Le prix du pétrole pèse sur les titres de la Bourse suisse
La hausse des prix du pétrole et de l’énergie fragilise plusieurs entreprises suisses, de Clariant à Holcim. D’autres, comme ABB, pourraient en profiter. Tour d’horizon des gagnants et des perdants en Bourse.
Reto Zanettin
Barils de pétrole derrière une clôture grillagée.Pixabay
La flambée des tensions au Moyen-Orient a fait grimper à plusieurs reprises le prix du pétrole au-dessus de 110 dollars le baril au premier semestre. Après une accalmie en juin, l’or noir est reparti à la hausse, dépassant à nouveau la barre des 100 dollars. «Une offre limitée de produits pétroliers, des coûts logistiques extrêmement élevés et un risque important d’escalade impliquant l’Iran maintiennent les prix à un niveau élevé», expliquait à la fin de la semaine dernière Saul Kavonic, analyste spécialisé dans l’énergie chez MST Marquee, une société de recherche et de services financiers.
Les perturbations des voies de transport contribuent également à la hausse des coûts, souligne Jean-Frédéric Werren, responsable mondial des actions chez EFG. Le 6 octobre, le tarif du transport de diesel sur le Rhin jusqu’à Bâle a atteint un record de 306,39 euros par tonne. En cause: le niveau dangereusement bas des eaux au niveau du passage étroit de Kaub, en Allemagne. Selon Jean-Frédéric Werren, ces faibles niveaux d’eau ont aggravé les tensions sur les marchés de l’énergie en créant un goulot d’étranglement logistique.
Investisseurs suisses également concernés
Les fluctuations des marchés de l’énergie concernent aussi les investisseurs en actions suisses. D’une part, parce que les prix de l’énergie influencent la conjoncture et, par conséquent, l’activité des entreprises. D’autre part, parce que certaines sociétés sont directement exposées aux variations des prix des matières premières.
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C’est notamment le cas de Clariant et d’Ems-Chemie. Selon les analystes, les coûts énergétiques de Clariant ont augmenté de 4% au premier semestre et de 6% au seul deuxième trimestre. Les hausses de prix ont partiellement compensé cette progression. Mais rien ne garantit que le groupe de chimie de spécialités basé à Muttenz (BL) pourra continuer à répercuter intégralement la hausse de ses coûts énergétiques sur ses clients.
Chez Ems-Chemie, la raréfaction de l’approvisionnement en pétrole et en gaz en provenance du Moyen-Orient a directement fait grimper les prix de l’énergie. Dans le même temps, la conjoncture industrielle s’est affaiblie, indique le rapport semestriel de l’entreprise membre du Swiss Performance Index (SPI). La direction, menée par la CEO Magdalena Martullo-Blocher, réagit à ces surcoûts en augmentant les prix de vente. Le groupe propose également à ses clients des solutions permettant de réduire leur consommation d’énergie et leurs coûts. Il y voit même des perspectives de croissance.
La pression exercée par les prix de l’énergie sur Ems-Chemie et Clariant ne doit toutefois pas être sous-estimée. Stephan Sola, de Sola Capital, cite les deux entreprises parmi celles qui méritent une attention particulière en raison de leur exposition aux coûts de l’énergie et des matières premières. A l’inverse, une nette baisse des prix de l’énergie profiterait aux deux groupes, grâce à la diminution du coût de l’énergie et des produits pétrochimiques intermédiaires.
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La même logique s’applique à une autre entreprise du SPI: Vetropack. La production de verre étant très énergivore, le groupe basé à Bülach (ZH) est particulièrement exposé à la hausse des prix de l’énergie. Il profite en revanche d’une baisse de ces coûts lorsque les conditions de marché sont plus favorables.
Les entreprises de la construction souffrent de la hausse des prix de l’énergie
L’évolution des marchés de l’énergie concerne un nombre encore plus important d’entreprises du Swiss Market Index (SMI). Les groupes liés à la construction, comme Amrize, Holcim, Geberit et Sika, se protègent certes contre la hausse des prix des matières premières et peuvent en répercuter une partie sur leurs clients. Mais la principale menace vient de la conjoncture.
«Un pétrole plus cher stimule l’inflation, ce qui entraîne ensuite une hausse des taux d’intérêt. La construction de logements devient alors plus coûteuse et les carnets de commandes des groupes suisses liés à la construction se remplissent moins facilement. C’est un facteur très important», explique Beat Pfiffner, analyste à la Banque cantonale de Schwytz (SZKB).
A l’inverse, une baisse des prix de l’énergie favoriserait les valeurs suisses de la construction, notamment Holcim et Amrize, grâce à des coûts de production et de transport moins élevés, estime Stephan Sola. Les marges deviennent particulièrement intéressantes lorsque les coûts diminuent plus rapidement que les prix de vente. «Les hausses de prix appliquées une fois ont tendance à persister», relève le spécialiste des marchés actions.
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Reste à savoir si les clients continueront à accepter des prix élevés ou s’ils finiront par adapter leurs habitudes. Une baisse de la demande pourrait alors entraîner un recul du chiffre d’affaires des groupes de construction.
Le cas d’Implenia, une entreprise cotée au SPI, est quelque peu différent de celui des valeurs de la construction du SMI. Selon Beat Pfiffner, le renchérissement des logements lié à l’inflation et aux taux d’intérêt pèse moins sur le groupe que sur d’autres entreprises du secteur. «Implenia est spécialisée dans des projets d’infrastructure complexes, qui dépendent moins directement de taux d’intérêt élevés», explique-t-il.
Les valeurs du tourisme pénalisées par le kérosène
La hausse du prix du kérosène renchérit les voyages en avion et peut peser sur le nombre de passagers. L’aéroport de Zurich est notamment exposé à ce risque. «Il ne faut toutefois pas sous-estimer la résistance des consommateurs: ils renoncent étonnamment tard à leurs vacances», observe Stephan Sola.
Cette résistance vaut sans doute pour les Suissesses et les Suisses disposant d’un pouvoir d’achat élevé, mais pas nécessairement pour les consommateurs d’autres pays, comme l’Inde. Selon Beat Pfiffner, le trafic aérien y recule sensiblement. L’aéroport de Zurich détient par ailleurs des participations dans plusieurs aéroports en Amérique du Sud et en Inde.
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Le groupe bâlois Avolta, actif dans le commerce de détail dans les aéroports et les lieux de voyage, ressent lui aussi les effets du ralentissement dans les grands nœuds de transport. Son chiffre d’affaires diminue lorsque le nombre de voyageurs dans les aéroports baisse. «Et ceux qui prennent malgré tout l’avion économisent probablement sur leurs achats dans les boutiques des aéroports», explique Beat Pfiffner.
A l’inverse, les activités de ces deux entreprises suisses du secteur touristique devraient reprendre lorsque les tensions sur les marchés s’apaiseront, que les voyages redeviendront plus abordables et que le pouvoir d’achat ainsi que la confiance des consommateurs se rétabliront.
ABB pourrait profiter de la fermeté des prix du pétrole
Burckhardt Compression et Sulzer pourraient tirer profit d’une hausse durable des prix du pétrole dans les prochaines années. «Si les capacités de raffinage se développent davantage en dehors de la région du Golfe, la demande de compresseurs, de pompes et d’équipements similaires pourrait augmenter», explique Beat Pfiffner, analyste à la SZKB.
Dans un scénario où les prix du pétrole et du gaz resteraient durablement bas, la propension à investir pourrait en revanche diminuer, tout comme la demande adressée à Sulzer et à Burckhardt Compression. Les activités de ces entreprises ne s’effondreraient toutefois pas du jour au lendemain. Les projets déjà lancés s’étendent généralement sur de longues périodes, ce qui leur assure une certaine continuité. ABB et R&S Group pourraient également profiter, dans une certaine mesure, de la hausse des prix du pétrole. «Des prix élevés de l’énergie renforcent l’intérêt pour l’électrification et l’efficacité énergétique», explique Stephan Sola.
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Ces deux tendances sont toutefois structurelles. Elles ne dépendent que partiellement des prix du pétrole et sont aussi portées par la numérisation, l’intelligence artificielle et l’essor des centres de données. Une baisse du prix du pétrole ne constituerait donc pas nécessairement un obstacle pour ABB. Au contraire, un recul des cours de l’or noir peut signaler une amélioration de la conjoncture, généralement favorable aux valeurs cycliques comme ABB.
Il est clair que des groupes comme Ems-Chemie, Holcim ou ABB ne dépendent pas d’un seul facteur, tel que le prix du pétrole. D’autres éléments jouent également un rôle déterminant: la qualité de la direction, la position sur le marché, l’anticipation des coûts énergétiques, la maîtrise des dépenses et la capacité à saisir des opportunités, même lorsque les conditions sont difficiles.
Cet article a été publié initialement dans Blick, le média suisse au coeur de l’info.