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Energie solaire

Le solaire est-il toujours rentable pour les PME?

Avec la baisse de certains prix de reprise, la rentabilité d’une installation dépend désormais de la capacité d’une entreprise à consommer, à stocker et parfois à partager l’électricité produite sur place. Ou comment le modèle économique du photovoltaïque a basculé de la revente vers l’autoconsommation.

Les toits de ce complexe sportif à Wallisellen (ZH) sont recouverts de panneaux photovoltaïques, ce qui lui permet de tendre vers l’autosuffisance énergétique.
Les toits de ce complexe sportif à Wallisellen (ZH) sont recouverts de panneaux photovoltaïques, ce qui lui permet de tendre vers l’autosuffisance énergétique.Gaetan Bally/Keystone

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Le marché du photovoltaïque marque le pas après plusieurs années de forte croissance. Pourtant, les acteurs du secteur l’affirment: le solaire reste pertinent pour les PME propriétaires de bâtiments. Ce qui a changé, c’est la manière de rentabiliser une installation. Si les petites et moyennes installations bénéficient encore de rémunérations minimales pour le courant injecté dans le réseau, les plus grandes ne disposent plus de prix plancher au-delà de 150 kW de puissance installée. Et avec l’entrée en vigueur des tarifs dynamiques en 2027, le prix de l’électricité variera selon le moment de la journée, avec des rémunérations plus faibles pour le courant injecté lorsque la production solaire est abondante. «Aujourd’hui, on ne pose plus des panneaux solaires pour gagner de l’argent en revendant son électricité; on le fait pour économiser le prix de l’électricité que l’on n’achète pas», résume Julie Blumberger, Product Manager Senior chez Romande Energie.

Sécuriser ses coûts énergétiques

«Pour les PME propriétaires de bâtiments, investir dans une installation photovoltaïque permet de stabiliser une partie des coûts de l’électricité, plutôt que de dépendre entièrement des fluctuations du marché», constate Laura Curvat, responsable de projets chez Planair, un bureau d’ingénieurs spécialisé dans l’énergie et les techniques du bâtiment. Rappelons que les PME ne sont pas toutes logées à la même enseigne. En Suisse, les entreprises atteignant 100 000 kWh de consommation annuelle accèdent au marché libre de l’électricité. En dessous de ce seuil, elles restent sur le marché régulé, comme les ménages. Cette distinction est importante, car les PME présentes sur le marché libre ont été particulièrement exposées à la flambée des prix de l’électricité pendant la crise énergétique de 2022-2023. «Certaines ont vu leurs tarifs grimper jusqu’à 80 centimes, voire 1 franc par kilowatt­heure, contre les 5 à 8 centimes négociés habituellement», rappelle l’ingénieure.

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Aujourd’hui, selon sa taille et sa configuration, une installation photovoltaïque permettrait de produire 1 kWh pour environ 8 à 12 centimes, sur une vingtaine d’années. Une équation économique intéressante, à laquelle s’ajoute un contexte réglementaire encore favorable: les subventions fédérales sont toujours accessibles via le programme Pronovo, tandis que les cantons renforcent peu à peu les obligations liées au solaire.

Consommer au bon moment

Afin de maximiser la rentabilité d’une installation, les PME doivent consommer leur propre électricité au moment où celle-ci est produite. Elles bénéficient pour cela d’un avantage sur les ménages, puisque leur activité a lieu principalement en journée, lorsque les panneaux produisent le plus. «Les projets commencent souvent par des audits énergétiques visant à analyser les usages du bâtiment et le paramétrage des installations techniques, d’abord pour réduire les besoins énergétiques, puis pour déplacer certaines consommations – dont la recharge des éventuels véhicules électriques – quand le soleil brille», précise Laura Curvat.
Quant aux batteries, elles trouvent progressivement leur place dans le modèle économique du photovoltaïque. Julie Blumberger observe ainsi «énormément de demandes» liées au stockage de la part des clients de Romande Energie. Ces dispositifs augmentent la part de consommation propre en stockant temporairement l’électricité excédentaire pour la restituer lors des périodes de plus forte consommation. «Le stockage permet aussi de réduire certaines pointes de puissance facturées par les GRD (gestionnaires de réseau de distribution, ndlr), ce qui peut représenter plusieurs milliers de francs par trimestre», souligne Laura Curvat. Les PME peuvent également générer des revenus en utilisant une partie de la capacité de leurs batteries pour aider à stabiliser le réseau électrique.

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Le réseau sous tension

A mesure que les panneaux solaires se multiplient, la question de la capacité du réseau à absorber leurs excédents de production devient en effet plus pressante. «Dans certaines zones, il atteint ses limites, et les délais pour raccorder une installation peuvent fortement s’allonger», reconnaît Julie Blumberger. C’est pour éviter des renforcements massifs du réseau – dont les coûts se répercutent sur l’ensemble des consommateurs – que le cadre légal fédéral permet aux GRD de limiter temporairement certaines injections de courant. Laura Curvat relativise l’impact économique de cette mesure pour les propriétaires de panneaux solaires: «Les calculs montrent au maximum 3% de pertes annuelles liées à l’écrêtage, et ce, uniquement sur la part d’électricité non autoconsommée.»
Pour augmenter la consommation propre d’électricité, le photovoltaïque évolue aussi vers des modèles mutualisés: communauté d’autoconsommation, regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP), RCP virtuel et communauté électrique locale (CEL). Dans un bâtiment artisanal ou commercial, plusieurs PME peuvent ainsi partager une installation solaire; à l’échelle d’un quartier, une grande toiture peut alimenter d’autres consommateurs. Une entreprise pourrait aussi récupérer une partie de la production solaire non consommée par des ménages voisins pendant la journée. «L’enjeu est vraiment d’aligner au maximum production et consommation», conclut Julie Blumberger.

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Les modèles de financement

Propriété directe
L’entreprise finance et exploite elle-même l’installation. Elle bénéficie de l’électricité produite, des gains liés à l’autoconsommation et des revenus issus de la revente du surplus, mais assume aussi les risques techniques.
Contracting énergétique
Un tiers finance et exploite l’installation. L’entreprise consomme l’électricité produite à un prix fixé contractuellement.
Fermage
L’entreprise finance l’installation, mais délègue sa réalisation et son exploitation à un prestataire. Elle perçoit un rendement convenu à l’avance. Ce modèle concerne surtout les installations de grande taille.

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