais.

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Revolut veut aussi séduire les entreprises

La stratégie de Revolut cible également la clientèle des entreprises. Si ce segment représente 16% des revenus globaux de la firme, sa part reste encore marginale en Suisse. L'absence d'accès direct au système de paiement national ralentit cette expansion, admet sans détour le porte-parole de la banque. Outre les établissements bancaires traditionnels, le groupe s'attaque frontalement aux spécialistes de l'acceptation de cartes dans le commerce physique et la restauration, comme Worldline ou SumUp. Les terminaux de paiement au logo de Revolut sont prêts à être déployés. Dès 2025, un cadre de l'entreprise confiait que la solution technique était opérationnelle, dans l'attente du feu vert réglementaire. En parallèle des cartes traditionnelles, Revolut pousse sa propre solution Revolut Pay, permettant d'affranchir les commerçants des commissions prélevées par Visa et Mastercard.
Les terminaux sont prêts : Revolut souhaite aussi prendre des parts de marché aux prestataires établis comme Wordline dans l’acceptation des cartes.
Les terminaux sont prêts : Revolut souhaite aussi prendre des parts de marché aux prestataires établis comme Wordline dans l’acceptation des cartes.
Les terminaux sont prêts : Revolut souhaite aussi prendre des parts de marché aux prestataires établis comme Wordline dans l’acceptation des cartes.Michael Heim
Les terminaux sont prêts : Revolut souhaite aussi prendre des parts de marché aux prestataires établis comme Wordline dans l’acceptation des cartes.Michael Heim
La mutation du secteur s'accélère. L'impact de l'intelligence artificielle s'annonce déterminant, estime le professeur Dietrich, rappelant que Revolut a déjà ouvert aux États-Unis l'accès aux portefeuilles d'investissement à des agents d'IA. Ces outils pourraient rendre caducs certains services de conseil en gestion de fortune et bouleverser le modèle très profitable de la banque privée. Côté suisse, Yuh affiche également ses ambitions : Jan De Schepper ambitionne d'en faire le «leader du banking intelligent», le lancement de l'assistante virtuelle Yuhlia en 2026 ne constituant qu'une première étape.

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L'objectif ultime du fondateur Nik Storonsky reste l'introduction en bourse (IPO) d'ici les prochaines années. Lors des dernières transactions privées sur le capital, la valorisation de Revolut a atteint 115 milliards de dollars – un niveau équivalent à la capitalisation d'UBS au début de l'année 2026. Storonsky, qui détient 29 % des actions de la banque, s'est réservé des mécanismes de rémunération particulièrement incitatifs : sa participation grimpera à 40 % si la valorisation franchit le seuil des 200 milliards de dollars, avait-il indiqué. Plusieurs rapports font même état de négociations sur un super-bonus en cas d'atteinte d'une capitalisation de 500 milliards de dollars.
Pour mener une révolution, il faut viser haut.

Que sont-ils devenus ?

Fintechs indépendantes ou offres numériques de banques suisses qui ont marqué les dix dernières années. Une sélection.

Banque de détail

Zak (Banque Cler): au ralenti

Lancé en 2018 par la Banque Cler (Groupe BKB) comme le premier compte sur smartphone en Suisse. Désormais repositionné comme compte secondaire par l'établissement et distancé par la concurrence. Portefeuille stabilisé autour de 90 000 clients.

Yapeal: pivot stratégique

Fondée en 2018 par des banquiers d’UBS, Yapeal était autrefois considérée comme une candidate prometteuse. Elle a obtenu en 2020 la première licence fintech suisse. Son application était bien conçue, mais elle ne s’est pas imposée sur le marché. Aujourd’hui, Yapeal se concentre sur les entreprises et l’Embedded Finance.

CSX (Credit Suisse): disparu

En 2020, CSX était la réponse de Credit Suisse à Revolut : un compte numérique avantageux pour une jeune clientèle, commercialisé de manière indépendante. Il est ensuite devenu le produit standard pour les clients de détail. Il a été supprimé après le rachat de CS par UBS.

Alpian: redéploiement

Lancée en 2022 comme filiale de la banque Reyl (aujourd’hui Intesa Sanpaolo), cette banque numérique était axée sur les placements. Elle s’est depuis orientée vers la banque au quotidien et a pu reprendre la clientèle de Radicant, qui a échoué. Environ 45'000 clientes et clients.

Radicant: fermeture

Filiale en échec de la Banque cantonale de Bâle-Campagne. Elle a d’abord misé uniquement sur les placements durables, puis s’est positionnée avec des taux de change avantageux. Elle n’a toutefois pas réussi à décoller, avec dernièrement environ 20'000 clientes et clients. Envoyée en liquidation en 2025 après de grandes turbulences.

Coop Finance+: tentative abandonnée

Brève incursion de la détaillante dans le secteur bancaire : lancée fin 2023 comme compte courant avec Hypothekarbank Lenzburg. Elle a déjà été arrêtée en 2024. Nombre de clients inconnu.

Investissement, Prévoyance & Trading

True Wealth: le pionnier de la gestion automatisée

True Wealth a démarré en 2014 et s’est longtemps concentrée uniquement sur les placements libres. Ce n’est qu’en 2023 que l’entreprise, dont la Banque cantonale de Bâle-Campagne détient une participation minoritaire, a également intégré les investissements 3a. Dernier chiffre : environ 3 milliards de francs d’actifs.

Viac: la référence du 3e pilier 100 % actions

Viac a démarré en 2017 comme application de placements boursiers 3a et a permis pour la première fois d’investir 100 % des avoirs de prévoyance en actions. Depuis, l’offre a été étendue aux placements libres. L’entreprise, dont la banque WIR détient une participation minoritaire, s’est bien établie avec dernièrement 8 milliards de francs d’actifs.

Frankly (ZKB): la réplique réussie

Lancée en 2020 par la Banque Cantonale de Zurich pour contrer Viac, Frankly s'est imposée sur le 3e pilier pur. À la fin 2025, les encours clients atteignaient 5,4 milliards de francs.

Finpension: l'acteur spécialisé

Issue des solutions de prévoyance 1e et de libre passage (2e pilier), Finpension s'est développée sur le 3a et l'investissement boursier libre. Elle gère environ 6 milliards de francs d'avoirs.

Selma Finance: croissance modérée

Lancé en 2016 sur l'investissement boursier puis enrichi du 3a en 2019, cet acteur a été l'un des premiers à intégrer un assistant d'investissement basé sur l'IA. Encours estimés à 500 millions de francs.

Findependent: progression constante

Créée en 2021 avec l'appui de la Hypothekarbank Lenzburg, cette solution d'investissement en ETF gère environ 500 millions de francs d'actifs clients.

Pando (Swiss Life): projet abandonné

Lancée en 2022 par Swiss Life sur le créneau du 3e pilier durable, l'application a été fermée en 2023 faute de volumes suffisants.

Kaspar&: pivot B2B

Application d'investissement par arrondi des transactions du quotidien. L'activité grand public a été arrêtée en 2025 pour concentrer le modèle sur la licence de sa technologie aux établissements bancaires.

FlowBank: liquidation judiciaire

Banque de trading en ligne fondée en 2020 par Charles-Henri Sabet (22 000 comptes). L'établissement a été déclaré en faillite et placé en liquidation par la FINMA en 2024 en raison de graves manquements réglementaires.
Cet article est une traduction d'une publication parue dans Bilanz.

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